L’Eglise de la scientologie face à la justice belge

Un procès historique et inédit a débuté cette semaine en Belgique. Sur le banc des accusés : l’Eglise de scientologie belge. Treize personnes physiques et morales sont accusées d'organisation criminelle et d'escroquerie.

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Le premier procès en Belgique contre l’Eglise de scientologie s’est ouvert lundi 26 octobre 2015 devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.  Les premières plaintes ont été déposées, il y a … 18 ans. Cette Eglise officiellement répertoriée comme une secte dans certains pays,  est accusée d’être une organisation criminelle pratiquant l’escroquerie, l’extorsion de fonds, l’exercice illégal de la médecine. L'Eglise de scientologie belge, dénonce, elle,  une atteinte aux droits de l’homme et à la liberté religieuse.

Principal enjeu : le démantèlement de la branche belge

Le procès concerne deux personnes morales, la branche belge de l’Eglise de scientologie et le Bureau européen pour les affaires publiques et les droits de l’homme, une émanation à Bruxelles du siège américain de l’Eglise de scientologie, et onze de leurs dirigeants. Le parquet qui les considère comme des organisations criminelles souhaiterait que ce procès aboutisse tout simplement au démantèlement de ces bureaux.
 

La scientologie ne part pas en victime consentante. A quelques jours du procès, elle affirmait : "Non seulement l’Eglise conteste les charges qui lui sont reprochées et qui touchent tous les scientologues dans leurs droits les plus fondamentaux, mais elle entend dénoncer les graves abus qui ont émaillé ces 18 années d’acharnement judiciaire."

18 ans d’enquête

Il faut remonter à 1997, date de l’ouverture de la première enquête. Des anciens adeptes avaient dénoncé les pratiques sectaires de l’Eglise. La première plaignante s'était tournée vers la justice après avoir cherché en vain à récupérer une partie de l'argent qu'elle avait versé aux scientologues.

Deux ans plus tard, les enquêteurs peuvent enfin mener des perquisitions, assez fructueuses, dans les bureaux de la branche belge de scientologie. La police avait alors saisi des dossiers reprenant des données personnelles des membres, dont des descriptions psychologiques et des informations relatives à l'état de santé des adeptes.

Une seconde enquête avait été ouverte,  à la suite d'une plainte en 2008 de l'Office bruxellois pour l'Emploi, qui accusait les scientologues d'avoir publié de fausses offres d'emploi dans le but de recruter de nouveaux adeptes. Les deux enquêtes avaient finalement été fusionnées, aboutissant ainsi à un procès.

En Belgique depuis 41 ans

Implantée en Belgique depuis 1974, l’Eglise de scientologie est officiellement classée comme une secte en 1997 par le parlement belge, qui l’avait qualifiée de « nuisible » et « dangereuse. A l’époque, on recensait environ 5 000 adeptes en Belgique. En France, plusieurs rapports parlementaires l’ont également rangé dans la case secte. Aux Etats-Unis, et dans quelques pays européens, comme l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas ou la Suède, elle est considérée comme une religion. Fondée par l'écrivain américain de science-fiction Ron Hubbard, elle revendique 12 millions d'adeptes dans le monde.
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L’Eglise scientologue déjà condamnée en France

La cour d'appel de Paris avait confirmé le 2 février 2013 la condamnation des deux structures parisiennes de la scientologie, le Celebrity Centre et sa librairie SEL, à des amendes de respectivement 200.000 et 400.000 euros.  Reprochant aux prévenus d'avoir profité de la vulnérabilité d'anciens adeptes pour leur soutirer de fortes sommes d'argent, la justice avait condamné cinq scientologues.

Une autre affaire en revanche risque d’être classée sans suite par la justice française. Il s’agit du cas « Gloria Lopez ». Cette ancienne adepte s’est suicidée, en 2006, en se laissant percuter par un train en gare de Colombe près de Paris. Dans sa poche, les enquêteurs avaient retrouvé la profession de foi de Ron Hubbard, le fondateur de l’Eglise, et  ensuite chez elle, des documents où elle expliquait comment la scientologie avait détruit sa vie.


 
Au cœur du problème : les sommes faramineuses payées à l’organisation, pour qui elle a quitté amis, maison et travail en Normandie pour Paris. Quelque 260.000 euros de cours et livres pour progresser dans les « Operating Thetan », les niveaux de connaissance scientologues.

Selon une dépêche de l’AFP publiée fin août, la justice française s’apprêterait à classer l’affaire sans suite, faute d’avoir pu établir les responsabilités de l’Eglise scientologue dans ce suicide.  Les enquêteurs n’ont notamment pas pu retrouver trois scientologues. Très proches de Gloria Lopez, ces derniers auraient été « exfiltrés » hors de France très discrètement pour éviter d’avoir à répondre aux questions de la justice, selon une source judiciaire.

Les Anonymous en ordre de bataille

Le 23 août 2015, les Anonymous ont piraté plusieurs sites Internet français  liés à la scientologie pour alerter l’opinion sur cette affaire, avec ce slogan « Il est temps de payer ! ». Si selon certains experts, la Scientologie française serait totalement aux abois depuis sa condamnation pour escroquerie, Eric Roux, son porte-parole affiche au contraire un optimisme sans faille, en avancant les chiffres de 40 à 50 000 adeptes français. Autant de raisons de continuer le combat pour les hacktivistes d’Anonymous. « Selon un sondage, 25 % des Français ont déjà été approchés par une secte, justifie l’un d’entre eux. L’Etat n’a pas les moyens de s’engager dans la lutte alors on s’en occupe… »

Les méthodes « scientologues »

La scientologie est réputée pour faire pression sur ceux qui la mettent en cause. Selon certaines victimes, elle va jusqu’à acheter leur silence. Le récit est presque toujours le même : le candidat scientologue se voit proposer des cours pour être plus compétent dans le domaine de son choix, des cours assez bon marché au début.  Anonymement, un homme qui se dit victime de la scientologie raconte : "Au début, on ne parle pas des cours qui valent 2000, 3000, 5000 euros et ce sont des prix hyper précis, au centime près. C’est du gros business. Et comme vous avez déjà investi beaucoup d’argent, après on se dit 'Je ne vais pas lâcher maintenant. Si je rame, c’est qu’il y a quelque chose chez moi qui doit se résoudre". C’est le piège dans lequel je suis tombé".

L’homme a mis plus de trois ans à quitter "l’Eglise" : "Je me suis rendu compte que j’étais endetté. J’ai laissé 100 000 euros en 20 ans". L’homme a beaucoup perdu : 100 000 euros, mais aussi une famille qui refuse de lui parler...

Secte ou église ?

Eglise ou pas église : le débat ne se situera pas là. Le parquet fédéral considère qu’il s’agit que d’une organisation dont l’objectif était de s’enrichir en pressant des adeptes.  C’est aussi ce que dit le spécialiste Gérard Rogge, dans un entretien dans l’émission « Devoir d’enquête » diffusée sur la RTBF le 21 octobre dernier.  Il s’agit selon lui d’un grand procès « non pas contre une religion mais contre une organisation commerciale ».

La branche belge de l'Eglise de scientologie se dit, elle, persuadée qu'elle sortira blanchie à l'issue de ce procès.

Sites d'information sur les sectes:

http://www.ciaosn.be/
http://www.derives-sectes.gouv.fr/