L'Ecotron, laboratoire du climat

Reportage Ecotron CNRS
Reportage d'A. Delpierre et M. Van den Bosche ; Montage : L. Perron et O. Marchi

L'Ecotron est un dispositif expérimental qui recréé des écosystèmes sur lesquels les scientifiques ont toute latitude. Par exemple pour les soumettre à des températures extrêmes et en mesurer les conséquences. Cela se fait en banlieue parisienne, dans un centre unique au monde.

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Caché en lisière de forêt à 80 kilomètres au sud de Paris, à Saint-Pierre-lès-Nemours, c'est un endroit où la pêche n'est permise qu'à quelques privilégiés comme Florian Vincent, chercheur-doctorant en écologie. Il est particulièrement intéressé en ce moment par l'impact d'une surproduction de phosphore sur les écosystèmes aquatiques : « Je prélève un échantillon de plancton avec un tube pour essayer de caractériser la quantité de plancton présente dans nos modèles d'écosystèmes aquatiques. Nous étudions l'effet de l'enrichissement en phosphore à travers une plate-forme. Le phosphore peut être issu de l'agriculture ou de rejets urbains, et donc nous nous étudions l'effet de sa présence - ou pas. »

Cette expérience à ciel ouvert, Florian Vincent n'aurait pu la mener ailleurs. Car cette plate-forme internationale d'écologie expérimentale offre quelque chose d'unique au monde : seize lacs artificiels où les chercheurs recréent les conditions naturelles d'une zone littorale, ou encore d'un habitat spécifique de certains poissons.

« L'intérêt de cette plate-forme, c'est de pouvoir étudier l'impact humain à toutes les échelles et donc de pouvoir être très proche de la réalité, commente Gérard Lacroix, le directeur adjoint du Centre de recherche en écologie expérimentale et prédictive d'Île-de-France (Cereep). Nous avons une série d'équipements qui nous permettent de travailler, allant du bocal en laboratoire jusqu'à un lac qui ressemble à un lac naturel. »

Une fois prélevés, les échantillons de Florian Vincent vont être filtrés, analysés et comparés aux résultats déjà obtenus en laboratoire.

« Par exemple si nous nous intéressons à l'impact des ressources, du phosphore dans l'eau, si cela est étudié de façon très contrainte, nous n'allons avoir qu'une partie de la réponse, détaille Gérard Lacroix. Il s'agira par exemple d'une augmentation des algues, si plus de phosphore est amené. Mais quand nous le faisons ici, dans ces milieux très complexes, nous nous sommes rendus compte, par exemple, qu'il n'y avait pas d'augmentation des algues avec les apports en phosphore. Tout ce phosphore est capté par la végétation, et il n'est revenu dans le système que plusieurs mois après, au moment de la décomposition automnale de ces plantes. »

Ouvert en 2008 par le CNRS et l'École normale supérieure, le Cereep n'a depuis cessé de se développer. Dans ses bâtiments en bois de Haute qualité environnementale, se trouvent 1000 m² de laboratoires et d'ateliers où sont étudiés, par exemple, l'évolution des micro-algues ou du plancton.

Mais c'est entre les vieilles pierres que se cache le fleuron du centre : l'écotron. Il a été inauguré ici à l'automne 2016. Il n'en existe que trois exemplaires au monde. Il fait la fierté de Simon Chollet, son directeur technique. Dans des boîtes de quelques mètres cubes, tous les paramètres sont modifiables à souhait. Température, humidité, pollution : les plantes sont soumises à des variations extrêmes. « Nous sommes dans une cellule climatique où nous allons reproduire certaines pollutions à l'ozone, pour pouvoir comprendre l'impact que cela sur un écosystème, et notamment sur différents type de plantes. Nous avons du tabac, du colza et de l'orge », montre Simon Chollet.

Ozone, CO2, réchauffement brutal... Ces écolabs ultra-modernes permettent de créer l'atmosphère que les climatologues envisagent pour le futur. « Le mois dernier, nous avons fait une expérience avec l'université d'Arizona, poursuit Simon Chollet. Elle cherchait à comprendre le stress hydrique, donc le manque d'eau, sur certaines plantes, et aussi l'augmentation de CO2 sur ces plantes-là. »

Des expériences uniques qui simulent les changements que l'homme impose à l'environnement, pour mieux prévoir l'avenir. Voilà de quoi attirer le monde de la recherche en écologie, comme l'explique Jean-François Le Galliard, le directeur du Cereep : « Les chercheurs viennent de la France entière, mais aussi de l'étranger. Des pays comme le Canada, la Belgique, l'Allemagne, la Norvège et les Etats-Unis. Ils viennent chercher des outils qui n'existent nulle part ailleurs, pour faire des expériences qu'ils sont incapables de faire dans leurs laboratoires d'origine. Parfois aussi ils viennent chercher de nouvelles collaborations, parce que le centre de recherches, par ses outils, attire des équipes qui n'ont pas l'habitude de collaborer, parce qu'elles ne sont pas situées au même endroit, en France ou à l'étranger. Elles se retrouvent sur site et elles montent des projets ensemble qui sont originaux et qui n'auraient pas pu exister sans notre centre de recherches. »

Un centre au cadre naturel idyllique où il n'est pas nécessaire d'être grand scientifique pour s'apercevoir que la nature finit toujours par reprendre ses droits.