J.O. de Rio : « Les athlètes vont littéralement nager dans de la merde humaine »

À bord de l'un des navires de collecte de déchets dans la baie de Guanabara, le 6 janvier 2016.
À bord de l'un des navires de collecte de déchets dans la baie de Guanabara, le 6 janvier 2016.
(AP Photo/Silvia Izquierdo)

À une semaine de l’ouverture officielle des Jeux olympiques, la question de la pollution de la baie de Guanabara n’est toujours pas réglée.

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Pendant les Jeux olympiques, les athlètes vont-ils naviguer et nager dans la pollution, au milieu d’excréments et de sacs plastiques ? Ce débat, latent depuis des années, a encore été relancé le 26 juillet par un article du New York Times. Son auteur y relate avoir découvert… un corps flotter dans la baie de Guanabara où se dérouleront les épreuves nautiques à compter du 5 août.

Cela ne fait mystère pour personne, la baie est fort polluée. Faute de traitement à grande échelle, les eaux usées de milliers de foyers y affluent. S’y ajoute des rejets d’usines et de tankers. Pour les sportifs, cette pollution peut engendrer des problèmes en termes de compétition : les objets flottants sont autant d’obstacles pour les voiliers, canoë et autres bateaux. Leur santé est également concernée. En août 2015, une étude menée par l’Associated Press (AP) relatait la présence de germes en très grand nombre dans ces eaux, pouvant engendrer des diarrhées, des vomissements et des maladies comme l'hépatite A.

Dans la baie, il y a les déchets visibles, à l'instar de ce canapé. Mais aussi de nombreuses bactéries pouvant causer des diarrhées et d'autres problèmes de santé. Ici, le 1er juin 2015.
Dans la baie, il y a les déchets visibles, à l'instar de ce canapé. Mais aussi de nombreuses bactéries pouvant causer des diarrhées et d'autres problèmes de santé. Ici, le 1er juin 2015.
(AP Photo/Silvia Izquierdo)

Des taux de pollution énormément élevés

Les taux de pollution mesurés dans la baie étaient alors jusqu’à 1,7 million de fois supérieurs au seuil maximal toléré sur une plage californienne. Un chercheur sollicité par AP décrivait : « Ce sont toutes les eaux de toilettes, de douches et tout ce que les gens laissent s’écouler, qui se mélange et s’échappe vers les eaux côtières. De telles choses seraient immédiatement stoppées si elles survenaient aux Etats-Unis. » Pour rappel, plus de 12 millions de personnes vivent à Rio.

« Les athlètes vont littéralement nager dans de la merde humaine et ils risquent de tomber malades à cause de tous ces micro-organismes, explique le Dr Daniel Becker, un pédiatre local travaillant dans les quartiers pauvres, dans l'article du New York Times. C'est triste, mais c'est aussi très inquiétant. » Le journal mentionne par ailleurs la présence d’une « superbactérie » résistante aux antibiotiques. De leur côté, bien qu’ils reconnaissent la saleté des eaux dans certaines zones, les organisateurs assurent que les portions de la baie dans lesquelles se dérouleront les épreuves répondent aux normes de l’Organisation mondiale de la santé. Ils y incluent les abords de Copacabana où doivent se dérouler les épreuves de nage en eau libre.

Les sportifs ne seront pas les seuls concernés par la pollution. Le quotidien new-yorkais indique que des « contaminations sérieuses » ont aussi été découvertes sur les plages chics d’Ipanema et de Leblon appelées à accueillir un demi-million de spectateurs pour leurs loisirs pendant l'événement sportif.

La principale action de dépollution de la baie, ces navires de collecte des déchets. Ici, le 5 novembre 2015 dans un canal de Rio de Janeiro.
La principale action de dépollution de la baie, ces navires de collecte des déchets. Ici, le 5 novembre 2015 dans un canal de Rio de Janeiro.
(AP Photo/Silvia Izquierdo)

Dépolluer la zone à 80 %

Pourtant il y a sept ans, les autorités et la compagnie des eaux Cedae avaient promis de dépolluer la zone à 80 %. « En 2009, quand nous avons remporté les J.O., à peine 13 % des eaux usées étaient traitées. Aujourd'hui nous sommes à 50 %, et nous arriverons à 80 % en 2016 », assurait encore en 2015 le vice-président de Rio 2016, Leonardo Gryner. Le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, insistait alors : « Le plus grand défi est le nettoyage de la baie ». Mais aujourd’hui, seule la moitié des eaux usées s'y engouffrant est traitée.

En somme, seuls les gros objets devraient ne pas entraver la route des bateaux de course, grâce à l’emploi de dix navires équipés de filtres. Ils ramènent à terre 30 tonnes de détritus chaque semaine. Une cartographie par satellite des flux des déchets a également été mise en place pour prédire leur impact sur les épreuves sportives.

Pas de quoi stopper les bactéries ni convaincre les athlètes, dont certains ont déjà été malades en participant à d’autres compétitions ou en s’entraînant dans la baie. Comme l’Autrichien David Hussl, cité par AP : « J’ai eu de la fièvre et des problèmes d’estomac. Cela se traduit toujours par une journée complète au lit puis, généralement, par l’impossibilité de voguer pendant deux ou trois jours. » Une athlète néerlandaise commente pour sa part : « Nous allons garder nos bouches fermées lorsque l’eau nous aspergera. »

Lors de l’apparition d’une énième pollution, à savoir une nappe d’huile adhérant aux coques des navires sous forme d’une pellicule brune, la Fédération internationale de voile, interrogée par Radio Canada, indiquait n’être « pas en position pour commenter ».

Les premiers touchés par la piètre qualité des eaux de la baie sont les habitants et les pêcheurs locaux, ici lors d'une manifestation le 3 juillet 2016.
Les premiers touchés par la piètre qualité des eaux de la baie sont les habitants et les pêcheurs locaux, ici lors d'une manifestation le 3 juillet 2016.
(AP Photo/Silvia Izquierdo)
Cela fait plus de vingt ans, depuis le début des années 1990, que des tentatives ont lieux pour dépolluer la baie. Car avant les athlètes et les touristes, ce sont les populations locales qui pâtissent de ces conditions sanitaires. Des coopérations ont notamment eu lieu avec le Japon et les Etats-Unis, indique l’étude d’AP. Mais alors qu'en vue des Jeux, huit unités de traitement des eaux devaient être construite, seule une l’était en 2015. Et des quatre milliards de dollars alloués en 2009 à la dépollution de la baie par le gouvernement, à peine 170 millions ont finalement été dépensés, selon les chiffres du New York Times...

La situation de la baie de Guanabara n’est pas isolée. Au chapitre des problèmes environnementaux liés aux Jeux, figure également la construction du golf... sur une zone protégée.