L'affaire DSK, vue par le blog planétaire

dans
Pourquoi donc consacrer à un fait divers, un blog planétaire ? Parce que l'un des protagonistes était jusqu'il y a peu, le patron du Fonds monétaire international, et donc l'un des hommes les plus puissants au monde. Sans doute aussi parce que l'arrestation, puis l'inculpation, de Dominique Strauss-Kahn pour tentative de viol est traversée autant par des rapports de genre que sociaux. Une audience doit décider ce 6 juin de l'avenir de DSK. Nos blogueurs du monde entier se mobilisent pour observer l'événement, à l'aune des affaires qui ont défrayé la chronique de leurs pays. Que vous pouvez commenter à votre tour.

La dignité des femmes de présidents (et autres élus américains)

par Dorothea Hahn, de Washington, le 5 juin 2011, 08 h 00 GMT

“Est-ce qu'elle en valait vraiment la peine John ?“ demande le New York Post (conservateur et trash) du 5 juin 2011, au sénateur Edwards, inculpé pour avoir usé des fonds de campagne à la présidentielle pour cacher une liaison adultère et l'enfant qui en était issu.
“Est-ce qu'elle en valait vraiment la peine John ?“ demande le New York Post (conservateur et trash) du 5 juin 2011, au sénateur Edwards, inculpé pour avoir usé des fonds de campagne à la présidentielle pour cacher une liaison adultère et l'enfant qui en était issu.
„Quelle gonzesse“, s'exclame un internaute français, plein d'admiration pour l'attitude d' Anne Sinclair face à son homme, Dominique Strauss-Kahn, accusé d'agression sexuelle, essai de viol et de privation de liberté. „Quand est-ce qu'elle demandera le divorce?“ veulent savoir des États-Uniens à propos de l'épouse de l'ex-chef du Fonds Monétaire International.

Deux pays, deux manières de réagir. Ce n'est décidément pas parce qu’aux États-Unis il n'y aurait pas d'agressions sexuelles. Ni qu'on y manquerait d'infidélités ou autres défaillances entre privé et public. Mais un homme politique à la réputation de coureur n'irait pas loin. Au contraire : il aurait tout intérêt à se cacher. Car le moindre petit écart extraconjugal peut suffire à terminer une carrière. Le député républicain Chris Lee en sait quelque chose. Il a dû démissionner au mois de février de la Chambre des Représentants quelques heures après la découverte, par l’opinion publique américaine, de sa photo torse nu envoyée à une femme qu’il avait trouvée sur un site web. Un autre à avoir connu cette rigueur est l'ex-président démocratique Bill Clinton. Il a failli être révoqué parce qu’il „n'avait pas dit la vérité“ sur un rapport sexuel à la Maison Blanche.

TOUT EST PERMIS, SAUF...

Dans „God's own country“ (la patrie de Dieu), on ne blague pas avec les moeurs. On y peut exhiber des armes à feu sur la voie publique. Et l’on peut y développer les affirmations les plus négationnistes et agressives. Tout cela est protégé par la constitution. Mais, on n'a pas le droit de rompre l'harmonie des foyers. Chacun des 50 États américains ainsi que le Sénat et la Chambre des Représentants à Washington entretiennent ainsi un „ethics committee“. Ces comités d'éthique qui peuvent être saisis dès qu'il y a „conflit d'intérêt“, débordent de travail. Les sujets dont il traitent le plus souvent sont le sexe et l'argent des représentants élus. Laissant aux tribunaux le soin de s'occuper de la poursuite des vraies infractions. Comme par exemple l'abus présumé de fonds de campagne dont fut inculpé John Edwards, ex-candidat démocrate aux élections présidentielles le 3 juin. Il avait eu un enfant issu d'une liaison extraconjugale. Pour cacher l'affaire et payer les services d'un homme de paille qui devait prétendre être le père du bébé à sa place, il aurait utilisé des dons d'adhérents à sa candidature. Maintenant il doit s'en défendre devant la justice.

QUAND LES ÉPOUSES (ET LES MAÎTRESSES) ENTRENT EN SCÈNE

La plupart des individus réagissent à l'image des institutions. Dès que la faute apparaît, s'ensuivent des considérations comme: „On pense à la famille“. Et: „on prie pour eux“. Ensuite, les fautifs doivent présenter leur Mea Culpa - ce qui prend fréquemment la forme de confession devant les caméras de télévision. L'ex-candidat John Edwards – qui nie farouchement avoir utilisé malhonnêtement de l'argent - a ainsi déclaré : „Je suis désolé du mal que j'ai fait à ma femme.“ Puis arrive le moment où l'épouse à son tour entre en scène. Beaucoup choisissent la séparation. Certaines écrivent un livre. La sympathie du public qui allait à l'homme se transporte alors sur son ex-compagne, devenue victime. Elisabeth Edwards était de ces héroïnes tragiques, qui sortent de l'ombre. Après des années de soutien et garant fidèles de l'intégrité morale d’Edwards, elle était devenue celle, qui jusqu'à sa récente mort suite à un cancer, personnifiait sa faute. Dans ce jeu codifié et truqué, il ne reste pas beaucoup de place pour l'autre femme. Si elle est jolie et élégante, celle qui „détruit“ un mariage et une carrière a - au mieux - droit à pas plus de quinze minutes de gloire.

Ainsi, il n'est pas exclu qu'aux États-Unis la carrière d'un homme politique aux mœurs de Strauss-Kahn aurait été stoppé nettement plus tôt. Mais le mécanisme ne fonctionne pas toujours. Prenez Arnold Schwarzenegger, le républicain et ex-gouverneur de Californie. Il y a des années, il fut accusé par plusieurs collaboratrices de harcèlement sexuel sadique. „Arnold le barbare“ écrivait même un journal. Mais son épouse Maria Shriver, femme forte, issue du clan Kennedy, défendait son honneur en déclarant publiquement que c'était impossible. Il y a quelques semaines, elle a su que Schwarzenegger avait fait un enfant avec l'une de leurs employées de maison. Face à l'évidence – cet enfant né sous son toit et en même temps que l'un de leurs propres enfants – Maria Shriver est partie. Dans un communiqué, elle explique avoir franchi ce pas „suite à des longues discussions et prières“.

