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« Je ne suis pas sûr qu’Israël cherche à faire la paix » : quand Trump semble désavouer Netanyahu

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ( à gauche) et le président américain Donad Trump, lors d'une visite à Yad Vashem en l'honneur des victimes de l'holocauste, mardi 23 mai 2017, à Jérusalem. Leur relation risque d'être entachée après que Donald Trump, a déclaré, le 11 février 2018 dans le journal Israël Hayom, qu'il n'est "pas sûr qu'Israël cherche à faire la paix avec les Palestiniens". (AP Photo / Evan Vucci) 
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ( à gauche) et le président américain Donad Trump, lors d'une visite à Yad Vashem en l'honneur des victimes de l'holocauste, mardi 23 mai 2017, à Jérusalem. Leur relation risque d'être entachée après que Donald Trump, a déclaré, le 11 février 2018 dans le journal Israël Hayom, qu'il n'est "pas sûr qu'Israël cherche à faire la paix avec les Palestiniens". (AP Photo / Evan Vucci) 

Dans un entretien, accordé au quotidien Israël Hayom, le président des Etats-Unis, Donald Trump émet des doutes sur la volonté d’Israël de faire la paix avec les Palestiniens et met en garde l’Etat Hébreu sur l’expansion des colonies. Un signe de désaveu de la politique de Netanyahu, selon notre éditorialiste Slimane Zeghidour.

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"En ce moment, je dirais que les Palestiniens ne cherchent pas à faire la paix, et je ne suis pas complètement sûr qu'Israël cherche aussi à faire la paix." Les déclarations du président américain publiées, dimanche 11 février, dans le quotidien gratuit, Israël Hayom (article en anglais), sonnent comme un désaveu cinglant. D'autant que le président américain avait pris fait et cause pour le gouvernement israélien en annonçant, le 6 décembre dernier, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Cette décision, critiquée par de nombreux observateurs redoutant une déstabilisation de la région, avait suscité de vives polémiques et conduit la communauté internationale à voter un texte rejetant cette reconnaissance. 
  Comment analyser ces dernières déclarations qui interviennent seulement trois mois après cette reconnaissance ? Peut-on y voir les germes d’un revirement de la part du président américain ?  " Tout d’abord, il faut préciser que Trump a choisi de s’exprimer dans le journal le moins critique envers la politique de Netanyahu, dans le but de s’adresser directement à ses sympathisants et d’être entendu par ceux qui  se sont félicités de sa victoire", clarifie Slimane Zeghidour, éditorialiste à TV5MONDE.
 
Les colonies ont toujours rendu difficiles toutes discussions sur la paix donc je pense qu’Israël doit être très prudent avec les colonies.
Donald Trump, président des Etats-Unis
"Le chef d’Etat américain vient leur rappeler qu’il a pris un grand risque en reconnaissant Jérusalem comme capitale exclusive d’Israël, puisqu’ il s’est mis à dos l’Europe et le Monde arabo-musulman, sans obtenir de contrepartie de la part de Netanyahu qui aurait pu se traduire par l’arrêt des colonies, poursuit-il. D’où la conclusion de Trump, qui ne fait plus porter la responsabilité de l’échec dans le processus de paix sur les seuls Palestiniens, comme il avait habitude de le faire par le passé. Désormais, il met également en doute la volonté du gouvernement israélien d’aboutir à un accord de paix."

Les colonies, obstacles à la paix 

D’ailleurs dans les colonnes du quotidien de droite, Donald Trump se fait plus explicite, en mettant en garde l’Etat Hébreu sur le déploiement des colonies sur les territoires palestiniens. "Les colonies compliquent beaucoup la situation et ont toujours rendu difficiles toutes discussions sur la paix donc je pense qu’Israël doit être très prudent avec les colonies", a-t-il déclaré.
 
Trump se ravise et déclare que la colonisation constitue un obstacle à la paix. C’est une première et le signe d’un désaveu de la politique de Netanyahu.
Slimane Zeghidour, éditorialiste à TV5MONDE 
Pour Slimane Zeghidour, le président américain rompt "avec un discours, jusqu’ici, très indulgent envers l’expansion des colonies, illégales au regard du droit international ". "N’oublions pas qu’il avait nommé l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, connu pour avoir soutenu et financé des constructions de colonies, rappelle l’éditorialiste. Aujourd’hui, Trump se ravise et déclare que la colonisation constitue un obstacle à la paix. C’est une première et le signe d’un désaveu de la politique de Benyamin Netanyahu."
 

Vers une annexion des colonies en Cisjordanie ?
 
Le premier ministre israélien aurait déclaré, lundi 12 février, qu’il discutait «  depuis quelque temps » avec l’administration américaine d’une annexion des colonies en Cisjordanie occupée, selon une porte-parole. Des déclarations qu’ils auraient tenues devant les députés de son parti Le Likoud (droite). Ces propos sont attribués à Benjamin Netanyahu alors que le président américain Donald Trump a confié, mardi 12 février, qu’Israël devait « être prudent » avec les colonies car elles « compliquent toujours » la mise en place d’un processus de paix. L’administration américaine doit d’ailleurs, présenter à une date encore indéterminée, un plan pour ranimer la paix.
 
Une autre déclaration inattendue intervient lorsque le journaliste d'Israël Hayom lui demande s’il est prêt à couper le soutien aux pays qui boycottent Israël et à s'opposer au mouvement BDS ( Boycott, désinvestissement et sanctions). Trump botte en touche. "Je ne veux pas parler de ça", répond-il.

Quel avenir pour les relations entre Trump et Netanyahu ?

Ces prises de positions ne sont pas sans conséquences. "Elles jettent une ombre sur les relations entre Trump et Netanyahu, qui apparaissaient idylliques avec cette entente cordiale, cette amitié chaleureuse, avance Slimane Zeghidour. Or, on ne peut pas ignorer qu'il y a un couac et la balle est dans le camp du gouvernement israélien . "
 
Toutefois, au cours de l’entretien, le président a tenté  de rassurer  sur les relations américano-israéliennes : "Je pense qu'ils sont géniaux, (…),  mais je pense qu'ils seront beaucoup mieux si jamais on aboutit à un accord de paix." En attendant, le processus de paix est moribond, Donald Trump a reconnu "ne franchement pas savoir si nous allons avoir des pourparlers.