L'Algérie au prisme des jeunes créateurs

de la série “Territoire hybride“ par Halida Boughriet
de la série “Territoire hybride“ par Halida Boughriet

L'Institut des Cultures d'Islam (ICI), qui dépend de la Mairie de Paris, se penche à son tour sur le Cinquantenaire de l'Indépendance de l'Algérie. Pas de nostalgie ou de célébration ici, mais plutôt dix jours de programmation souriante et contemporaine : concerts, lotos, BD, théâtre, danse... Visite.

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Mehdi Haddab, entouré de Rodolphe Burger et Skander
Mehdi Haddab, entouré de Rodolphe Burger et Skander
Du oud, bien sur, mais électrifié et même électro... le concert de Mehdi Haddab qui a ouvert le festival ICI.dz, sous-titré "Viva l'Algérie à Paris", illustre l'esprit festif et décontracté de la commémoration en cours à l'Institut des Cultures d'Islam de Paris. "Notre Institut est installé à la Goutte d'Or, "le" quartier algérien de Paris s'il en est un, explique Véronique Rieffel, sa directrice, donc on ne pouvait passer à coté de cet anniversaire, mais nous ne voulions pas de cet esprit de sérieux qui prévaut ailleurs, d'où ce programme un peu décalé, qui parle de l'Histoire mais de manière indirecte."
De fait, c’est la jeune génération qui est mise en valeur, celle du metteur en scène Kheireddine Lardjam, 36 ans qui propose un spectacle sur Kateb Yacine ou de la chorégraphe Nacera Belaza, 44 ans, qui remonte pour l’occasion sa pièce de 2008, « Le Cri » qu’elle danse avec sa sœur.
L’Histoire algérienne au prisme des créateurs d’aujourd’hui, c’est aussi l’Histoire de l’immigration, l’Histoire racontée par les familles à de jeunes gens qui ont grandi en France. Ainsi la plasticienne Halida Boughriet qui propose dans les lieux, une exposition monographique titrée « 50 ans de réflexion ». La jeune femme s’est formée aux Beaux-Arts de Paris, puis à New-York mais la mémoire familiale continue à être un moteur de son travail.

de la série “Mémoire dans l'oubli“ par Halida Boughriet
de la série “Mémoire dans l'oubli“ par Halida Boughriet
A l'Institut, elle propose une version contemporaine (et photographique) des Odalisques qu’aimaient représenter les peintres orientalistes du XIXème siècle. Chez Halida Boughriet, ce sont de vieilles femmes qui posent et se reposent sur un canapé. Au sous-entendu érotique est substitué une scène quotidienne, un moment d'humanité. 
Dans la série « Territoire hybride », la photographe documente les "porches d'Alger", ces grandes entrées d'immeubles post-haussmanniens construits par des Français, pour des Français et que les Algérois ont intégrés dans leur patrimoine. Halida Boughriet les juxtapose avec l'entrée d’une HLM, le quotidien de beaucoup d’Algériens exilés au nord de la Méditerranée. "Mon travail aujourd’hui relève d’une certaine urgence, il y a des choses qui me bouleversent et j’ai envie de m’investir dans cette direction. Je pense que plus tard, je travaillerais plus sur la forme et le concept, mais en ce moment c’est un besoin de travailler comme ça." 
Souvent réduits à une date, une année, ces « 50 ans d’Indépendance », c’est aussi une histoire en cours, une mémoire qui nourrit le présent et le travail des créateurs. Témoignages à l’I.C.I. jusqu’au 22 septembre.

L'Institut des Cultures d'Islam