Dorothea Hahn est la correspondante de la Tageszeitung (Berlin), à Washington

En Afrique, une peule en Amérique, dans un fait divers éparpillé, dispersé au souffle

par Ghania Mouffok, d'Alger, le 4 juin 2011, 08 h 00 GMT

Femme Peul, par Isidor Fernandez, British Museum
Femme Peul, par Isidor Fernandez, British Museum
J’étais à Casablanca, au Maroc, pour une rencontre autour du traitement médiatique des migrations, il y avait là des Africains et des Européens, journalistes ou militants du droit des autres. À l’heure du déjeuner, je suis assise à la table de confrères africains qui, bien que de pays différents, se parlent dans la même langue, le premier est malien, le second mauritanien. Devant mon étonnement, ils m’expliquent : « nous sommes de la même ethnie et nous partageons la même langue, nous sommes peuls ». Dans ma cervelle de mondialisée, désormais « peul » est synonyme de DSK. « Alors, dis-je gourmande, que pensez-vous de cette affaire ? » Comme pour me faire plaisir, l’un d’entre eux me répond : « Les peuls sont en colère ». « Il n’y a pas que les peuls, dis-je bêtement, mais encore ? » Alors, d’une voix traînante comme s’il s’ennuyait, à moins que ce ne soit la fatigue, le confrère sénégalais ajoute en passant : « Nous, au journal, on a interviewé la maman de la jeune fille. » Mes yeux s’écarquillent : « Quoi, vous connaissez la maman ? » « Moi, non, me répond-t-il, c’est notre correspondant qui est à Ziguinchor, dans le sud ». « Et alors, qu’est-ce qu’elle dit la maman ? » Elle dit : « Je n’ai pas élevé une mauvaise fille. » « Mais, j’ajoute, vous avez eu un scoop mondial, vous auriez pu le vendre, devenir riche… ». « Non, me répond-t-il patiemment, le localier l’a traité comme un fait divers. » Là, je deviens lourde et je redemande : « Mais alors vous avez la photo ? » « Quelle photo ? ». « Mais la photo de la femme de chambre ! La maman, elle doit bien avoir la photo de sa fille. » Puis je me tais, comprenant soudain devant les regards incrédules de mes confrères que je malmène ainsi, que chez les peuls, en Afrique, quand une maman dit « je n’ai pas élevé une mauvaise fille », il ne vient à l’idée de personne, fut-elle journaliste, de lui demander la photo de sa brave fille qui vient peut-être d’être violée, violentée par un homme, fût-il le patron du FMI.

CES CHOSES IMPORTANTES, FREINS AUX NATIONS AFRICAINES

Dans ce qui nous reste d’humanité, cela ne se fait pas. Et pendant que je reste la fourchette en l’air, mes amis en profitent pour retourner à leur langue de peuls, le pular, et parler de choses qui les intéressent. J’aurais donné mon dessert pour savoir ce que ce jour-là, le journal sénégalais avait choisi de mettre à la Une. Il était peut-être question d’élections, de chômage, de la guerre en Libye, de ces choses importantes qui freinent la vie des nations africaines. Et, en mon for intérieur, je partis d’un grand éclat de rire devant ce mépris du scoop, comme un mépris de l’argent, de la rentabilité coco. Toutes ces valeurs « modernes » que le FMI et ses remèdes de cheval ont tenté depuis plus de 20 ans d’inculquer à l’Afrique qui résiste, qui résiste...

Comparée à la manière dont les médias occidentaux se sont jetés sur de faux frères de la femme de chambre, de mauvais détails sur sa vie, ici, ce que l’on sait c’est « que c’était une migrante, partie avec des papiers en Amérique pour rejoindre son mari et puis qu’après, elle a divorcé et que pour vivre, elle est devenue femme de chambre ». Fidèle ainsi à l’histoire millénaire de son peuple, un peuple de nomades et de pasteurs qui, depuis des siècles, migrent de pays en pays, d’où leur présence sur toute l’Afrique de l’Ouest, comme en témoigne le nom qu’ils se donnent, peul, signifiant « éparpillé, dispersé au souffle ». Alors voilà, vue d’Afrique, l’affaire DSK est un fait divers, juste un fait divers. Dispersé au souffle.

Ghania Mouffok est écrivaine et journaliste, correspondante de TV5Monde et blogueuse à Alger, "Une femme à sa fenêtre"


De Turquie, Sexe, chantage et vidéos…

par Mine Kirikkanat, d'Istanbul, Turquie, le 4 juin 2011, 04 h 00 GMT

La dernière chronique de Mine G.Kirikkanat pour Cumhuriyet : “Le pouvoir à l'aune de la sécrétion de testostérone.“
La dernière chronique de Mine G.Kirikkanat pour Cumhuriyet : “Le pouvoir à l'aune de la sécrétion de testostérone.“
Ce n’est pas un hasard que les mots Pouvoir, Puissance et Impuissance aient la même racine étymologique, et cette parenté explique l’incrustation non seulement ancestrale mais atavique du sexe dans la politique.
Le monde est dorénavant global et plus rien ne sera nulle part comme avant, y compris la belle patrie du compromis entre puissance politique et puissance sexuelle, qu’est la France.

Les Turcs suivent les mésaventures de DSK avec autant d’intérêt que ses concitoyens français et Mr Strauss Kahn fait la « une » de la presse turque qui d’habitude ne parle pas beaucoup des affaires françaises. Depuis que Mr. Sarkozy est au pouvoir, la France n’a pas la cote auprès de notre Premier ministre islamiste Mr Erdogan et la presse évite tant bien que mal, les sujets que lui même boude.

DU POUVOIR MÂLE À LA POLITIQUE HORMONALE

Mais l’affaire DSK fait flores en Turquie, parce qu’elle a précédé la France dans la course aux chantages des bignoles politiques : en 2010, Mr Deniz Baykal a dû démissionner de la présidence du parti CHP (parti républicain du peuple, kémaliste), à la suite d’une bande vidéo montrant ses ébats sexuels avec sa plus proche collaboratrice, enregistrée et mise sur Internet, illégalement, par des anonymes.

En fait, avec cette démission, la vague du « sexe, chantage et vidéo » qui déferle sur La Turquie ne faisait que commencer : le 10 mai 2011, deux nouvelles vidéos à caractère sexuel, diffusées sur Internet, ont mis fin a la carrière de deux politiciens majeurs du parti (très) nationaliste MHP. Le 21 Mai, c’était la débâcle et la fin de ce parti, puisque huit députés ont dû démissionner suite à la diffusion de vidéos semblables, de source inconnue, toujours sur internet. Finalement, tout l’état-major du MHP, au total 10 personnes, a été évincé par des « complots » sexuels et le leader du parti est menacé du même sort, comme par hasard à une semaine des élections législatives, le 12 juin exactement.

LE SEXE, UNE ARME DE DESTRUCTION MASSIVE

Depuis l’année dernière, c’est une évidence qu’une organisation inconnue redessine et reforme la sphère politique de la Turquie, via des complots sexuels. Cette organisation doit être très structurée puisque ce n’est pas une mince affaire de pister toute la gente adultère et d’enregistrer illégalement dans les chambres d’hôtel, autant de rencontres galantes, dont certaines remontent à 4 ans, voire 5 ans…

Heureusement pour le CHP, son nouveau président Mr. Kemal Kiliçdaroglu a fait du principal parti d’opposition social démocrate un vrai « challenger » contre le pouvoir de l’AKP, islamiste. Mais les complots qui ont évincé les nationalistes du MHP ont réussi : il n’y aura probablement que 2 partis à siger dans le nouveau Parlement.

