“J'ai dîné dans le noir à Montréal“

Les visites capitales (2/3)

Imaginez... vous êtes assis à la table d'un restaurant, plongés dans l'obscurité totale. Autour de vous, dans la salle, des dizaines de clients dans la même situation, et, pour vous servir, des personnes aveugles circulant dans les allées. L'ambiance est particulière, l'expérience sensorielle unique. Développé en Suisse, ce concept s'est récemment installé à Montréal, où le restaurant "Dans le noir" a ouvert ses portes. Une première nord-américaine. Notre journaliste Catherine François a tenté l'aventure.

dans
Éveil des sens
18h.
Je suis dans le hall d’entrée du restaurant avec mon amie Virginie, nous consultons le menu avant de pénétrer dans la salle. Notre serveur s’appelle RICARDO, il fait partie des huit serveurs du restaurant qui sont tous aveugles. Ricardo a 26 ans, il a perdu la vue il y a 3 ans, maladie fulgurante qui l’a privé de ses yeux en un mois.  Il lui a fallu un an et demi pour accepter cette terrible épreuve que la vie venait de lui infliger. Maintenant il travaille dans ce restaurant et il adore ça car cela lui permet de rencontrer des gens et d’avoir un travail. Un courage exemplaire que ce jeune homme qui a repris ses études en criminologie. Ricardo est donc notre guide pour entrer dans la salle plongée dans le noir. Je mets ma main sur son épaule gauche, Virginie met sa main sur mon épaule gauche et nous voilà partis en faisant le petit train. « Attention deux personnes, attention deux personnes » répète Ricardo pour avertir les autres serveurs que nous circulons dans les allées avec lui.

Petit aperçu de ce que l'on entend une fois dans le noir absolu. Les serveurs avertissent qu'ils circulent dans les allées avec une, 2 ou 3 personnes avec eux :




Virginie est assise juste à côté de moi, inutile en effet d’être en tête à tête, bien plus pratique de se parler directement quasiment dans l’oreille. Nous prenons contact avec notre environnement. Sur ma droite, un mur que je tâte. Sur la table : le napperon, les couverts, nos verres de vin et d’eau que nous éloignons afin de ne pas les renverser. Tout doit se faire en douceur, pas de gestes brusques, nous tâtonnons. Et rapidement nous réalisons que le toucher devient l’un des sens essentiels, sinon LE sens indispensable, celui qui nous permet de nous repérer dans un espace où nous n’avons justement plus aucun repère visuel. Ricardo nous apporte les entrées. Salade au saumon fumé pour moi, légumes grillés pour Virginie. J’essaie de couper ma salade avec mes couverts, mais c’est laborieux et mon premier réflexe est de manger avec mes doigts ! Virginie a le même réflexe. Nous nous esclaffons en nous disant que de toute façon, personne ne nous voit alors où est le problème ? Finalement, nous passons le repas à… manger avec nos doigts ! Beaucoup plus facile. Et nous nous nous félicitons de ne pas avoir opté pour le steak en plat principal et la mousse au chocolat en dessert. Quand le repas s'achève, nous n’avons rien renversé, pas de dégâts sur nos vêtements non plus. Ouf… pas peu fières de notre coup !
Autre sens extrêmement stimulé au cours de cette expérience : le goût. Tâcher de découvrir ce que l'on mange sans voir l'aliment, juste en le goûtant, s'avère également un exercice des plus intéressants.

Devanture du restaurant montréalais “Dans le noir“
Devanture du restaurant montréalais “Dans le noir“
Un concept suisse

Le propriétaire du restaurant, Marco Saleh, un Égyptien d’origine, est restaurateur depuis 35 ans. Il a entendu parler de ce concept de restaurant dans le noir développé en Suisse et a décidé de l’implanter à Montréal, une première nord-américaine. Le restaurant s’est donc installé il y a un an et demi en plein centre-ville de Montréal, sur la rue Ste-Catherine, dans le quartier un peu « chaud » de la métropole avec des bars et des boutiques érotiques – le restaurant est juste en face d’un célèbre bar de danseurs nus, le 281. Depuis son ouverture, l’établissement rencontre un vif succès : plus aucune place  de disponible les fins de semaines avant janvier 2014 ! Le prix d’un repas ? Il varie selon les options : les menus vont de 29$ ( entrée et plat principal ) à 65$ ( trois services ) mais il est aussi possible de choisir à la carte ( moyenne de 10$ l'entrée et 25$ le plat principal)
 

C'est à vivre

Alors, quel bilan? Eh bien, j’avoue, j’ai bien aimé l’expérience. D’abord manger avec ses doigts a fait ressurgir ce côté animal enfoui au fond de nous et tout cela  avait même un petit côté délinquant pas désagréable du tout. J’ai apprécié également d’avoir sensibilisé mes sens du toucher, du goût et de l’ouïe. En revanche, être plongée dans le noir pendant deux heures est tout de même un peu angoissant, surtout avec les yeux grands ouverts. D’ailleurs en sortant du restaurant mon amie et moi nous sommes mutuellement exclamées : ah ça fait du bien de voir quand même ! Bref, une expérience intéressante que je recommande à tous ceux qui seraient tentés de la vivre et qui fait réaliser à quel point nous sommes privilégiés de VOIR le monde qui nous entoure…

Montréal insolite

C’est le guide qu’il faut posséder pour tout savoir sur le Montréal secret, insolite… et accessible. 140 fiches pour s’oxygéner les yeux et découvrir les trésors cachés de la métropole. Philippe Renault, son auteur, journaliste et photographe nous emmène en voyage dans un  drôle de quotidien. Ainsi, qui le sait ? au sein du musée Eudorre-Dubeau,  dans le pavillon de médecine  dentaire de l’université de Montréal, trône une collection forte de 3000 objets qui évoquent des instruments de torture et qui s’avèrent être, en fait, l’attirail dont se servait les dentistes de l’époque..
Et qui peut se flatter de bien connaître la rue Demers, grigonée par la verdure et situé dans le nord du Plateau – Mont-Royal ? Avec cet ouvrage, les curieux seront aussi des savants du quotidien.

Montréal insolite et secrète
Catégorie : Guides Québec et Canada
Éditeur : Jonglez