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Israël se lance dans la guerre des tunnels

Un tunnel de Gaza découvert en 2013 (AFP)
Un tunnel de Gaza découvert en 2013 (AFP)

L’opération terrestre israélienne en cours vise en particulier les infrastructures souterraines militaires du Hamas. L’armée a testé un nouveau système de détection.

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Plus de 400 morts en 13 jours d'offensive israélienne

Au moins quarante personnes ont été tuées dimanche 20 juillet(à la mi-journée) dans le pilonnage intensif d'une banlieue de la ville de Gaza : Chajaya. Les ambulances n'ont pu d'abord se rendre dans cette zone proche de la frontière. Finalement, l'armée israélienne a annoncé une trêve humanitaire de deux heures, à partir de 10 h 30 TU à la demande du Comité international de la Croix Rouge.
D'autres bombardements sont signalés dans le quartier de Zeytoun et à Jabaliya, dans le nord de la bande de Gaza.


par Serge Dumont à Tel-Aviv pour le journal Le Temps - Genève
L’opération terrestre israélienne dans la bande de Gaza n’a pas seulement été lancée sous la pression des faucons du gouvernement de Benyamin Netanyahou et d’une opinion excédée par la multiplication des tirs de roquettes sur l’ensemble de l’Etat hébreu. En fait, l’establishment militaire a beaucoup insisté parce qu’il estime, à tort ou à raison, que les conditions sont réunies pour porter un coup dur à l’infrastructure militaire du Hamas et, subsidiairement, du Djihad islamique. Surtout aux réseaux de tunnels et de bunkers circulant sous l’enclave palestinienne.
Ceux-ci sont différents des «traditionnels» souterrains de contrebande qui serpentaient jusqu’à ces derniers mois entre Gaza et l’Egypte. Il s’agit de tunnels militaires, plus compacts, dont certains sont entièrement bétonnés et dotés d’un système de communication téléphonique indépendant de celui de Gaza.
Tsahal (l’armée israélienne) a découvert leur existence au début des années 2000, alors que l’Etat hébreu occupait encore une partie de l’enclave palestinienne. En décembre 2003, elle a ainsi fait sauter un tunnel de huit cents mètres de longueur creusé à dix-sept mètres de profondeur. D’autres, moins longs, ont été mis au jour par la suite. L’état-major a alors créé «Yahalom» (Diamant), une unité spéciale du génie chargée de débusquer et de détruire les souterrains, et dont les résultats ne sont pas toujours probants.
En juillet 2006, c’est d’ailleurs grâce à un tunnel de 960 mètres de long creusé à la barbe des Israéliens qu’un commando gazaoui a enlevé Gilad Shalit, un caporal de Tsahal échangé cinq ans plus tard contre des prisonniers palestiniens.

Un missile sur Gaza city le 17 juillet. (Thomas Coex - AFP)
Un missile sur Gaza city le 17 juillet. (Thomas Coex - AFP)
Programme secret

Tous les tunnels creusés dans la bande de Gaza ne sont pourtant pas identiques. Chacun d’entre eux a une fonction spécifique. Certains sont conçus pour stocker des armes et pour abriter des lanceurs automatiques de roquettes, d’autres mènent à des bunkers. Ils débouchent dans des maisons, voire des mosquées, pour permettre aux militants de lancer des attaques et de s’éclipser, ni vu, ni connu.
Au début de l’année, Tsahal a découvert deux gros souterrains bétonnés serpentant sous la ligne de séparation entre Gaza et l’Etat hébreu. Ceux-là étaient bourrés d’explosifs et devaient servir à perpétrer des «attentats de prestige», selon le vocabulaire employé par les militants islamistes. Mais cette fois, cela n’a pas été le cas. Le 7 juillet dernier, le Hamas en a fait sauter un troisième au point de passage de Kerem Shalom, pour riposter au déclenchement de l’opération «Bordure protectrice». Il n’y a pas eu de victime.
Selon les estimations de l’Aman (renseignement militaire israélien), il faut compter d’un à trois ans pour creuser un tunnel. Lorsque le sous-sol est friable, les travaux menés par des équipes de huit jeunes gens se relayant 24h/24 peuvent progresser de dix mètres par jours. Ces derniers mois, au moins quinze de ces «taupes» ont d’ailleurs perdu la vie dans l’effondrement de souterrains mal étayés à Khan Younis (sud de la bande de Gaza) et à Beit Hanoun (nord de l’enclave).
«Ils voulaient sans doute progresser trop rapidement, car ils sont payés au nombre de mètres cubes de terre évacuée», affirme un officier israélien. «Nous savons que de nombreux adolescents et parfois des enfants sont employés à ce travail ingrat. Les hommes de plus grande taille ont du mal à tenir.»
Depuis l’opération «Pilier de défense» (2012), des commandos de l’unité spéciale «Kfir» (Lionceau) s’entraînent régulièrement à investir ces tunnels. Ils s’exercent au combat urbain et au corps à corps dans un village palestinien reconstitué au milieu d’une base du désert du Néguev.
Ces dernières semaines, dans le cadre d’un programme secret baptisé «Talpiot», le renseignement militaire a testé un nouveau système de détection électronique des tunnels. Rien n’a filtré de cette affaire puisqu’il s’agit d’un procédé ultrasecret. On sait cependant que les essais ont été effectués dans des canaux d’égouts inutilisés de Tel-Aviv.
En attendant l’arme miracle, les soldats qui ont pénétré jeudi soir dans la bande de Gaza savent que de nombreuses «surprises» les attendent dans les souterrains qu’ils pourraient découvrir. Que la plupart des bâtiments suspectés d’en abriter les entrées sont piégés et que le Hamas, qui a beaucoup investi dans le développement de son réseau souterrain, le défendra bec et ongles, puisqu’il constitue pour lui une arme stratégique aussi importante que ses roquettes de longue portée.