Japon : le risque nucléaire relance le débat sur la sûreté

Les accidents en chaîne de la centrale japonaise de Fukushima font réagir dirigeants politiques, lobbyistes du nucléaire et militants écologistes.

En Allemagne, le débat est vif, surtout au Bade-Wurtemberg où le thème majeur de campagne en vue du scrutin régional du 27 mars est le nucléaire. Les Verts battent campagne avec succès menaçant la CDU, aux commandes du Land depuis un bon demi-siècle.

Entretien avec Stefan Scheloske, militant dans l'organisation anti-nucléaire Atomplenum à Hanovre.

dans

« Il faut fermer les centrales nucléaires par principe de précaution. »

Explosion à la centrale nucléaire de Fukushima 1 retransmise par la TV NHK le 14 mars 2011
Explosion à la centrale nucléaire de Fukushima 1 retransmise par la TV NHK le 14 mars 2011
La crainte d'une catastrophe nucléaire au Japon fait ressurgir la question de la sûreté du nucléaire...

Avant tout, nous sommes solidaires avec les Japonais qui ont perdu leurs proches dans le séisme et le tsunami. Néanmoins la menace nucléaire est là, et une catastrophe est peut-être en train de se développer, des hommes ont peut-être été déjà irradiés. Y aura-t-il une catastrophe ? On n'est sûr de rien aujourd'hui, et on ne saura rien de plus avant une dizaine de jours : c'est la durée nécessaire pour établir un certain équilibre thermique. Il faut donc continuer de refroidir les réacteurs avec de l'eau de mer, et attendre... sachant que pendant ce temps il y a toujours un risque de fusion.

Que pensez-vous de la communication des autorités japonaises ?

Il n'y a pas de transparence totale, ils ne disent pas tout ce qu'ils savent. Je pense qu'il faudrait évacuer les gens par mesure de précaution. Si la situation se dégrade, j'ai peur que le périmètre de sécurité mis en place - aujourd'hui 20 kms - ne suffise pas. Mais c'est vrai qu'actuellement les infrastructures sont détruites, je ne sais pas quel est le degré de difficulté pour organiser l'évacuation de centaines de milliers de personnes.

Les autorités allemandes ainsi que le lobby du nucléaire tentent de rassurer. Tous parlent de normes de sécurité très élevées en Allemagne, et du risque zéro d'une catastrophe naturelle telle qu'un tsunami...

Il faut relancer le débat sur la sûreté du nucléaire malgré tout. Certes il n'y aura pas de séisme d'une telle ampleur en Europe mais certaines centrales sont situées sur des zones d'activité sismique, comme Philipsburg en Allemagne ou Fessenheim en France. De plus des accidents peuvent aussi être provoqués par d'autres événements que des séismes : incendies, erreurs humaines... Il existe de nombreux risques d'accident, et certains ne sont pas forcément pris en compte dans le système de sécurité.

Cliquez pour agrandir
Cliquez pour agrandir
Angela Merkel avait décidé en 2009 d'augmenter la durée de vie des centrales allemandes - elles devaient fermer d'ici 2020 (voté sous Schröder, NDLR). Dimanche elle assurait que l'Allemagne allait sortir à « moyen terme » du nucléaire. Vrai volte-face ou calcul électoral ?

EDIT 15hGMT: Angela Merkel a annoncé un moratoire de trois mois sur l'allongement de la durée de vie des réacteurs allemands

Merkel et les chrétiens-démocrates (CDU) ont réagi assez intelligemment. Il y aura un sommet mardi pour discuter des normes de sécurité. Avec les élections du 27 mars dans le Bade-Wurtemberg (la CDU est menacée par les Verts et les sociaux-démocrates, NDLR), ils ont compris qu'il fallait se montrer prudent. Cependant, cela va peut-être permettre à certains membres de la CDU qui n'étaient pas d'accord avec la politique énergétique de Merkel, de se faire enfin entendre. Le parti pourrait donc souffrir de dissensions internes.

De notre côté, nous allons descendre dans la rue et faire pression sur le gouvernement pour changer sa politique énergétique à moyen ou long terme - je pense aussi aux élections de 2013.Ce qui est nouveau, c'est que toute la population allemande se sent concernée par ce débat : des militants comme nous sont rejoints par des gens qui manifestent pour la première fois. Je pense qu'on peut vraiment faire bouger les choses.

Sortir du nucléaire est-elle une option concrète aujourd'hui en Allemagne (23% de l'énergie est nucléaire, NDLR) ?

C'est possible et nécessaire. Nous développons fortement les énergies renouvelables (hydroélectrique, éolien, solaire, NDLR). Il faut arrêter tout de suite, quitte à revenir à des énergies fossiles - gaz, pétrole, charbon - pendant une dizaine d'années, le temps de faire la transition vers le tout renouvelable. À long terme, je pense que ce calcul est payant, même si nous émettrons plus de C02 pendant une dizaine d'années.

Quels enseignements devraient tirer les autorités internationales de cet accident de Fukushima ?

Le risque zéro n'existe pas avec l'énergie nucléaire. Il peut toujours se passer quelque chose d'imprévu, et quand ça arrive, les conséquences sont extrêmement graves. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Il faut donc fermer les installations nucléaires dans le monde entier le plus vite possible, afin de prévenir d'autres accidents. Bien sûr certains pays auront du mal à sortir du nucléaire - je pense à la France - mais en Allemagne c'est tout à fait possible.

L'énergie nucléaire dans le monde

Par AFP
Aujourd'hui, il y a environ 440 réacteurs répartis dans une trentaine de pays, principalement les Etats-Unis, la France et le Japon, qui fournissent environ 15 % de l'électricité mondiale. Fin 2009, une soixantaine d'autres étaient en construction.

La plupart des pays de l'Union européenne ont des centrales nucléaires : France (19 centrales et 58 réacteurs) Royaume-Uni (9 et 19), Allemagne (12 et 17), Suède (7 et 16), Espagne (6 et 9), Belgique (2 et 7), Finlande (4 réacteurs), Hongrie (4), Bulgarie (2), Grèce (1), Lituanie (1), Pays-Bas (2), Roumanie (2), Slovaquie (4), Slovénie (1) et République Tchèque (6).