Info

L'Allemagne va-t-elle réduire ses ventes d'armes ?

Dans une usine Rheinmetall en Allemagne.
Dans une usine Rheinmetall en Allemagne.

Dans le business de l'armement, l'Allemagne ne cesse d'afficher de belles réussites commerciales, dont la dernière a été conclue avec l'Algérie. Ses plus importants clients se trouvent désormais hors de la zone de l'OTAN, au Proche-Orient et en Asie. Une stratégie d'exportations que la chancelière Angela Merkel a largement encouragée et que le vice-chancelier social-démocrate cherche désormais à freiner... tant bien que mal !

dans
Entre l'Algérie et l'Allemagne, l’armement est devenu un marché particulièrement juteux. Il y a quelques jours, Berlin a autorisé son géant de l’industrie militaire Rheinmetall à ouvrir une usine de blindés près de Constantine, à un peu plus de 400 kilomètres à l’est d’Alger. Un millier de blindés de transport de troupe Fuchs 2 y seront produits, grâce aux pièces acheminées sur place et à un personnel formé par le fabricant allemand. Prix du service : 29 millions d'euros. Mais ce n'est pas tout. D'après le supplément mensuel du Spiegel, ce contrat n'est qu'une partie d'un autre beaucoup plus large dot la somme total s'élèverait à 2,7 milliards d'euros.

L’année dernière, l'Algérie avait déjà acheté pour plus de 826 millions d’euros d’armement outre-Rhin, ce qui en a fait le plus gros client de l'Allemagne. Selon la rédaction du Zeit, cette entente commerciale date du voyage de la chancelière à Alger en 2008.

Au-delà du Maghreb, l’Allemagne a multiplié les contrats d’armement avec le Qatar, l’Arabie Saoudite, l’Indonésie, Singapour ou encore avec la Corée du Sud. Ce qu’elle  vend ? Des chars, sa grande spécialité, mais aussi des frégates porte-hélicoptères, des sous-marins, des bombes, des torpilles, des milliers de fusils de combat…

De 2007 à 2011, ses ventes d’armes ont progressé de 37% contre 24% au niveau mondial. Dans le même temps, Berlin a détrôné Paris en devenant de troisième exportateur derrière les Etats Unis et la Russie, selon le classement publié en mars 2013 par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).


Ventes d’armes et nouvelle diplomatie

Mais si les clients se bousculent, ce n’est pas seulement à cause de la réputation du puissant Made in Germany. C’est  en raison, aussi, de la politique de la chancelière qui a fait sauter les vieux verrous en facilitant les autorisations de ventes d’armes hors de la zone de l’OTAN, vers des régimes autoritaires ou dans des régions en crise.

Angela Merkel l’a pleinement assumé lors d’un discours qu’elle a prononcée en octobre 2012 devant le congrès annuel de l’armée allemande. Elle définissait alors sa nouvelle doctrine de sécurité :  « Ceux qui se sentent responsables du maintien de la paix, mais ne peuvent pas jouer un rôle actif dans toutes les régions du monde, sont appelés à aider leurs partenaires dignes de confiance à prendre cette tâche à leur compte », en évoquant pas moins que les pays de la Ligue arabe, ainsi que ceux de l’Union africaine et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Un tournant doctrinal qui va de pair avec le nouveau rôle international que la chancelière cherche à donner à son pays. Prenant en main le dossier ukrainien, décidant d‘armer les forces kurdes d’Irak contre l’Etat islamique, se déplaçant à Pékin pour rassurer les Chinois sur l’avenir de l’euro… Angela Merkel fait renaitre une diplomatie allemande indépendante qui ne s’abrite plus derrière le paravent européen. Ce qui n'empêche pas les affaires.

Le social-démocrate Sigmar Gabriel, ministre de l’Economie et vice-chancelier de l'Allemagne.
Le social-démocrate Sigmar Gabriel, ministre de l’Economie et vice-chancelier de l'Allemagne.
Le holà du SPD

Mais les performances de l’industrie militaire allemande sont loin de ravir tout le monde. En premier lieu, les Allemands eux mêmes qui, selon les sondages, restent réticents aux ventes d’armes vers des pays instables. Avant qu’ils n’entrent au gouvernement à l’autonome dernier, les socio-démocrates du SPD ont aussi crié au scandale.  Résultat, Sigmar Gabriel, ministre de l’Economie et vice-chancelier, représentant du SPD dans la grande coalition  d’Angela Merkel, a décidé d’infléchir cette politique commerciale.

Le 20 août dernier, devant une vingtaine de représentants du personnel de l'industrie de la défense, il a affirmé son intention d'encadrer très strictement les exportations d'armes et a demandé au secteur de se repositionner sur la zone européenne. Tout en précisant lors d’une conférence de presse que « les considérations sur l'emploi ne doivent pas jouer un rôle déterminant » dans les décisions prises par le gouvernement. Le ministre s'est aussi engagé à être plus regardant sur les demandes d'autorisation, en faisant du cas par cas. En attendant, c’est bien lui qui a donné le feu vert à la future usine de chars en Algérie.