Pearl Harbor : des cicatrices et des questions toujours ouvertes

<div class="mw-mmv-overlay">Incendie sur le cuirassé <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/USS_Arizona_%28BB-39%29" title="USS Arizona (BB-39)">USS <em>Arizona</em></a> après l'attaque. <em>Crédit photo : <a class="mw-redirect" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/NARA" title="NARA">NARA</a>.</em></div>

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Incendie sur le cuirassé USS Arizona après l'attaque. Crédit photo : NARA.
 

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe visite ce 27 et 28 décembre, en compagnie du président Obama, le site de Pearl Harbor. Sans formuler de regrets, il a présenté ses "sincères et éternelles condoléances aux âmes de ceux qui ont perdu la vie ici". Il y a 75 ans, une attaque aérienne nipponne contre la flotte américaine qui s'y trouvait basée avait scellé l'entrée des Etats-Unis dans la Seconde guerre mondiale.

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Quarante minutes pour la première vague d'assaut.  Cinquante pour la deuxième. Le temps d’un film, qui fait basculer les termes de la Seconde Guerre mondiale. On connaît de l'événement le nom d'une des non-batailles les plus célèbres de l'histoire, Pearl Harbor, le scénario et l’issue. Elle conserve pourtant encore des secrets.

Une apparence de victoire

À l’aube du 7 décembre, sur le porte-avion japonais <em>Shokaku</em>, la première vague d’assaut s’apprête à décoller.<br />
<sub>(Photo Wikipedia, domaine public)</sub>
À l’aube du 7 décembre, sur le porte-avion japonais Shokaku, la première vague d’assaut s’apprête à décoller.
(Photo Wikipedia, domaine public)
L’attaque a lieu le dimanche 7 décembre 1941 au matin peu avant huit heures. Avalisée par l’Empereur Hirohito, elle a été soigneusement préparée par un mouvement de la flotte japonaise, gigantesque : 6 porte-avions, 11 gros bâtiments, 440 avions embarqués. Objectif nippon  : la flotte américaine basée à Pearl Harbor, île d’Ohahu, archipel d’Hawaï, au cœur de l’océan Pacifique.

Pour ceux qui la subissent, la surprise est totale. Les Américains n’ont pas le temps de lancer une contre-offensive aérienne. 155 avions sont détruits au sol, l’aérodrome gravement endommagé. Tous les navires visés sont atteints. Plus de deux mille cinq-cents morts côté américain. Une soixantaine chez les attaquants qui perdent 29 appareils et 5 sous-marins « de poche ». A dix heures, tout est fini.

 
"Venger Pearl Harbor". Affiche américaine au lendemain de l'attaque.
"Venger Pearl Harbor". Affiche américaine au lendemain de l'attaque.
En termes de résultat immédiat, la victoire japonaise est totale. On la lit aujourd’hui différemment. Les pertes matérielles américaines, pour sérieuses qu’elles soient, sont relativement superficielles.  Si tous les cuirassés présents sont mis hors de combat par les bombes nipponnes, seuls trois d’entre eux sont définitivement coulés. Les autres seront renfloués et reprendrons la guerre du Pacifique. Les avions détruits seront rapidement remplacés.  Aucun porte-avion américain, surtout, n’était perdu. Les trois qui auraient dû se trouver en rade de Pearl-Harbor  en étaient absents pour cause de mission ou d’entretien.

Des questions irrésolues

Liée à des signaux d’alertes négligés ou tardivement reçus, cette providentielle coïncidence a beaucoup contribué à alimenter la question :  le pouvoir américain était-il informé de l’attaque, qui a servi de prétexte à surmonter le courant isolationniste et faire entrer – dès le lendemain - les Etats-Unis dans la guerre ?

 
FD Roosevelt le 8 décembre 1941 :

« Hier, 7 décembre 1941 — une date qui restera à jamais marquée dans l'Histoire comme un jour d’infamie — les États-Unis d'Amérique ont été attaqués délibérément par les forces navales et aériennes de l'empire du Japon. Les États-Unis étaient en paix avec le Japon et étaient même, à la demande de ce pays, en pourparlers avec son gouvernement et son empereur sur les conditions du maintien de la paix dans le Pacifique. […]. J'ai demandé à ce que le Congrès déclare depuis l'attaque perpétrée par le Japon dimanche 7 décembre, l'état de guerre contre le Japon. »
A une époque en vogue, cette thèse – qui n’est pas dépourvue d'arguments – est aujourd’hui mise en doute par nombre d'historiens. Même moins conséquent qu’on ne l’a dit, le prix de cette attaque était lourd et aurait pu l’être bien plus encore. Quant aux porte-avions, leur rôle déterminant n’était pas encore avéré et leurs déplacements logiques. Enfin, les autorités américaines craignaient d’avantage un sabotage – contre lequel ils avaient pris des mesures drastiques - qu’une attaque aérienne.

Autant de questions se posent, en tout cas, sur les raisons profondes de l’attaque japonaise. L’archipel subissait durement les effets du blocus américain consécutif à sa conquête de la Chine entamée en 1937, nourrissant l’idée - aujourd’hui encore répandue  au Japon - de son entraînement inéluctable vers la guerre. Beaucoup au sein de son commandement n’en mesuraient pas moins le risque d’affronter les Etats-Unis, à commencer par l’organisateur de l’attaque, l’amiral Yamamoto. Ils n’osèrent cependant s’opposer à la ligne belliciste qui prévalait à Tokyo.

D’une extrême férocité, la confrontation devait s’achever près de quatre ans plus tard par un autre bombardement, d'une autre échelle de tuerie mais non moins emblématique et ... évitable : Hiroshima, Nagasaki.