Face à tant de complots sexuels en Turquie et aux langues des bignoles qui s’empressent de dénoncer les politiciens pédophiles ou adultères en France, j’ai commencé à imaginer sérieusement un complot plus global : en Turquie, les Américains décident de tout. Ils soutiennent l’AKP au pouvoir et Mr.Obama cite Mr. Erdogan comme « leader exemplaire » pour tout le Moyen Orient. En France ils soutiennent l’UMP, puisque le gouvernement Sarkozy est le premier et le seul qui approuve la politique internationale américaine. L’affaire DSK se déroule à New York.
Et si le sexe était la nouvelle arme américaine pour redessiner le monde ?

Mine Kirikkanat est écrivaine et éditorialiste à Cumhuriyet. "Le sang des rêves", polar politique d'anticipation, est son dernier roman, paru en 2010 aux éditions Métailié.

En Afrique du Sud, Zuma et sa petite pomme de douche

Par Liesl Louw, de Johannesburg, le 4 juin 2011, 02 h GMT

Jacob Zuma et sa petite pomme de douche vu par Shapiro lors de la campagne contre le sida en mai 2010, avec ces mots : Sur la pancarte : séronégatif, Sur la douche : “Je vous l'avais bien dit“, Sur le paquet jeté à la poubelle : préservatifs
Jacob Zuma et sa petite pomme de douche vu par Shapiro lors de la campagne contre le sida en mai 2010, avec ces mots : Sur la pancarte : séronégatif, Sur la douche : “Je vous l'avais bien dit“, Sur le paquet jeté à la poubelle : préservatifs
L’affaire DSK n’a pas provoqué beaucoup d’émotion en Afrique du Sud et la presse – toujours prête à dévoiler les secrets et scandales des hommes politiques du pays – n’en a pas beaucoup parlé, sauf peut-étre pour renforcer la caricature de l’homme politique français – de Mitterrand à Sarkozy.
Que l’ancien ministre sud-africain Trevor Manuel puisse éventuellement être candidat au poste de directeur général du FMI, voici en revanche un vrai sujet de discussion.
Est-ce que Manuel a une chance de prendre la tête de l’organisation qui a joué un rôle très controversé en Afrique ou est-ce que l’Europe va encore dominer cette institution de Bretton Woods ?
Une certaine amertume règne en Afrique du Sud à ce sujet, tout comme vis-à-vis des membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU.

DSK TROUVERAIT UN CERTAIN RÉCONFORT EN AFRIQUE DU SUD

Il est tout à fait possible d’être accusé de viol et de devenir Président de la République.
Dominique Strauss-Kahn pourrait trouver quelques réconforts dans le parcours surprenant du président sud-africain Jacob Zuma.
Mais pour y parvenir, il faut d’abord réclamer haut et fort que c’est un complot de ses adversaires politiques.
Et ensuite affirmer que « les événements » – qui sont du domaine de la vie privée – étaient consensuels et consentis.
Les faits reprochés à Jacob Zuma étaient aussi graves que ceux dont DSK est accusé – peut-être même plus graves.
Rappel : le 6 décembre 2005, Zuma, alors ancien vice-président, est inculpé de viol de la fille d’une de ses amies, qui est venue passée la nuit chez Zuma dans sa maison a Johannesburg.
Elle dormait dans la chambre d’amies.

Selon elle, une activiste anti-Sida, âgée de 31 ans, Zuma est entré nu dans sa chambre et la violée, toute en sachant qu’elle était séropositive.
Zuma a plaidé non coupable. Il prétend avoir tout simplement ‘rendu service’ à la jeune fille, selon les règles d’un prétendu devoir culturel zoulou.. Elle en avait tellement envie.... Comment l’a-t-il su ? Elle était habillée d’une jupe très courte – un kanga, qui s’enlève facilement.

Est-ce qu’il savait qu’elle était séropositive et a quand même ‘fait son devoir’ sans préservatif ? Peu importe, puisqu’il a pris une douche vigoureuse après les faits.
Dans un pays ravagé par le sida, cette réponse donnée par Zuma lors de son procès a fait scandale.

Jusqu’aujourd’hui, la petite pomme de douche que porte Zuma dans les caricatures du fameux dessinateur sud-africain Shapiro, reste le symbole d’une colère et d’une incompréhension ressenties par une grande partie de la nation outragée par ce comportement d’un important leader politique du pays.
De temps en temps Shapiro juge bon d’enlever la pomme de douche. ‘C’est quand Zuma revient à la raison, en soutenant, par exemple les initiatives antisida,’ a expliqué Shapiro récemment.
Mais la plupart du temps, la pomme de douche de la honte est sur la tète de
Zuma. Que nul n’oublie son procès pour viol.

SI DSK ÉTAIT ZOULOU...

Comment Zuma est-il parvenu au pouvoir après avoir vécu été le protagoniste d’un tel drame ?
À vrai dire, l’affaire ne le l’a pas vraiment affaibli.
Durant les 25 jours de procès, une foule de supporteurs amassée chaque jour devant le tribunal chantait et dansait. Zuma, l’homme zoulou, sortait pour danser aussi.

Le complot politique était toujours l’ombre qui planait sur le procès Zuma – le soleil qui brillait sur le futur président.
Au moment du procès, Zuma était engagé dans une bataille acharnée contre l’ancien président Thabo Mbeki qui l’avait viré du gouvernement en 2005 suite à des accusations de corruption contre lui.
Zuma fut acquitté des accusations de viol le 8 Mai 2006 et les charges de corruption n’ont été abandonnées qu’en 2009 - un mois seulement avant que Zuma devienne président de l’Afrique du Sud.
Sa victime, elle, a dû quitter le pays et aux dernières nouvelles, elle vit en exil aux Pays Bas.

L’image de Zuma – polygame, avec plusieurs enfants, certains hors mariage – gène toujours une partie de la population.
Pour Zuma, tout cela est pardonnable puisqu’il est un zoulou et fier de l’être.
Zuma a, jusqu’aujourd’hui, aussi bénéficié du soutien majoritaire de la toute puissante ANC – le parti qui domine la politique sud-africaine depuis 1994.
Néanmoins, il doit encore se battre pour sa survie politique. Si son soutien dans le milieu zoulou rural est peut-être solide, tout laisse à croire que ses chances d’obtenir un nouveau mandat en 2014 ne sont pas du tout assurées.

