L'ethnomédecine : une alternative aux médicaments génériques ?

Depuis leur introduction sur le marché, voici de cela une dizaine d’années, les médicaments génériques se sont imposés. Aujourd’hui, ils suscitent la controverse, ou plutôt plusieurs controverses. Leur efficacité est mise en question, leur dangerosité évoquée et, s’ils mettent des traitements onéreux à la portée des plus démunis, ils sont aussi un moyen, pour les grands laboratoires, de relancer les ventes sans faire avancer la recherche. Pour Catherine Hanras, docteur en sciences biologiques et médicales, réintégrer les médecines traditionnelles dans notre système de santé est une stratégie pérenne contre ces dérives économiques, morales et scientifiques.

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Dans son livre Médicaments génériques, la grande arnaque, le docteur Sauveur Boukris conclut que les médicaments génériques sont une "duperie économique, scientifique et morale". Catherine Hanras abonde en ce sens : "On ne peut pas vouloir à la fois faire du beurre avec de l’eau et empocher l’argent du beurre !"

Copies non conformes


Présenté par les pouvoirs publics comme la copie conforme de la molécule originale (le princeps), le médicament générique ne l’est, en réalité, pas tout à fait. Il est le plus souvent fabriqué dans un pays où la production à faible coût reste opaque, comme la Chine, et diffère suffisamment du princeps pour compromettre son assimilation par l’organisme, donc son efficacité. Certains pourraient même se révéler dangereux, notamment dans le traitement de l’épilepsie. Lorsque l’on songe aux cas de narcolepsie dus au vaccin contre la grippe H1N1 administré en France en 2009 lors de la campagne du ministère de la Santé, le risque est réel. Le Pandemrix n’est pas un générique, et pourtant : "Aucune étude clinique n’a été faite, s’indigne Catherine Hanras. Il faudrait quinze ans pour mener une telle étude !"

Toujours est-il que la production du princeps est, au moins, soumise à des règles strictes : Principes actifs, degré d’impuretés, produits de dégradation, excipients, stabilité… tout est précisé. "Des génériques, on ne connaît ni les modes de synthèse, ni le type de forme chimique (cristaux), alors qu’ils ont un rôle fonctionnel, explique Catherine Hanras. Le plus souvent, un principe actif de basse qualité est associé à des excipients, eux aussi de basse qualité, d’où une biodisponibilité et une efficacité amoindrie avec souvent plus d'effets secondaires."

L’impératif économique avant l’intérêt du malade


Pour Catherine Hanras, certains médicaments génériques sont des scandales : "Les laboratoires n’attendent que l’autorisation de mise sur le marché du générique pour gagner de l’argent avec les acquis d’un princeps qu’aucune recherche n’a fait évoluer depuis vingt ans !" En outre, les médicaments actuels traitent, davantage qu'ils ne guérissent, les maladies chroniques comme le cholestérol, le sida... - un patient non guéri reste un consommateur de médicament. Ainsi, en ce début de xxie siècle, les médicaments n’ont pas évolué ; seules les technologies d'investigation, de diagnostic, de chirurgie ont avancé. Au contraire, ils semblent devenus plus toxiques, comme le suggère Philippe Even et Bernard Debré dans leur Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux : 5 % des médicaments commercialisés en France seraient très dangereux).

Pour remédier à ces dérives, un projet de traité international vise aujourd’hui à désolidariser le financement de la recherche et le prix des médicaments. Une autre stratégie, issue d’une vision globale de la médecine, consiste à réintégrer des médecines naturelles dans le système de santé par l’utilisation de moyens modernes d’investigation et de protocoles adaptés à leur problématique. Des substances moins chères que les génériques ; des savoirs issus des traditions ancestrales des pays ‘pauvres’, donc mieux acceptés par leurs populations, grandes consommatrices de génériques ; enfin des produits qui, fabriqués sur place, profiteraient à leur économie.

Réhabilitation des médecines traditionnelles

L'Aloe du Cap, principe actif du contre-coup de l'abbé Perdrigeon, est un antiseptique et antalgique local utilisé depuis 150 ans. En utilisant des moyens modernes d’analyses et d’investigations mise en place par Catherine Hanras, il a obtenu son autorisation de mise sur le marché en 2002.
L'Aloe du Cap, principe actif du contre-coup de l'abbé Perdrigeon, est un antiseptique et antalgique local utilisé depuis 150 ans. En utilisant des moyens modernes d’analyses et d’investigations mise en place par Catherine Hanras, il a obtenu son autorisation de mise sur le marché en 2002.

