Justin Trudeau/Donald Trump : accords et désaccords

©AP/E.Vucci

C’est un Justin Trudeau tout sourire qui a débarqué à la Maison Blanche ce lundi 13 février 2017 afin d’aller rencontrer pour la première fois le nouveau président américain. Tout sourire parce que le premier ministre canadien le sait : même s’il ne partage pas les valeurs de Donald Trump sur de très nombreux plans, son pays a tout intérêt à maintenir de bonnes relations avec les États-Unis.

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Cette première rencontre a été une prise de contact entre les deux dirigeants qui ont eu un tête à tête de 15 minutes, suivi d’une série de rencontres bilatérales, d’un dîner de travail et d’une conférence de presse conjointe. Le tout, dans la cordialité.

Au menu principal de cette rencontre : des questions économiques et commerciales. Donald Trump l’a dit et répété durant sa campagne électorale, il veut renégocier l’ALENA, cet accord de libre-échange qui lie le Canada, les États-Unis et le Mexique depuis 1994, parce qu’il estime qu’il s’agit de la pire entente jamais signée par les Américains.

Des enjeux commerciaux majeurs pour les deux pays


Le Canada est le principal partenaire commercial des États-Unis et vice-versa. Des millions d’emplois de part et d’autres de la frontière sont liés directement à cet accord, et plus de deux millions de dollars de biens et services sont échangés entre les deux pays chaque jour. Le Canada est le principal marché d’exportations de 35 États américains. Rarement deux économies ont été aussi interdépendantes et intégrées. Les enjeux de cette renégociation sont donc énormes.

Donald Trump a toutefois tenu à rassurer les Canadiens lors du point de presse avec Justin Trudeau à ses côtés : « Notre relation commerciale avec le Canada est remarquable, nous allons la bonifier avec des ajustements, nous allons travailler ensemble pour l’améliorer ». Clairement, la cible du nouveau président américain est bien plus le Mexique, avec qui il estime que le commerce n’est pas équitable. Ceci dit, la renégociation de cet accord s’annonce ardue entre le Canada et les États-Unis.

C’est un peu comme ouvrir une boite de pandore, et puis Donald Trump a menacé de quitter l’ALENA s’il n’obtient pas ce qu’il veut dans ces négociations, même si cette menace semble peu réaliste. Mais les Canadiens se préparent depuis des semaines à ces négociations, des poids lourds du gouvernement Trudeau sont allés faire un petit tour à Washington et sont en contact avec des membres de l’administration Trump.

Et le gouvernement canadien a aussi mandaté l’ex-premier ministre Brian Mulroney, qui a lui-même signé cet accord il y a plus de 20 ans, pour aller plaider la cause du libre-échange entre le Canada et les États-Unis auprès de Donald Trump qu’il connaît personnellement. Une aide très certainement précieuse.
 

Immigration, réfugiés et sécurité


Le deuxième point de discussion entre Donald Trump et Justin Trudeau a porté sur un sujet plutôt sensible dans lequel les deux hommes ont des points de vue divergents : celui de l’immigration, l’accueil des réfugiés et les questions de sécurité nationale. « Nous avons eu des discussions fructueuses et franches » a déclaré le premier ministre canadien, tout en prenant soin de préciser que le Canada allait maintenir sa politique d’accueil d’immigrants et de réfugiés et que cette politique ne compromettait pas la sécurité du pays.

Justin Trudeau s’est toutefois fait critiquer par les partis d’opposition qui auraient aimé que le premier ministre canadien passe diplomatiquement le message que les Canadiens s’inquiètent de la politique anti-immigration du président Trump.
 

« Conseil sur l’avancement des femmes d’affaires »


Les deux dirigeants sont allés de l’avant dans la mise en place d’un conseil pour aider les femmes entrepreneures à faire des affaires de part et d’autre de la frontière. Une réunion a été consacrée à la création de cet organisme, à laquelle ont été conviées, en plus du président et du premier ministre, des femmes d’affaires américaines, canadiennes et Ivanka Trump, la fille de Donald Trump et l’une de ses principales conseillères. Une rencontre qualifiée de très fructueuse par Donald Trump, qui juge nécessaire « d’aider les femmes à gérer les exigences d’avoir un emploi et une famille et de faciliter l’accès au capital pour les entrepreneures ».  On connaît également l’engouement du premier ministre canadien à défendre les droits des femmes, quels qu’ils soient.
 
 « Nous ne serons pas toujours d’accord sur tout » - Justin Trudeau
Lors de la campagne électorale américaine, le jeune premier ministre canadien a fait preuve d’une prudence absolue et il maintient le cap depuis l’élection de Donald Trump. Pas de déclaration flamboyante et controversée, sauf un "tweet", dans la foulée du décret anti-immigration qui a concerné les citoyens de sept pays musulmans. Dans ce message, Justin Trudeau a répété que le Canada était prêt à accueillir les réfugiés du monde entier.

On sent que le premier ministre canadien, et les membres de son gouvernement qui auront affaire à l’administration Trump, vont devoir faire preuve de qualités d’équilibriste pour, d’un côté maintenir un dialogue constructif avec le voisin sud, et, de l’autre défendre les intérêts commerciaux des Canadiens et les valeurs qui leur sont chères. Un peu sur le principe de la main de fer dans un gant de velours.

Cette première rencontre Trump-Trudeau s’est somme toute bien passée, les deux hommes ont insisté sur l’amitié historique entre leurs deux pays et leur volonté de travailler ensemble pour améliorer cette relation canado-américaine. Mais il n’en reste pas moins que leurs valeurs sont aux antipodes et que les sujets de discorde ne manqueront pas au cours des prochaines années.