L'EIIL, l’Etat islamique en Irak et au Levant

Combattants de l'EIIL dans une vidéo communiquée le 4 janvier / AFP
Combattants de l'EIIL dans une vidéo communiquée le 4 janvier / AFP

Les combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) – groupe sunnite intégriste lié à Al-Qaida – viennent de prendre Mossoul, la deuxième ville irakienne et six secteurs de la province pétrolière de Kirkouk. Selon l'agence internationale des migrations, plus de 500 000 civils fuient aujourd'hui les combats. Face à cette avancée des rebelles sunnites, le gouvernement du chiite Nouri al-Maliki a décidé d'armer les citoyens prêts à combattre les insurgés. Pourquoi ce groupe prend-il ainsi de l’importance ? Où agissent ses combattants ? Comment sont-ils financés ? Réponses.

dans
Le 8 juillet 2012 , dans une vidéo : le porte-parole de l’EIIL, Abou Mohammad al-Adnani al-Shami /AFP
Le 8 juillet 2012 , dans une vidéo : le porte-parole de l’EIIL, Abou Mohammad al-Adnani al-Shami /AFP
Origine de l’EIIL

« L’Etat islamique d’Irak (EII) a été formé en octobre 2006, selon Romain Caillet, chercheur à l’Institut Français du Proche-Orient (IFPO) et consultant sur les questions islamistes.  La principale composante était la branche irakienne d’Al-Qaida mais aussi des tribus irakiennes et d’autres groupes djihadistes. Au moment où les conflits en Syrie ont évolué (2011, ndlr), le chef de l’Etat islamique d’Irak a envoyé un de ses lieutenants en Syrie. Ils ont pris le nom de Jabhat an-Nusra (le Front Al-Nosra, ndlr), comme couverture médiatique et sécuritaire des activités de l’EII en Syrie. Mais la direction de Jabhat an-Nusra a voulu prendre son indépendance. Pour stopper cela, l’EII a révélé au monde en avril 2013 que le Jabhat an-Nusra était en fait le bébé de l’EII, et que maintenant , les deux noms  « Jabhat an-Nusra » et « EII » ne feraient plus qu’un : l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Mais le chef de Jabhat an-Nusra, Abû Muhamad al-Jûlânî , a refusé afin de garder Jabhat an-Nusra (le Front Al-Nosra qui combat aujourd’hui en Syrie contre l’EIIL, ndlr). La scission s’est en réalité faite entre ceux qui voulaient rester sous le commandement de l’EII et l’intégrer,  et ceux, qui restaient en Syrie avec le Front Al-Nosra. »

Les combattants

Pour le chercheur Romain Caillet, « Il y a une majorité d’étrangers que l’on peut décomposer en trois groupes : des combattants arabes (Libyens, Saoudiens, Tunisiens, ...), des combattants du Caucase plutôt issus de la diaspora tchétchène que des djihads en Tchétchénie, et des combattants occidentaux. Il y a aussi des Syriens. L’EIIL s’appuit sur les tribus syriennes. »

Leurs buts

« L'EIIL a réussi à tirer profit de ses réseaux et de ses capacités en Irak pour avoir une présence forte en Syrie, et il a utilisé sa présence en Syrie pour renforcer ses positions en Irak », explique à l’AFP Daniel Byman, un expert au Brookings Institution's Saban Center for Middle East Policy. L’EIIL  tend réellement à imposer un Etat, son Etat, sa loi (islamique) en Irak ou en Syrie.
« Cela fait quelque temps que (l'EIIL) gagne en puissance, en contrôle du territoire et en influence à Anbar (en Irak, ndlr)» , rappelle à l’AFP Charles Lister, un expert au Brookings Doha Center. « Ses objectifs dépassent largement l'Irak, mais son projet transnational d'établir un Etat islamique dans tout le Levant ne peut se faire qu'en assurant d'abord son contrôle sur une série de mini-Etats, ajoute-t-il. Dans le contexte irakien, les provinces d'Anbar et aussi de Ninive sont d'une importance cruciale en raison de leurs liens directs avec l'est de la Syrie.»