Liesl Louw-Vaudran est rédactrice en chef de African.org, revue de l'Institut d'Études de Sécurité en Afrique du Sud

L'Albanie est trop prise par ses propres tragédies pour qu'on y parle de DSK

par Ilir Yzeiri, de Tirana, Albanie, le 3 juin 2011, 22 h 00 GMT

Le 15 mai 2011, le jour où éclatait l'affaire DSK, les Albanais votaient dans un contexte de grande instabilité. Deux jours plus tard, la répression de manifestations consécutives à ces élections, faisait plusieurs morts. Ici dans le quotidien Gazeta Shqiptare.
Le 15 mai 2011, le jour où éclatait l'affaire DSK, les Albanais votaient dans un contexte de grande instabilité. Deux jours plus tard, la répression de manifestations consécutives à ces élections, faisait plusieurs morts. Ici dans le quotidien Gazeta Shqiptare.
Le jour du scandale DSK j’étais avec mes amis Didier et Sebastiane de l’Agence CAPA. Ils étaient venus en Albanie pour réaliser les histoires du reportage « D comme débrouille » qui va être présenter sur Canal +. C ‘était un dimanche et je suis arrivé à l’hôtel où Didier le cadreur est arrivé et m’a dit : « tu sais, c’est un malade, il est impossible ... » Pourtant il est impossible de penser qu’un homme comme DSK qui dans l’imagerie collective marchait avec un très lourde poids sur les épaules, puisse sortir d’une salle de bains, nu, et se jeter sur la femme de chambre d’un hôtel... Inimaginable...

L'HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ MODERNE EUROPÉENNE EST UN MÉLANGE D'ADULTÈRE, D'ARGENT ET DE POUVOIR

Personnellement je pense que dans ce cas là il ne faut pas discuter plus longtemps parce qu’un tel comportement n’est pas normal et humain.
L’histoire de la littérature européenne commence avec un adultère. C’est Hélène qui trahit son mari, ce qui déclenche la guerre de Troie et si on continue on peut voir que l’histoire de la société moderne européenne est un mélange d’adultère d’argent et de pouvoir.

DE QUOI AMUSER LES PEUPLES

Les histoires récentes de Kennedy ou de Clinton servent à compléter notre nature occidentale. Les histoires roses de Berlusconi complètent la partie ridicule et grotesque de l’autre part européenne. Les histoires roses des politiciens on servi quelquefois à rendre la vie dure un peu plus légère. Dans le théâtre banal de la vie quotidienne où la démocratie a commencé à montrer de plus en plus une certaine fragilité, les histoires ou les romans roses des politiciens, ceux de Berlusconi en particulier, ont servi à faire sourire un peu et à ne pas se prendre trop au sérieux. J’ai constaté que la presse française avait bien profité à ridiculiser, un peu trop, le « pauvre Berlusconi » et l’italianité. Mais personne ne pouvais imaginer qu’un jour arriverait ou l’une des personalités les plus marquantes de France, un candidat potentiel à la présidence de la France, le patron du FMI, serait le protagoniste de l’une des histoires les plus banales de tout les temps.

Didier, mon ami cadreur ne cessait de répéter « mais il est malade ce mec eh ». Je voyais dans ses yeux la tristesse d’un homme honnête. Je n’aurais jamais pensé me mêler de cette affaire DSK. Jamais ! C’est une histoire trop banale. On a vécu récemment cette histoire horrible des prêtres pédophiles, puis celle terrible d’un Autrichien qui a abusé et qui a fait des enfants avec sa propre fille. Mais ce Dominique Strauss Kahn est simplement d’une banalité affligeante. On commence déjà à l’oublier maintenant comme nous le faisons de toutes ces banalités que notre vie nous offre en abondance, malheureusement.

Ilir Yzeiri est journaliste et professeur de l’Université de Tirana

Au Nord de l'Europe, le roi de Suède est dans de sales draps

par Vibeke Knoop Rachline, Norvège, le 3 juin 2011, 19 h 00 GMT

Carl Gustav à la Une du grand quotidien suédois Aftonbladet avec ce titre : “le temps d'abdiquer est venu“
Carl Gustav à la Une du grand quotidien suédois Aftonbladet avec ce titre : “le temps d'abdiquer est venu“
C’est du jamais vu. Carl Gustav, roi de Suède, est prié d'abdiquer après des sombres histoires de femmes, de striptease et de mafia.
Le roi doit admettre qu’il ne peut plus régner. En tout cas pas s’il souhaite rassembler et représenter, écrit le plus grand journal du royaume, Aftonbladet.
La Suède mérite mieux qu’un chef d’État qui évoque des clubs de striptease et des serveurs de photos de nus. Le roi doit comprendre qu’il serait temps d’abdiquer. Par respect pour le peuple, écrit la rédactrice en chef Karin Petterson dans son éditorial.
Ainsi, il n’y a pas que DSK ou Georges Tron qui doivent s’expliquer. Même si personne n’a encore porté plainte contre le roi Carl Gustav, les langues se délient.

Le roi aurait fréquenté des clubs de striptease et/ou pornographiques, plutôt lors de déplacements à l’étranger. Ses amis ont recruté des jeunes filles lors de fêtes bien arrosées et peu habillées. Pire, il existerait des photos compromettantes, désormais aux mains de la mafia. L'un de ses proches amis, Anders Lettstrøm, a tenté de négocier avec Mille Markovic, propriétaire d’une boîte de nuit et lié à la mafia. Il l’admet, mais dit que le roi n’était pas au courant.

Nej, nej – le roi a nié en bloc dans une interview avec l’agence TT. Ce qui rend les suédois encore plus méfiants, et la reine Silvia encore plus malheureuse. Malgré la popularité de la princesse héritière Victoria, les plus audacieux évoquent la fin de la monarchie. Du jamais vu.

Vibeke Knoop Rachline est correspondante à Paris de l'Aftenposten norvégien

En Russie, l’information concernant les politiciens les plus influents est verrouillée à double tour

par Pavel Spiridonov, de Saint Pétersbourg, Russie, le 3 juin 2011, 17 h 00 GMT

Tout au début, l’affaire DSK n’a pas trouvé plus d’échos dans la presse russe qu’un autre fait divers croustillant de la vie des personnes riches et célèbres. Mais comme il n’y avait pas beaucoup d’informations précises à se mettre sous la dent, les journalistes russes ont imaginé les différents scénarios allant d’une simple histoire entre un homme très influent et une femme de chambre, jusqu’à un complot mondial pour remplacer le président de Fonds monétaire international. Surtout après l’information révélée par Claude Bartolone sur BFMTV qui disait que Dominique Strauss-Kahn lui avait parlé de complot entre la France et la Russie pour le faire tomber et pour l’empêcher se présenter aux élections présidentielles en 2012. Ce qui a ajouté du poids à la théorie que les pays de BRICS veulent voir à la tête de FMI un non-Européen. Ces pays ont essayé de se réunir pour faire pression, mais même après les modifications du système de vote au sein de FMI en faveur des pays émergents, l’Europe et les États-Unis gardent leur majorité nécessaire à l’élection de nouveau président de Fonds. Dans ce contexte, la Russie se garde bien de se prononcer sur les éventuelles suites politiques de ce scandale ou de soutenir fermement son favori, le président de la banque centrale de Kazakhstan Grigori Marchenko, et arrive même à complimenter les compétences de ministre des Finances françaises Christine Lagarde.

