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Justin Trudeau relance les relations avec les Etats-Unis

Le 19 novembre 2015, le président américain Barack Obama rencontre le Premier ministre canadien Justin Trudeau lors d'une réunion bilatérale aux Philippines. 
Le 19 novembre 2015, le président américain Barack Obama rencontre le Premier ministre canadien Justin Trudeau lors d'une réunion bilatérale aux Philippines. 
AP Photo/Susan Walsh

Justin Trudeau débarque à Washington ce mercredi 9 mars pour une visite d’État à la Maison Blanche. C'est l’occasion de renforcer les liens entre le Canada et les États-Unis mis à mal par une décennie de relations interpersonnelles tendues entre les dirigeants des deux pays. 

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Une complicité certaine est née entre Justin Trudeau et Barack Obama. Ce dernier s’est permis de faire une petite blague au jeune Canadien quand il a été élu en octobre dernier. Il l'a averti qu’il allait dorénavant devoir se teindre les cheveux pour cacher le gris qui naîtra à coup sûr dans sa crinière. Le président américain en fait l'expérience depuis qu'il est entré à la Maison Blanche en 2008.
 

Keystone XL : objet de désaccord

Mais au-delà de cette sympathie réciproque, Barack Obama partage avec Justin Trudeau des opinions communes sur de nombreux sujets. Ce n’était pas le cas avec son prédécesseur conservateur Stephen Harper, au pouvoir pendant 9 ans au Canada. Le courant n’est jamais vraiment passé entre ces deux hommes, c’est une évidence. Barack Obama a été très agacé notamment par l’insistance de Stephen Harper à faire progresser le dossier de Keystone XL. Cet oléoduc devait exporter le pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta vers les États-Unis. Le président américain s’est toujours opposé à ce projet malgré les pressions très peu subtiles du gouvernement conservateur – notamment l’achat de pleines pages de publicité dans des quotidiens américains de prestige comme le New York Times ou le Washington Post. Keystone XL a été le point de désaccord majeur des relations canado-américaines ces dernières années. 

Rapprochement sur le climat

Mais il y a aussi eu la lutte contre les changements climatiques qui a opposé Barack Obama à Stephen Harper. C’était alors loin d’être une priorité pour les Conservateurs canadiens alors que cela en reste une pour le chef de la Maison Blanche. Et désormais pour le nouveau Premier ministre canadien. Justin Trudeau devient donc, pour le président américain, un allié important pour mener cette lutte de concert. Le sujet sera d’ailleurs à l’ordre du jour de la rencontre de jeudi 10 mars. 
 
 « Je pense que les diplomates les bureaucrates des deux côtés de la frontière travaillent très fort en ce moment pour que Barack Obama et Justin Trudeau puissent signer une entente sur une stratégie continentale de lutte contre les changements climatiques et pour protéger l'environnement », avance Louis Collerette, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal. 
 

Economie et questions stratégiques

Justin Trudeau et Barack Obama vont aussi discuter de plusieurs dossiers économiques importants, notamment une entente sur le commerce de bois d’œuvre qu’il faut renouveler, ainsi que les questions énergétiques, étant donné que le Canada est le premier fournisseur d’énergie des États-Unis (pétrole, électricité et gaz naturel).
 
Sans oublier les questions stratégiques de sécurité, de contrôle aux frontières canado-américaines et de lutte contre le groupe armé État islamique. A ce sujet, la décision du Canada de retirer ses 6 avions CF18 des opérations de bombardements contre des cibles de Daech a très certainement irrité Washington. « Je suis sûr que les Américains, en réunion fermée, n’ont pas été contents, mais ouvertement, publiquement, Mr Obama n’a jamais fustigé Mr Trudeau par rapport à cette décision-là », précise Donald Cuccioletta, chercheur associé de la chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal. Si les Américains n'ont pas montré ouvertement qu'ils désapprouvaient la décision canadienne, c'est notamment parce que l’administration Obama a bien compris que le Canada reste impliqué dans le combat contre le groupe Etat islamique en envoyant des troupes assurer la formation des combattants qui luttent au sol contre Daech en Irak et en Syrie. 
 

Connivence idéologique

Le Canada et les États-Unis ne sont pas seulement voisins. Ce sont des pays naturellement alliés dont la relation est stable et solide depuis des décennies. Mais cette relation se porte quand même mieux quand sont au pouvoir un président démocrate et un Premier ministre libéral ; ou quand le président est républicain et le Premier ministre conservateur. Les connivences idéologiques sont alors évidentes entre leurs formations politiques. 
 
Ainsi, les relations étaient au beau fixe entre le Canada et les États-Unis quand le conservateur Brian Mulroney était au pouvoir à Ottawa et qu’il y avait de l’autre côté de la frontière un Ronald Reagan et un Georges Bush père. On peut même ici parler d’une amitié certaine entre eux. 
 
Amitié évidente également entre le libéral Jean Chrétien et Bill Clinton - ces deux-là s’entendaient très bien. La dernière visite d’État d’un Premier ministre canadien à Washington remonte d’ailleurs à 1997, quand les Clinton ont reçu les Chrétien à la Maison Blanche. 
L'ancien Premier ministre canadien conservateur Stephen Harper et le président américain Barack Obama lors d'un G7 à Bruxelles le 5 juin 2014.
L'ancien Premier ministre canadien conservateur Stephen Harper et le président américain Barack Obama lors d'un G7 à Bruxelles le 5 juin 2014.
©AP Photo/Yves Logghe

Cela a été beaucoup plus difficile entre Jean Chrétien et Georges W Bush, surtout quand Jean Chrétien a refusé de participer à la coalition qui a mené la guerre en Irak en 2003. Un camouflet envoyé du revers de la main par le Canada aux États-Unis. Les Canadiens veillent jalousement sur l’indépendance de leur politique étrangère par rapport aux Américains et le "non" de Jean Chrétien à Georges W Bush en était un illustre exemple. « Mais il y a aussi un vieux dicton au Canada qui dit que là où les États-Unis ne peuvent pas aller, c’est le Canada qui va y aller à sa place », explique Donald Cuccioletta. Autrement dit, Washington a parfois besoin d’Ottawa pour gérer des situations difficiles ou des conflits sur la scène internationale. 

L'avenir des relations entre Etats-Unis et Canada

Reste à voir maintenant qui va succéder à Barack Obama à la Maison Blanche en novembre. L'élection présidentielle américaine déterminera l'orientation que prendra la relation entre le Canada et les États-Unis au cours des prochaines années. « Même s'il ne peut absolument pas le dire, c'est sûr que Justin Trudeau préfèrerait que ce soit Mme Clinton, que ce soit un(e) Démocrate qui soit élu(e) à  la Maison Blanche. Il est vraiment plus près des Démocrates du côté idéologique et surtout il a fait de l’enjeu des changements climatiques un de ses chevaux de bataille et dans ce dossier, les Républicains ne croient pas, tout simplement, aux changements climatiques », note Louis Collerette. 
 
Donald Cuccioletta confirme : « Je suis sûr que dans la tête de Justin Trudeau, il doit se dire qu’il souhaite que ce soit un(e) Démocrate. Si c’est Mme Clinton, la complicité va continuer, elle va même se développer ». 
 
Si c'est un Républicain qui gagne, en particulier s’il s’agit de Donald Trump, la relation entre les deux pays devra se maintenir, certes, mais elle sera certainement, moins facile et moins amicale.