JO 2024 : Paris de plus en plus seule, sans consultation mais en anglais

Paris a choisi pour ses Jeux 2024 une devise en anglais, précédemment employée par une marque de pizza.<br />
<sub>(AP Photo/Francois Mori)</sub>
Paris a choisi pour ses Jeux 2024 une devise en anglais, précédemment employée par une marque de pizza.
(AP Photo/Francois Mori)

Après le retrait de la plupart de ses concurrentes, Paris reste seule candidate avec Los Angeles à l'organisation des Jeux olympiques 2024. A l'inverse d'autres villes, on n'y a pas réellement consulté ses habitants. Le choix de son slogan suscite par ailleurs bien des grincements.

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Annoncé mercredi soir par le maire de Budapest Istvan Tarlos, le retrait de la capitale hongroise laisse donc seuls en lice pour l'organisation des Jeux de 2024 Paris et Los Angeles, à moins de sept mois de la proclamation de la ville lauréate par le Comité international olympique (CIO), le 13 septembre 2017.

Cette décision intervient après qu'un mouvement de jeunes militants, Momentum, a revendiqué la collecte de 266.000 signatures contre la candidature, soit presque le double du total nécessaire pour déclencher l'organisation d'un référendum local dans cette ville de 1,7 million d'habitants.

Dénonçant l'absence de consultation préalable des contribuables, le Momentum Movement (MoMo) a fait valoir des risques de gaspillage d'argent public et de corruption, soulignant la nécessité d'affecter ces sommes aux besoins quotidiens des Hongrois.

Epidémie

Avant la capitale hongroise, Boston, Hambourg et Rome avaient déjà retiré leur candidature. Officiellement pour des raisons financières mais aussi, le plus souvent en raison de l'hostilité des habitants. 

« Nous n’avons pas été en mesure d’obtenir le soutien d’une majorité des citoyens de Boston » , avouait en juillet 2015 Scott Blackmun, patron du Comité olympique Etats-Unien.

Éléphants blancsSupposés donner une impulsion miraculeuse à un pays alors donné en exemple de réussite européenne, les Jeux olympiques d’Athènes de 2004 lui ont finalement coûté de 9 à 13 milliards d’euros. Sans en être la cause, ils ont contribué à sa catastrophe économique comme l’a reconnu par la suite Jacques Rogge, l’ancien président du CIO. Une grande partie des installations se trouve aujourd’hui à l’abandon.

Plus récemment, Rio semble avoir payé 18 milliards des jeux initialement évalués à 9 milliards. Ses infrastructures, six mois après, paraissent sur la même voie que celles d’Athènes.

La facture des jeux de Londres en 2012 est passée de 4,8 à 11 milliards et leurs retombées sont controversées.

La palme en la matière revient aux Jeux de Sotchi (2014), passés de 8 à … 36 milliards et à ceux de Pékin (2008) de 2,6 à 32 milliards.

Ceux de Paris sont officiellement évalués à 6 milliards. C’était aussi le cas de ceux de ceux prévus à Tokyo en 2020 mais pour ces derniers, la somme a déjà été revue à près de 15 milliards.

Quinze mois plus tard (octobre 2016), c'était le tour de Rome pour « absence de soutien » de sa nouvelle municipalité (du Mouvement Cinq étoiles) fraîchement élue sur une ligne clairement hostile aux « Jeux du béton ».

Entretemps, Hambourg s'était désistée très démocratiquement à la suite d'un référendum dans lequel 51,7 % des habitants avaient rejeté les Jeux.

En 2013, la population de Munich avait refusé de la même manière l'organisation des Jeux d'hiver 2022 comme le feront, en février 2017 les Suisses des Grisons.

La France et les Parisiens n'auront pas cette latitude. Lorsqu'ils l'ont élue maire en 2014, Anne Hidalgo exprimait pourtant une forte réticence à l'égard d'une candidature qu'elle n'avait « pas portée dans sa campagne ». « Les jeux, avait-elle remarqué, c'est très joli, mais il n'y a pas une ville qui s'y soit retrouvée sur le plan financier».

Elle s'y convertissait six mois plus tard sous « conditions » : « éthique », « transparence », souci d'économie et de l'environnement, thèmes au demeurant sans surprise et présents dans la plupart des candidatures. Le projet écrit sur le site de la ville promet aussi des «Jeux démocratiques», concept encore assez obscur.

En avril, le vote du Conseil de Paris était acquis. Et celui des habitants ? « Comme les autres villes candidates, on programmera une grande consultation en 2016. Je veux qu'elle permette aux Parisiens d'exprimer leur engagement », déclarait-elle le 5 avril 2015 au « Parisien ».

Le refus du référendum

Derrière le mot « consultation », ceux d'« expression » d'un «engagement» laissent clairement transparaître le refus d'un référendum pourtant souhaité par les trois quarts de la population mais jugé risqué par une équipe déjà convaincue. Pour ceux qui auraient mal compris, l'adjoint au sport de la ville Jean-François Martins explicite les conceptions de la municipalité en la matière: « L’idée n’est pas de demander oui ou non aux Parisiens, l’idée est de savoir comment ils souhaitent participer au projet ».

La réalité apparaît en ligne, dans les deux sens de l'expression, : fin 2015, une première consultation sur le site de la ville intitulée « Faites vos jeux » occasionne 121 propositions de Parisiens allant de « faire du sport dans les jardins » à la promotion nécessaire du vélo. Plusieurs d'entre elles, pourtant, réclament prosaïquement un référendum sur la tenue des jeux.

Une seconde s'ouvre en 2016 sur le site déjà intitulé Construisons Paris 2024 (projet, donc, déjà implicitement entériné). Les discussions publiées font état d'environ 1500 « propositions » auxquelles auraient contribué près de 3000 internautes (pas nécessairement de Paris ni même de sa région, aucune condition n'étant fixée).

Si un "débat", en somme, a eu lieu, il n'a porté que sur des modalités et aucunement sur le choix principal lui-même, concerné surtout des acteurs hautement convaincus et fort peu l'ensemble des citoyens.

Ceux-ci apprennent le 3 février 2017 par la presse que le dossier de candidature de Paris, portée par un élan aussi enthousiaste qu'unanime, est désormais officiellement et définitivement déposé. Ils en découvrent le même jour le slogan ... anglais.
 

Mondial pizza Plusieurs associations de défense de la langue française ont protesté contre le choix du slogan officiel "made for sharing" (fait pour partager) par les organisateurs de la candidature (français, avec la mairie de Paris) et déposé un recours en justice. Cette utilisation de l'anglais contrevient selon eux à la Loi Toubon qui protège l'usage du français dans l'espace public.

L'Académie française s'est également indignée, signalant au passage que le slogan avait déjà servi dans le passé à une célèbre marque de pizza.

Par ailleurs, des pétitions sont apparues pour réclamer un référendum parisien sur la candidature aux JO. Une conseillère de la capitale s'en fait l'écho dans un entretien au journal "le Monde".