Mais en général, les médias russes pour le moment ne s’attardent pas beaucoup sur cette affaire qui secoue tellement la France. Les articles dans la presse sont surtout les traductions des articles parus dans la presse française ou américaine. Ce qui m’a un peu étonné, car en temps normal les journalistes russes sont plutôt friands d’ informations sur la vie privée des politiciens des pays étrangers, d’autant plus que dans leur propre pays toute l’information concernant les politiciens les plus influents est verrouillée à double tour. Il est quasi impossible de publier un article (même dans la presse de boulevard) sur la vie privée de Poutine ou de Medvedev, sous peine d’attirer les foudres du pouvoir.

LES SOVIÉTIQUES INTERDITS DE FIRST LADY

La sphère privée de ceux qui ont le destin de ce pays entre leurs mains, a toujours été un secret d’État, voir un tabou. Nous n’avons jamais rien entendu, ni surtout lu, sur la vie privée de Lénine(qui prônait pourtant le triangle amoureux qu'il pratiqua avec Nadejda Kroupskaïa et Inessa Armand), Staline, Khrouchtchev ou Brejnev. Même pas de l’information sur leurs femmes ou leurs enfants. C’est seulement depuis l’accès au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, et le début de sa politique d’ouverture, que le peuple soviétique a pu voir enfin sa propre « first lady » - Raïssa Gorbatcheva, mais uniquement pendant les visites d’État ou les voyages officiels en Union Soviétique. Rien ne filtrait sur leur famille, leur fille et les petits-enfants.

Bien sûr, après la mort des dirigeants (ou leur départ à la retraite), on sort des mémoires, des biographies et on commence à laver leurs draps sales en public.
Il y a ce paradoxe dans le rapport de la société russe avec la vie privée de ceux qui contrôlent leurs existences : d’un côté la volonté de garder la façade sans taches, presque une pudeur d’en parler ; de l’autre côté les chansons populaires grivoises, les anecdotes et les pamphlets ont toujours étais très répandus, même dans les moments les plus sombres de l’histoire russe.

MAIS LES POTINS CIRCULENT SUR INTERNET

En ce moment, l’Internet est devenu une sorte d’endroit où un discours plus libre est possible. C’est dans cet espace, où le contrôle d’État n’est pas aussi fort que dans les médias dits traditionnels qu’on trouve un mélange de la critique du pouvoir en place, des ragots, des potins et toute sorte d’information non vérifiée, mais tellement attirante pour la nature humaine.

À Saint-Pétersbourg un groupe des habitants de la ville qui s’appelle « ??????????? ??????? » (« Le groupement des changements »), a mis presque en face du consulat de France une bannière géante avec une question « Qui veut la peau de Strauss-Kahn ? », et propose sur son blogue de donner à DSK un asile sexo-politique.
Je doute fort qu’après le début du procès ce lundi 6 juin 2011, la presse russe renouvellera sont intérêt pour l’affaire DSK, car en ce moment des choses plus intéressantes se passent en Russie, un scandale de corruption dans le parquet de la région moscovite lié aux casinos clandestins, le rapport du département d’État Americain qui démontre que les forces nucléaires russes sont moins bien armées que les américaines ou l’interdiction ce jeudi de l’importation des légumes en provenance de l’Union européenne.

En Iran, la passion pour le « gheybat »(commérages)

par Armin Arefi, d'Iran, le 3 juin 2011, 16 h 00 GMT

Le président iranien Ahmadinejad accompagné de sa femme. Comme on le voit, la vie privée de ces messieurs est bien caché.
Le président iranien Ahmadinejad accompagné de sa femme. Comme on le voit, la vie privée de ces messieurs est bien caché.
Les premières dames de la République islamique ne font guère fantasmer le peuple. Il faut dire qu’elles font profil bas. Les seules images que l’on possède de Madame Ahmadinejad sont celles d’un tchador noir de la tête aux pieds. Tout juste en savons-nous un peu plus sur la compagne du Guide suprême (et véritable chef d’État), l’ayatollah Khamenei, dont le nom, Khojasteh, est connu, mais pas son visage.

Mais les quotidiens conservateurs (les seuls désormais autorisés) ne réservent pas le même traitement de faveur aux premières dames occidentales. En août dernier, le quotidien ultraconservateur Kayhan, la voix du Guide suprême iranien, n’y est pas allé de main morte, en qualifiant Carla Bruni-Sarkozy d'«épouse infâme», «d'actrice et chanteuse dépravée, qui a réussi a briser la famille de Sarkozy et à épouser le président français». En ligne de mire, le soutien de la Première dame de France à l’Iranienne Sakineh, condamnée à la lapidation.

Et le quotidien persiste et signe. Le 6 novembre dernier, c’est au président Sarkozy en personne qu’il s’attaque. " Sarkozy, après avoir trompé ses deux anciennes femmes et avoir divorcé d’elles, s’est marié avec l’Italienne Bruni qui avec ses trahisons l'a dépassé dans ce domaine".

LE PAYS OU LE COMMÉRAGE EST ROI

Mais si le peuple iranien, ô combien habitué des accusations gouvernementales gratuites et sans fondement, ne prend pas pour argent comptant ces déclarations, il se passionne depuis des siècles pour le « gheybat »(commérages), spécialité iranienne au même titre que les pistaches, les tapis ou le caviar.

Au centre de toutes les conversations, les relations extraconjugales du voisin, les sorties répétées d’une cousine ou le mariage avorté d’une amie, qui s’ils rythment le quotidien perse, ruinent par la même la réputation des victimes. Et sur ce point là, ce n’est plus le gouvernement qui est responsable.

Et lorsque les scandales liés aux mœurs touchent des célébrités (acteurs ou sportifs), c’est le pays tout entier qui s’emballe.

QUAND LES SEX TAPE CIRCULENT À TRAVERS LE PAYS

C’est ce qui est arrivé en février 2007, au cours du mois de ramadan. À cette époque, les Iraniens n’ont d’yeux que pour la série télévisée Nargess, réalisée spécialement pour l’occasion. L’histoire d’une jeune Iranienne qui voit sa vie et celle de chacun des membres de sa famille se briser en un rien de temps. Or trois mois après sa dernière diffusion, l’actrice principale du feuilleton met tout le pays en émoi. Mais pas en raison de sa bouleversante prestation. C’est son ex-petit ami qui défraie la chronique en dévoilant le film de leurs ébats sexuels, soit la première « sex tape » iranienne de l’histoire. En à peine une semaine, ce sont des millions de CD qui se vendent à travers tout le pays. Or si en Occident, certaines starlettes people en ont profité pour établir leur notoriété, en République islamique, une vidéo de la sorte n’est rien d’autre que la preuve d’une fornication avant le mariage, un péché répréhensible de la peine de mort. Au final, l’actrice ne sera pas condamnée mais sera forcée de fuir le pays et devra dire adieu à sa carrière.

