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L'analyse de John Peet de The Economist

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John Peet : “Si aucun parti ne dispose d’une franche majorité, alors j’imagine voir de nouvelles élections l’année prochaine.“

John Peet est le correspondant européen de The Economist

Quels sont selon vous les principaux atouts et faiblesses de chacun des trois candidats ?

Brown a l’expérience, mais aussi il a entrainé l’économie vers la récession. Cameron est nouveau et parle bien mais il est considéré comme un candidat qui favorise les riches et les aristos. Et Clegg est vu comme frais et inconnu, mais aussi un peu naïf et trop enclin à l’augmentation des impôts.

Comment définiriez-vous le parti de Nick Clegg, les Libs-dems : centre-droite ou centre-gauche ?

Au centre gauche. Nos libéraux-démocrates ne sont pas comme les libéraux allemands du « Freie Demokratische Partei » (aujourd’hui dans la coalition au pouvoir avec Angela Merkel) : ils favorisent l’État et les impôts.

Sur le délicat sujet de la dette publique, quel candidat avance les meilleures réponses ?

S’il s’agit surtout de réduire les dépenses publiques, ça doit être Cameron.


Comment la crise économique a-t-elle affecté la campagne électorale ?

C’est un désavantage pour Brown. Pour les autres, ça ne favorise ni l’un ni l’autre

Quel est le pire des candidats pour l’Europe ?

Cameron a un problème assez sévère avec l’Europe. Il veut rapatrier des pouvoirs sociaux, par exemple. Et son parti propose des candidats plus eurosceptiques que jamais. S’il devient Premier ministre, je n’exclus pas de
grandes querelles avec l’Union européenne.

Est-ce que les guerres en Irak et en Afghanistan vont peser dans les urnes ?

Non, je ne le crois pas. Clegg est opposé à la guerre en Irak, mais ce n’est pas suffisant pour expliquer sa popularité actuelle. Le parti travailliste a peut-être perdu des adhérents pendant les deux guerres, mais pas récemment…

Est-ce que les politiques se préoccupent des droits individuels, comme le port du voile intégral ?

Les libéraux sont les plus libéraux, là pas de surprise. Mais tous les partis sauf peut-être le British national party acceptent le droit de porter la burqa

Quelle place occupent les bloggeurs et les réseaux sociaux dans la campagne électorale ?

Selon moi, pas une grande place. Cette fois, c’était la télévision et surtout les débats entre les leaders qui ont infléchi plutôt la campagne.

Les Britanniques sont-ils intéressés par ces élections ?

Oui, le peuple est beaucoup plus engagé que par le passé. Mais on n’a pas vécu un "momentum" ou engouement envers un candidat comme ce fut le cas avec Tony Blair en 1997. Tout de même, le taux de participation devrait être plus élevé, je crois.

Le Royaume-Uni pourra-t-il être dirigé par une coalition gouvernementale, minoritaire au Parlement ?

Oui, mais seulement pour une courte période, un an ou un an et demi. Si aucun parti ne dispose d’une franche majorité, alors j’imagine voir encore de nouvelles élections l’année prochaine.

Propos recueillis par Sylvie Braibant, 4 mai 2010