Financements

L’EIIL prélèverait des taxes sur les sunnites d’Irak, selon le chercheur Romain Caillet qui souligne que « Le Washington Post (mais aussi le Council on foreign relations américain ) avait estimé que rien qu’à Mossoul. L’EIIL récoltait en un mois 8 millions de dollars soit près de 100 millions de dollars par an. » Leurs financements proviendraient aussi de vols, kidnappings, extorsions de fonds. Pas de parrainage d’autres pays alors ? « Ils ne sont pas financés par des pays du Golfe. Les djihadistes sont considérés comme des ennemis par les régimes du Golfe, explique Romain Caillet. Les brigades de l’Armée Syrienne Libre qui combattent aujourd’hui l’EIIL sont financées et soutenues par l’Arabie Saoudite. Les Saoudiens qui vont combattre et rejoindre les rangs de l’EIIL sont sanctionnés quand les services saoudiens parviennent à les empêcher de partir. »

Des combattants rebelles vont faire irruption au siège de l’EIIL à Alep  (Syrie) le 7 janvier 2014 /Photo AFP
Des combattants rebelles vont faire irruption au siège de l’EIIL à Alep (Syrie) le 7 janvier 2014 /Photo AFP
Les causes de la scission dans l’opposition en Syrie
 
L’EIIL entretient une vraie méfiance à l’égard des brigades de l’Armée syrienne libre qu’il accuse d’entretenir des liens avec les services secrets occidentaux, selon le chercheur Romain Caillet. L’EIIL craint de voir son autorité remise en cause et veut asseoir sa domination. En représailles d’attaques subies dans ses rangs, l’EIIL « a tué des salafistes d’Ahrar al-Sham (groupe d’opposition syrienne, ndlr) et le corps du pédiatre Hassan Sulayman, également un commandant de Ahrar al-Sham a été retrouvé. Il est apparemment mort sous la torture et a été mutilé. Cela a provoqué un choc dans les régions autour d’Alep. Il y a eu des manifestations contre l’EIIL dans toutes les villes qui n’étaient pas tenues par l’EIIl. A partir de là, l’ASL et les brigades islamiques modérées se sont basées sur une légitimité populaire pour attaquer l’EIIL. »
Les alliés d’hier sont devenus des ennemis. Le Front islamique, l’armée des Moujahidines (islamiste) et le Front des révolutionnaires de Syrie auxquels s’est joint le Front Al-Nosra, émanation d’Al-Qaida en Syrie, et anciennement lié à l’EII, s’attaquent à l’Etat islamique en Irak et au Levant.


L'EIIL

(AFP)
EFFECTIFS
                  
- Charles Lister, chercheur au Brookings Doha Centre, estime que l'EIIL compte de 5.000 à 6.000 combattants en Irak et de 6.000 à 7.000 combattants en Syrie.
                 
Ces chiffres n'ont pu être corroborés par d'autres sources.
                                  
NATIONALITÉS
                 
- En Syrie, la plupart des combattants sur le terrain sont des Syriens, mais ses commandants viennent souvent de l'étranger, et ont fait leurs armes en Irak, Tchétchénie, Afghanistan et sur d'autres fronts. En Irak, la plupart de ses combattants sont irakiens.
                 
Selon l'islamologue Romain Caillet, de l'Institut français du Proche-Orient, nombre de ses chefs militaires sont des Irakiens ou des Libyens, tandis que ses meneurs religieux sont plutôt des Saoudiens ou Tunisiens.
                 
L'EIIL compte aussi des centaines de combattants francophones, dont des Français, des Belges et des Maghrébins.
                                 
IDÉOLOGIE
                 
- L'EIIL n'a jamais fait allégeance au chef d'Al-Qaïda. Mais le groupe revendique la même idéologie jihadiste, et veut installer un Etat islamique dans une région située entre la Syrie et l'Irak.
                                                   
PARRAINS
                 
- L'EIIL ne semble pas bénéficier du soutien ouvert d'un État, et selon des analystes, le groupe reçoit la majorité de son soutien de la part de donateurs individuels, la plupart dans le Golfe. En Irak, le groupe dépend en outre de personnalités tribales locales.