Une autre histoire de meurs a déchaîné les passions en Iran. Elle a cette fois été relayée par la presse iranienne, qui s’en est donnée, une fois n’est pas coutume, à cœur joie. Il faut dire qu’elle concerne un sportif, et pas des moindres : Nasser Mohammad Khani, ancien gloire de l’équipe nationale de football d’Iran. Le 8 octobre 2002, Leila Saharkhizan, la femme du joueur, est retrouvée poignardée à mort à son domicile. Au cours de l’enquête, la police se rend compte que Nasser Mohammad Khani mène une double vie, vivant normalement avec sa femme tout en habitant depuis quatre ans dans un appartement du nord de Téhéran avec Shahla Jahed, infirmière de 32 ans et « épouse temporaire » du sportif. Les soupçons se dirigent alors vers cette autre femme.
LA FACILITÉ DES MARIAGES TEMPORAIRES

En Iran, les couples peuvent recourir à un mariage temporaire ou sigheh, sorte de mariage à durée déterminée en dehors de l’union traditionnelle, qui peut se perpéturer de dix minutes à quatre-vingt-dix-neuf ans, et qui évite ainsi aux deux “époux” d’être accusés de fornication ou d’adultère. Après avoir tout d’abord avoué le meurtre, Shahla Jahed ne cesse, durant son procès diffusé à la télévision iranienne d’État, de clamer son innocence, expliquant que ses « aveux » lui ont été extorqués sous la torture. Selon son avocat, le dossier de sa cliente contiendrait plus de dix invraisemblances notoires. De son côté, la star du football Nasser Mohammad Khani est relativement épargnée. Initialement soupçonné d’avoir été complice de ce meurtre, il est incarcéré pendant quelques mois, avant d’être libéré, non sans avoir reçu 74 coups de fouet.

L’affaire « Shahla Jahed », mêlant sportif de renom, adultère, et meurtre, a été si médiatisée en Iran, qu’un film sur l’infirmière a même été réalisé. Il s’intitule “Red Card” (Carton rouge).

Mais elle s’est achevée en tragédie. Après huit années passées derrière les barreaux, Shahla Jahed a été pendue par la justice iranienne le 1er décembre dernier.

Armin Arefi, journaliste indépendant, auteur de "Dentelles et tchador: avoir 20 ans à Téhéran" (Pocket 2009)

De Roumanie, le déshonneur des politiques français

Par Rodica Pricop, de Bucarest, le 3 juin 2011, 13h00 GMT

L'affaire Strauss Kahn à la Une du Ziarul Financiar. Voilà trois mois, le patron du FMI avait fort irrité les Roumains en condamnant les mesures d'austérité prises par Bucarest contre les fonctionnaires.
L'affaire Strauss Kahn à la Une du Ziarul Financiar. Voilà trois mois, le patron du FMI avait fort irrité les Roumains en condamnant les mesures d'austérité prises par Bucarest contre les fonctionnaires.
Quelles sont les raisons pour lesquelles on a donné une telle importance à ce fait divers ? Et pourquoi cette affaire a tellement scandalisé une partie de la classe politique française qui a commencé à parler de complot ? Pourquoi la France est-elle en “état de choc” ? Pourquoi ce parti pris tout à fait gênant quand les faits qui lui sont reprochés sont si graves et que le procès n’a même pas commencé ? Même en Roumanie, quelque analystes et journalistes ont vite sauté pour défendre l’ancien chef du FMI avant même d’entendre les accusations du procureur, tout simplement parce qu’ils l’ont croisé une fois et l’ont trouvé charmant…

Un ancien ministre français de la Justice se déclarait “bouleversé et indigné” par la “tragédie” de Dominique Strauss-Kahn, qui, selon lui, n’est qu’une victime de la Justice américaine qui veut le “détruire”… Un autre politicien de gauche avait même demandé au président Sarkozy d’intervenir auprès de Washington afin d’obtenir la “libération” de DSK, comme si celui-ci était tenu en otage aux Etats-Unis… Ce qui est vraiment choquant pour la majorité du public en Roumanie dans cette affaire est que des politiciens de gauche qui devraient défendre le traitement égal pour tous devant la justice, font une gaffe pareille en demandant un traitement spécial pour un des leurs, tout en ignorant la victime présumée et, tout aussi grave en essayant de banaliser les agression sexuelles contre les femmes. Les Français seraient-ils tellement misogynes ?

En écoutant les propos de Jack Lang défendre son ami Strauss Kahn, on dirait bien que oui. La déclaration de l’ancien ministre de la culture, très admiré d’ailleurs en Roumanie, selon laquelle l’arrestation de l’ancien chef du FMI n’était pas nécessaire car ‘il n'y a pas eu mort d'hommes’ a choqué les Roumains. Toutes ces déclarations de soutien aveugle de la part des politiciens français ne font que donner une touche dégoûtante à l’image caricaturale du Français coureur de jupons, bien enraciné ici aussi.

De plus, l’indignation d’une part de la presse française, connue pour sa complaisance et même admiration pour les hommes de pouvoir, contre la manière dont l’affaire a été traitée par la presse américaine ne lui fait pas honneur. Tout en clamant le manque de respect pour la présomption d’innocence de Strauss-Kahn, les medias de l’Hexagone n’ont eu aucun dilemme moral à dévoiler le nom de la victime présumée, en bafouant ainsi la règle de la presse nord-américaine de ne pas donner les noms des victimes d’agressions sexuelles.
Si le cas Strauss-Kahn a encouragé des femmes victimes de harcèlement sexuel à parler, comme on l’a vu la semaine dernière avec l’affaire Tron, la France ne devrait que s’en réjouir. Il est grand temps que la société française en finisse avec ce tabou impardonnable pour un État de droit, vis-à-vis du comportement abusif et immoral de l’un de ses élus.


Rodica Pricop est Rédactrice en chef adjointe à Nine O’Clock, éditorialiste a Bucarest Hebdo

En Isaël, Katsav avant Strauss Kahn

par Lior Papirblat, d'Israël, le 3 juin 2011, 14 h 00 GMT

L'ancien président israélien Moshe Katsav, condamné pour viol par un tribunal israélien à 7 ans de prison en décembre 2010, est tout de même libre en attendant le procès en appel cet été.
L'ancien président israélien Moshe Katsav, condamné pour viol par un tribunal israélien à 7 ans de prison en décembre 2010, est tout de même libre en attendant le procès en appel cet été.
Dominique Strauss-Kahn, 62 ans, candidat potentiel français à l'élection présidentielle, sort nu de la salle de bain de son hôtel et agresse une femme de chambre. Moshe Katsav, 66 ans, homme politique israélien, utilise sa force politique considérable pour agresser sexuellement ses employés de sexe féminin.

Katsav, ex-président de l'Etat d'Israël, qui a été reconnu coupable de deux cas de viol, deux attentats à la pudeur et de harcèlement sexuel contre deux femmes a écopé d'une peine d'emprisonnement de sept ans. Il va faire appel. Strauss-Kahn risque de passer jusqu'à 25 ans derrière les barreaux.

Moshe Katsav est entré dans le tribunal israélien en tant qu'ancien Président au centre d'un scandale médiatique sans précédent. Aujourd'hui, il n'est plus qu'un violeur en série et un menteur qui va aller en prison.