"Si nous sommes soignés par des molécules chimiques, affirme Catherine Handras, c’est que nous n'avons pas su, par le passé, gérer les plantes et leurs molécules à l’état naturel." Mais cette "chimiothérapie" pratiquée par l’Occident n’est autre qu’une branche de la médecine traditionnelle. Car au départ, il y a toujours une substance naturelle, soustraite au prix d’un biopiratage qui asphyxie les pays en développement. Et la scientifique de citer Aaltje Verhille, une amie écrivaine installée au Paraguay : "Le tiers monde est dépouillé par le premier monde, pour qu´il puisse le développer après."

Inverser la vapeur, réhabiliter les médecines traditionnelles, les valoriser aux yeux de la médecine occidentale et restituer aux populations autochtones les bénéfices de leurs savoirs au lieu de leur imposer des médicaments génériques délétères, c’est ce que veut faire Catherine Handras : "Je suis allée au Paraguay, mais j’irai aussi au Pérou et ailleurs pour mener des études de terrain avec les populations indigènes et les institutions, puis réaliser des transcriptions scientifiques et techniques rigoureuses des pratiques et des procédés traditionnels originaux. Objectif : développer leur potentiel d’exploitation par des recherches scientifiques et démontrer la modernité des médecines de la biodiversité." Ainsi la scientifique veut-elle développer desmédicaments commercialisables dans tous les pays du monde, puisque assortis des autorisations nécessaires. L’OSCanthe® sera le premier fruit de ce qu'elle appelle la "prospection ethnobotanique".

OSCanthe® : l'exemple d'un complément alimentaire

OSCanthe® : maquette de l’étiquette déposée à la DGCCRF
OSCanthe® : maquette de l’étiquette déposée à la DGCCRF

Dans les zones subtropicales du Chaco paraguayen vivait un Français âgé, qui avait appris de la tradition ancestrale des indiens Guaranis les incroyables propriétés des plantes. Il développait des mélanges équilibrés et synergiques destinés aux plus démunis, qui ne pouvaient assumer le coût des médicaments modernes.

Dès qu'elle en entend parler, Catherine Hanras veut en savoir plus. Elle interviewe le vieil homme, ainsi que les planteurs qui détiennent les remèdes depuis des générations, compile la bibliographie de trente ans d’utilisation de ses formules. Elle en conclut, entre autres, que certains mélanges répondent au déséquilibre alimentaire en Occident. Elle en analyse les composants selon les méthodes modernes et apporte l’éclairage des études physiologiques les plus récentes. Puis elle dépose un brevet pour protéger monsieur Taranto et les Guaranis, avant de mettre en place un réseau de collecte de plantes et de fabrication de la poudre au Paraguay, dans le respect de la culture et des populations locales - "les mieux payés de la chaîne de fabrication de l'OSCanthe sont les cueilleurs," explique-t-elle. Aujourd'hui, Catherine Hanras s’apprête à commercialiser ce complément alimentaire venu du fin fonds des forêts subtropicales, qui a reçu son autorisation de mise sur le marché et trouvé sa place dans les "cases" de l’administration européenne.

Une alternative aux dysfonctionnements de notre médecine


Moins chers que les génériques, des produits permettraient aux populations des pays du Sud de revenir à leur propre médecine et d’en profiter économiquement. "Aujourd’hui, alors que la controverse sur les génériques met en évidence les dysfonctionnements de notre médecine, c’est le moment d’agir, estime Catherine Hanras. L'heure est venue de mettre en place une économie moderne transversale dans le respect de la Convention de Rio, en levant les obstacles juridiques et réglementaires qui défavorisent les pays du Sud. Ils ont déjà des protocoles d’études adaptés à l’étude des plantes et extraits divers… mais ils sont encore persuadés que notre système est le seul qui soit efficace. Il incombe aux scientifiques, en revenant aux origines de notre médecine, de démontrer l’efficacité de l'ethnomédecine."

Catherine Hanras, chercheuse au service des médecines traditionnelles

Des études au MIT, puis une thèse à Bordeaux sur la composition de l'Aloe, Catherine Hanras est docteur en sciences biologiques et médicales. Elle a travaillé vingt ans dans l’industrie pharmaceutique et agroalimentaire, notamment dans les médicaments à base de plantes puis dans l’innovation thérapeutique.

En 2002, elle décide de mettre les technologies modernes au service des médecines traditionnelles. Elle crée sa propre société, e.Ethn0’Prospections, et parcourt le monde à la recherche de remèdes ancestraux et de savoirs traditionnels. Elle réalise les transcriptions scientifiques et techniques des pratiques et des procédés originaux. Puis elle développe leur potentiel d’exploitation au moyen de recherches scientifiques en déduction combinée et de technologies d’investigation modernes. Enfin, elle établit des dossiers réglementaires permettant de commercialiser les produits traditionnels sous toutes les formes possibles.