Kazakhstan : l'enfer du décor ?

<span class="st"><em>Astana</em> (anciennement Akmola), capitale du Kazakhstan depuis décembre 1997</span>
Astana (anciennement Akmola), capitale du Kazakhstan depuis décembre 1997
©Merveilles du Kazakhstan

Le 10 juin 2017 s'ouvrira à Astana l'Exposition internationale sur l'énergie du futur. Un événement sur lequel Kazakhstan mise beaucoup pour valoriser son potentiel économique et touristique. Sera-t-il aussi l'occasion d'aller vers davantage d'ouverture et de démocratie et de transparence ?

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Découvrir un pays méconnu d'Asie centrale le nez en l'air, tout en faisant ses emplettes dans la capitale de la mode, c'est ce que propose le carrousel du Louvre, au coeur de Paris, jusqu'au 9 juin. Steppes arides, centre-ville futuriste et chasseurs rapace au poing : ce sont 26 photos géantes qui s'égrènent le long de l'allée qui va jusqu'à la pyramide inversée, en prélude à l'Expo-2017, comme autant de points de vue sur le Kazakhstan. Et pourtant, derrière ces façades grandioses, les comptes-rendus des ONG sont unanimes : libertés, démocratie et droits humains laissent encore à désirer dans ce pays qui reste pour la plupart une terra incognita d'Asie centrale.

Splendeurs et interrogations

Biodiversité, richesses ethniques et naturelles, protection de l'environnement et développement des ressources énergétiques... Avec l'exposition "Merveilles du Kazakhstan", le Kazakhstan lance une grande opération séduction en vue de l'exposition universelle de 2017, dont il espère beaucoup - pour l'occasion les visas seront levés pour la plupart des visiteurs. "Nous espérons que ces images donneront envie à certains de visiter le Kazakhstan, la terre où se sont croisées les civilisations occidentales et orientales. Les français peuvent y venir sans visa, l'accès y est donc très facile," déclare Nourlan Danenov, ambassadeur du Kazakhstan en France lors de l'inauguration de l'exposition. 

Les vastes étendues sont à couper le souffle, les camaïeux de gris féériques à l'horizon montagneux, les chevauchées terriblement sauvages et les jeunes femmes en tenue traditionnelle très belles, mais derrière la séduisante carte postal , les failles sont là. Ce pays, qui compte 5 fois moins d'habitants que la France, alors qu'il est 5 fois plus vaste, reste l'un des plus décriés par les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, Transparency International ou Reporters sans Frontières ; en 2014, ce dernier classait 161e sur 180 ce pays dirigé par Noursoultan Nazarbaïev, que l'ONG qualifie de "prédateur" de la liberté d’expression.

"Aucune opposition crédible"

Le Kazakhstan est dirigée depuis 1990 par Noursoultan Nazarbaïev, reconduit, depuis, tous les sept ans avec plus de 90 % des voix.  La dernière élection présidentielle a eu lieu au mois d'avril 2015, et Nazarbaïev a été réélu pour un cinquième mandat à la tête du pays, avec 97,7 % des voix. Selon les observateurs de l'OSCE, ce scrutin s'est déroulé en l'absence de toute "opposition crédible". Cette même année, la chute des prix du pétrole entraînait un ralentissement économique et la dévaluation de la devise nationale.  

Kazakhstan, riche en pétrole et uranium

Reste que le pays occupe une position cruciale sur la scène géopolitique. Avec ses réserves d’énergie quasiment inépuisables, le Kazakhstan pourrait devenir le 7e producteur mondial de pétrole d'ici 2020, grâce au gisement de Kachagan en mer Caspienne, dans lequel a notamment investi le géant français Total. Il est aussi le premier producteur d’uranium au monde : Astana produit 38% de la totalité de l’uranium mondial et possède 12% des ressources, selon la World nuclear association (lien en anglais).

A la faveur de l'événement international de 2017, le Kazakhstan espère aussi faire découvrir ses vastes étendues vierges aux touristes en mal de grands espaces. ​C’est la première fois qu’une ancienne république soviétique organise une exposition universelle - un événement qui reste, en général, l’apanage du monde industrialisé occidental.

Une exposition universelle ?

Reconnue, certes, par le « Bureau international des expositions » (B.I.E.), l'exposition de 2017 au Kazakhstan fait partie d'une catégorie particulière d'exposition universelle . C'est un amendement à la Convention internationale de 1928, pris en 1988, qui créée cette catégorie d’ « exposition internationale / spécialisée ».

Signée à Paris, cette convention internationale codifie les expositions universelles, réservant l’appellation « universelle » à celles qui satisfont aux critères défini par le B.I.E. : « une Exposition est une manifestation qui, quelle que soit sa dénomination, a un but principal d'enseignement pour le public, faisant l'inventaire des moyens dont dispose l'homme pour satisfaire les besoins d'une civilisation et faisant ressortir dans une ou plusieurs branches de l'activité humaine les progrès réalisés ou les perspectives d'avenir ». 

Par son essence, résumée dans la définition du B.I.E., et par la volonté du pays de s'ouvrir aux visiteurs, l'expo-2017 devrait inciter le Kazakhstan à présenter une meilleure image au monde, et pas seulement en photos, ​mais aussi aux observateurs des droits humains et des libertés...

Expositions universelles, filles de la mondialisation 

Lointaines descendantes des foires ou marchés qui accompagnent les échanges depuis l’antiquité, les expositions internationales naissent au XIXème siècle avec la révolution industrielle et ce qu’on n’appelle pas encore la mondialisation, stimulées par l’accélération des moyens de transports.

Vitrines technologiques des nations participantes, elles témoignent de la foi et de l’enthousiasme inspirée alors par le « progrès » mais aussi de leur concurrence. Elle se déroulent en principe tous les cinq ans, pour une durée maximale de six mois. Le B.I.E. compte actuellement 169  États-membres.
 
La première « exposition universelle » ainsi nommée se tient à Londres en 1851, suivie d’une seconde à New York. Paris prend le relais et organise de brillantes Expositions en 1867, 1878, 1889 et 1900. À l’origine, chaque pays dispose d’un espace dans un pavillon central qui, très vite, ne suffit plus. Ainsi se développent les pavillons nationaux, reflet des architectures diverses et des thématiques mises en valeur par les participants, qui s’ajoutent aux constructions bâties, pour l’occasion, par le pays d’accueil. La Tour Eiffel – à l’origine temporaire - est ainsi érigée pour l’exposition universelle de Paris de 1889.