Comme Strauss-Kahn, Katsav n'a pas une pointe de regret ou d'empathie pour les victimes. Au contraire, il veut se battre jusqu'au bout pour prouver son innocence.

Mais les juges ont choisi de le condamner, et citent dans leur verdict : la peine imposée à un réparateur de frigidaires accusé du viol d' une cliente était de six ans de prison. Le président n'est pas différent du réparateur.

UN JOUR DE TRISTESSE ET DE HONTE

La Présidente de la Cour suprême israélienne, Dorit Beinish, semble satisfaite du verdict, elle affirme que cela prouve l'égalité de tous les citoyens israéliens devant la loi. "C'est un jour triste, mais il montre la valeur de l'égalité devant la loi", a-t-elle souligné.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré: "C'est un jour spécial pour l'État d'Israël, un jour de tristesse et de honte. Mais c'est aussi une profonde satisfaction et un jour de fierté pour le système judiciaire israélien."

Lorsque des soldats ont demandé a Shimon Peres, Président d'Israel en exercice, ce qu'il adviendra de la statue de Moshe Katsav installée dans la résidence présidentielle, celui-ci a répondu: "On ne peut pas changer l'Histoire, pour le meilleur ou pour le pire, l'Histoire est faite de bonnes et mauvaises choses".

La différence entre Mrs Strauss-Kahn et Katsav réside dans le type de justice qui attend chaque homme. La Cour suprême de justice israélienne examinera l'appel de Katsav en août prochain. Est-ce qu'à l'aune de l'actualité la Cour adoptera la rigueur américaine ou l'attitude clémente des Français ?

Lior Papirblat, 27 ans, est le chef d'édition du site internet d'informations ynet

Aux États-Unis, nulle limite à l'exposition de la vie privée

par Matt Sanchez, New York, États-Unis, le 3 juin 2011, 12 h 00 GMT

Toc-toc ! dit cette légende sur le site de Foxnews. Des livreurs ont apporté des ballons (qui ont été refusés) et de l'eau en bouteille au domicile provisoire de DSK et Anne Sinclair à New York.<br/>
Toc-toc ! dit cette légende sur le site de Foxnews. Des livreurs ont apporté des ballons (qui ont été refusés) et de l'eau en bouteille au domicile provisoire de DSK et Anne Sinclair à New York.
Depuis l’arrestation de Dominique Strauss Kahn, chef du Fond Monétaire International, pour agression sexuelle contre une femme de ménage dans un hôtel de luxe, la presse américaine fouille dans la vie de ce Français, inconnu à New York, afin de mettre en contexte les choquants événements et ainsi analyser les possibles conséquences à venir.

Dans cette quête médiatique, aucune barrière ni ligne de démarcation entre publique et privé ne détournera les journalistes de leur objectif : tout exposer à leurs lecteurs intéressés.

En Amérique, ce sont, justement, les intimités qui rendent l'affaire DSK intéressante, car dans une démocratie où la liberté d'expression fait partie de notre identité nationale, même l'ingérence dans le personnel est considérée comme "fair-play", surtout pour un homme publique, voire politique.

Pourquoi donc les journaux de notre grand pays, détaillent–ils les circonstances du dilemme DSK, alors que cet homme, autant que ses collègues français, était tout à fait invisible aux États-Unis auparavant ?

Pour être franc, il faut avouer que l'Américain moyen s'amuse du détail le plus risible du dossier DSK : sa nationalité.

UNE VIE PRIVÉE POUR UN HOMME PUBLIQUE ?

Certes, entre la France et les Etats-Unis, il y a certaine méchanceté dans les critiques des personnages publiques. De ce côté de l'Atlantique, Charles De Gaulle est souvent perçu comme un misérable, un ingrat, alors que les Français ne cachent pas leur mépris pour George W. Bush.

Même si la presse américaine possède un penchant culturel certain à critiquer durement la société française, les faiseurs d'opinion publique n'épargnent pas non plus leurs compatriotes.

La vie privée des politiciens américains est aussi sujette à un contrôle intense, quoique, il faut bien constater que certains passent sous la loupe de la presse plus facilement et plus souvent que d'autres.

La vie privée d'une certain Sarah Palin, l'ancienne candidate républicaine à la vice-présidence, a fait l'objet d'un examen minutieux dans la presse américaine. En revanche, l'ancien candidat démocrate pour la présidence, John Edwards, a avoué avoir eu un enfant avec sa maîtresse, alors que sa femme, Elizabeth Edwards mourait d’un cancer. Dans le premier cas, la presse a démontré une grande pugnacité à empiéter dans la vie privée de l'ancienne gouverneure de l'Alaska, Sarah Palin, alors que peu de journalistes ont plongé dans l'affaire Edwards. Même les dernières accusations contre Edwards pour détournements de fonds publiques n’ont maintenu qu’à peine ce petit mélodrame sur le devant de la scène.

ÇA NOUS REGARDE ?

Les médias choisissent leurs cibles selon un critère, très souvent, politique. Dépourvu d'une relation directe avec la politique américaine, le personnage de Dominique Strauss-Kahn n’y bénéficie d'aucun défenseur naturel, et le séducteur passe facilement dans le point de mire médiatique. Les drames et trébuchements de ce curieux Français, visiblement pas américain par sa présentation et son apparence, nous fascine, et nous repousse en même temps. L'Américain s'y intéresse, peut-être trop.

Il faut reconnaître, qu'aux Etats-Unis, la fixation sur Dominique Strauss-Kahn est devenue une sorte de vice national.

Strauss-Kahn le grand séducteur est le portrait craché, le stéréotype du Gaulois lubrique, un soi-disant diplomate français entaché par l'hypocrisie, un Talleyrand moderne.

Dans les régimes totalitaires, Staline, Mao et même Kadhafi ont fait fi des chuchotements sur leur vie prive. A quoi bon s'intéresser aux avis du grand public dans une dictature ? Selon le New York Times, le système judiciaire français aurait, peut-être camoufler la sévérité des accusations portées contre DSK. Mais, en Amérique, dans une société ouverte et grossièrement égalitaire, les élites sont très observées. En ce moment, le regard américain se fixe sur un homme accusé des crimes graves, malgré son joli vernis d'homme européen, hyper-civilisé. Privé ou publique, peu importe, l'appétit de savoir est là.

Le spectacle ne fait que commencer.

Matt Sanchez est journaliste à Fox News

Vu du Niger, adieu sans regrets à DSK

par Adamou Ide, de Niamey, Niger, le 3 juin 2011, 10 h 00 GMT

L'un des derniers livres de Adamou Idé, au titre précurseur...
L'un des derniers livres de Adamou Idé, au titre précurseur...
Ce qu'il est désormais convenu d'appeler l'"affaire DSK" est toujours ressentie comme un drame, non seulement pour les deux personnes directement intéressées mais pour toute la communauté internationale. Ce n'est pas moins que le Directeur du FMI qui est en cause ! Et justement, il a acquis un capital de respect et de considération pour son action à la tête de cette institution qui a fait tant de dégâts en Afrique avec les Programmes dits d'"ajustement structurel". Ces programmes ont accentué la pauvreté, au lieu de jeter les bases d'un redressement économique, puisque ce sont les secteurs sociaux (santé et éducation) qui ont été les plus touchés par leur mise en oeuvre . L'arrivée du nouveau Directeur DSK a été saluée comme un soulagement et on s'attendait à la réussite des réformes courageuses qu'il envisageait de prendre pour infléchir les positions du FMI. C'est donc un sentiment de déception qui nous anime plus que tout, sur le continent africain.

À CHACUN SA VÉRITÉ

Dans cette sombre et triste affaire, deux personnes sont en cause, deux "personnalités". Seules dans le silence de leur "vérité" ou de leur mensonge. Cet aspect du problème ne doit pas être perdu de vue car jusqu'ici, je n'ai pas entendu ou lu beaucoup de commentaires sur la situation de la femme. Nous sommes hélas dans un cas supposé de crime ou de délit sexuel. Si dans une affaire pénale, il faut s'en tenir à la présomption d'innocence, que fait-on de la femme plaignante ? N'y a-t-il pas une présomption de souffrance en jeu en face de la présomption d'innocence ?

SEXE-ARGENT-POUVOIR, LA TRILOGIE INFERNALE

Pour ma part, la presse français n'a pas été à la hauteur des événements en stigmatisant l'ethnie (peule) ou la nationalité (guinéenne) de cette femme : ce sont deux êtres humains qui ont un droit égal au respect de leur dignité, de leur famille, de leur personnalité. Je condamne avec la plus grande énergie les propos de certains intellectuels ou responsables politiques qui ont fait l'apologie du droit de cuissage en soutenant, même s'ils l'ont regretté sur le tard que DSK n'a fait que "détrousser" une domestique ou qu'il n'y a pas eu mort d'homme! C'est déplorable et complètement indigne ! Laissons la justice faire son travail.

Pour en revenir à la question sur l'intérêt que les médias et l'opinion publique accordent à la vie privée des hommes politiques dans nos pays, je dirais qu'un homme politique, partout dans le monde, n'a pas de vie privée ou du moins que ses extravagances sont dénoncées. SEXE, ARGENT POUVOIR : c'est le sida de la politique ! Et les hommes politiques qui se laissent contaminer échappent rarement au scandale.

Adamou Ide est écrivain, poète et universitaire - Dernier livre paru "La camisole de paille" ed La Cheminante

En Chine, les scandales sexuels des dirigeants forment un vrai théâtre populaire

par Xu Tiebing, de Pékin, Chine, le 3 juin 2011, 07 h 00 GMT

À la fin de sa vie, Mao voyageait dans son train privé, équipé d'un lit gigantesque, dans lequel lit avait été embarquées de jeunes femmes. « Je lave mon sexe dans leur con », disait Mao à son médecin personnel.
À la fin de sa vie, Mao voyageait dans son train privé, équipé d'un lit gigantesque, dans lequel lit avait été embarquées de jeunes femmes. « Je lave mon sexe dans leur con », disait Mao à son médecin personnel.
Avant l’ère de la presse de masse chez nous en Chine, les scandales liés aux hommes politiques (autrement appelés ici dignitaires) haut placés ou de poids, si fréquents dans l’histoire millénaire, ont surtout servi d’arme redoutablement efficace dans la lutte entre fractions et dans les intrigues de la cour impériale. Le rythme dans la densité et la dimension des scandales est souvent lié à l’âpreté des disputes pour le Pouvoir. Les humbles à la fois s’en indigent et s’en moquent, se scandalisent et se divertissent. Quel roman historique de la Chine ne comprend pas ces anecdotes et secrets de scandales sexuels de la Haute Sphère ? Et ils sont tous dévorés puis rapportés par les lecteurs de tous âges chez nous.
Cette pratique continue et même s’enrichit de nos jours dans la presse de masse, plus synchronisée au rythme des révélations des scandales sexuels y impliquant ministres, gouverneurs, membres du Politbureau, de plus en plus nombreux au point que le lecteur ordinaire s’en fatigue tout en désirant en savoir plus.

LE TABOU DES CHEFS SUPRÊMES

Pourtant, une exception dans le traitement de ces faits existe depuis longtemps et se perpétue encore : quand il s’agit des leaders suprêmes ou du top noyau ( empereurs du passé ou présidents au présent) ayant suivi leurs impulsions de désir extraconjugaux, la révélation et le reportage doivent s’effacer derrière le besoin absolu de la légitimité du Suprême Pouvoir politique. Le mot “censure” y prend toute sa signification et tous ses effets, le “légitimement correct” prime sur toute autre considération et le silence disciplinaire sur le top Scandale est respecté par l’ensemble des médias toutes catégories comprises.
Pour compenser cet interdit, une liberté est accordée par le Pouvoir aux médias de parler des scandales commis par les anciens dignitaires, à condition qu’ils aient été battus ou renversés, condamnés ou politiquement tués ; l’immoralité de leur conduite s’ajoute alors aux autres méfaits.

LE DÉVELOPPEMENT DE RADIO TROTTOIR

Avec cette injonction de silence sur le top d’une et cette autorisation de bavarder sur les anciens, sur le Bas et Le Moyen, se produisent deux phénomènes constants dans le traitement des scandales sexuels du Top : une transmission orale très riche: partout et à tout moment, on entend des inédits, des racontars à travers les canaux officieux du“bouche à oreilles ». Tout le monde s’érige en narrateur, ajouteur, récepteur a son gré.

Les publications littéraires posthumes sur ces membres du Top explosent avec un certain décalage dans le temps, ou se mélangent ré inventeurs, détracteurs et défenseurs de l’Image—idole, mais surtout divertissent avec le souci d’augmenter tirages et la ventes au-dessus du “légitimement correct”.

Et alors, les questions se répètent, toujours les mêmes : vrai ou faux? Partiel ou complet ? Qui avec qui ? Ça sert à qui? Et le curieux ordinaire aboutit au même constat sur ces scandales des dignitaires : “finalement, seuls, lui et elle ( elles), connaissent leurs réelles histoires de slip et de dessous”.

Signalons enfin l’évolution tout à fait probable d’un aspect encore embryonnaire dans les médias : l’augmentation du nombre de femmes politiques, actuellement encore peu nombreuses, impliquées dans des scandales. Inévitablement, dans un avenir tout proche, quand elles se libèreront à leur tour, travaillées par leurs désirs, on aura la chance d’observer d’assister à de nouveaux chapitres du théâtre populaire, pour plus la grande satisfaction des voyeuristes masculins et surtout féminins, peut-être même de tous les coins du Monde.

Xu Tiebing est professeur et chercheur au Centre des Relations internationales à l'Université des Communications de Pékin

Pages réalisées par Sylvie Braibant


Le regard de Kichka en Israël


Le regard de Kroll à Bruxelles

Le regard de Kroll pour "Le Soir" (Bruxelles) du 16 mai 2011, reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.