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L'Europe ne s'intéresserait-elle qu'à l'argent ?

Le 7 et 8 février 2013, le Conseil européen vote le budget 2014-2020 de l'Union européenne qui devrait revoir à la baisse ses finances dans un contexte d'austérité au sein de l'union. Les grandes instances de l'Europe restent très préoccupées par les questions monétaires et économiques mais peu par celles diplomatiques ou de défense. L'Union européenne serait-elle en panne en terme de politique étrangère ? Les parlementaires Thijs Berman, un pro-européen hollandais, et Charles Tannock, un eurosceptique britannique, nous livrent leur analyse. 

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Les faits : le vote du budget par le Conseil européen

En direct de Bruxelles avec notre correspondant François Beaudonnet

Les faits : le vote du budget par le Conseil européen

Entretiens : la politique étrangère de l'UE est-elle en panne ?

07.02.2013

Thijs Berman

Député du groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen

Est-ce qu’aujourd’hui l’UE n’est pas davantage considérée comme une banque qu’une union de pays ayant une influence diplomatique ?


L’UE a son commerce international qui pèse très très lourd. C’est encore la plus grande économie du monde même si nous sommes de moins en moins un facteur déterminant avec la croissance et l’importance de la Chine, de l’Inde, de la Russie et du Brésil.
Avec cette influence économique, on peut peser très lourdement mais on ne le fait pas suffisamment.

Est-ce qu’on peut abolir le travail des enfants, est-ce qu’on peut exiger des conditions de travail pour tous, est-ce qu’on peut appuyer les droits universels de chaque être humains par notre action commerciale et politique ?
C’est cela le rôle de l’UE, sur le plan des droits universels, là où les autres acteurs qui sont de plus en plus importants ne sont guère audibles.


Pourquoi l'Europe intervient-elle peu en matière de politique étrangère ?


L’UE est un géant économiquement mais un nain quand il s’agit de politique étrangère. Ce n’est pas prêt de changer parce que nous avons sur plein de sujets des divergences de vue entre États membres.
Bien que l’on sache tous qu’il vaudrait mieux parler d’une voix, un pays comme la France considère que tout le monde devrait parler avec la voix de la France. Nous voyons encore tous notre voix comme la plus importante.

Vous avez à faire à des pays qui ne sont pas très grands, à l’échelle du monde, qui ne pèsent pas grand chose. La France peut peser auprès de l’Afrique francophone mais pas ailleurs.

Tous ces petits pays ensemble pourraient avoir une voix au chapitre à condition qu’ils parlent d’une seule voix. Ça se fait de plus en plus sur le terrain. On voit que les ambassadeurs de l’UE et des États membres travaillent très bien ensemble et dans une plus grande concertation. Mais là où il y a des questions stratégiques compliquées avec d'importants intérêts, les grands pays (France, Allemagne, Angleterre) ont souvent différents points de vue.


Catherine Ashton a été pourtant nommée pour s'occuper de la politique étrangère ?


Même si nous avons aujourd’hui la Haute représentante pour la politique extérieure, Catherine Ashton (voir notre encadré), on voit qu’elle se trouve limitée dans son action diplomatique par le mandat qu’elle a reçu du Conseil parce qu’elle doit naviguer avec des  feuilles de route établies par vingt-sept États membres. Ça devient rapidement une politique assez terne.

Il y a des exceptions concernant la transition après le Printemps arabe. Je pense que l’UE a joué un rôle très constructif dans beaucoup de pays notamment en Égypte en y consacrant plusieurs milliards d’euros, en étant très présente.


Comment l’UE peut-elle aujourd’hui peser de tout son poids sur la scène internationale ?

Il me semble que ça devrait être par la voix de la Haute représentante, c’est elle qui est  en charge de la politique extérieure et je trouve que les pays membres devraient se ranger derrière elle une fois qu'ils ont défini une politique commune. Et c’est dans leur intérêt.

Malheureusement, beaucoup de ministres ont leur orgueil à satisfaire ou des intérêts de leur pays respectifs à honorer à court terme parce qu’à long terme tous les États membres ont intérêt à travailler beaucoup plus ensemble et à se faire valoir en tant qu’Union européenne. On n’est pas audible en tant que pays seul.

La valeur ajoutée de l’UE sur le plan international par rapport a un État membre, c'est qu’elle regroupe vingt-sept pays et peut peser économiquement, diplomatiquement, beaucoup plus qu’un État membre. Elle devrait donc prendre l'avantage de ce poids politique potentiel. Elle le fait insuffisamment. On ne doit pas dire que c’est un échec. Il faut du temps et de la patience.

Ça doit venir petit à petit avec l’expérience, ce n’est pas quelque chose que l’on doit imposer. Il s’agit d’une union d’États souverains, indépendants. On ne peut pas leur imposer une  politique étrangère, commune, européenne. C’est un souhait, c’est une ambition mais on n’y est pas encore.

Charles Tannock

Député, membre du groupe des Conservateurs et Réformistes européens


Pourquoi l'Europe reste-t-elle si peu présente sur la scène politique internationale ?

Il n’y a pas de volonté politique de construire vraiment une force armée européenne. Chaque problème trouve une solution par l'OTAN ou l'UE, ou par une coalition de ces forces qui veulent participer.

C’est évident que quand Catherine Ashton (voir notre encadré) a été nommée comme Haute représentante, il n’y avait pas le désir de choisir une personne comme Tony Blair qui aurait eu une position très forte et qui est reconnu internationalement pour diriger les choses.

Le service extérieur européen (voir notre encadré) est un service en réaction et non en action. C’est un service qui tient le rôle de messager pour les vingt-sept membres qui doivent avoir une position commune pour définir leur politique.
C’est aussi très cher, ce service demande plus d’argent et c’est difficile dans ce climat d’austérité. Et il y a également un autre problème de duplication avec, à la fois, les missions européennes de délégations dans les pays et les ambassades nationales.

Il y a des aspects très positifs de la politique étrangère et de sécurité en commun mais en même temps il faut comprendre que quand il y a la nécessité d’une action rapide, seulement deux pays en Europe, le Royaume-Uni et la France, ont la puissance d’agir rapidement. 


Est-ce une faiblesse pour l'Europe de ne pas intervenir souvent sur le terrain ?

C’est évident que c’est une faiblesse car les Européens ne peuvent pas le faire mais il faut aussi comprendre qu’il n’y a pas un pays qui s’appelle Europe. Il est très difficile qu’un soldat français veuille mourir au nom de l’Europe. Peut-être qu’en France c’est possible mais en Angleterre j’en doute beaucoup !
Faire la guerre, c’est toujours une question nationale. Il y a le problème des langues, de la communication, de l’interopérabilité des moyens, des armes, etc.

C’est un peu un rêve l’idée que l’Europe puisse être comme les États-Unis. Mais on n’est pas un pays, on n’a pas une langue commune. Sur beaucoup d'aspects, il  y a toujours des intérêts nationaux d’investissements, etc. C’est plus difficile d’avoir une position commune.
On a réussi avec l’Iran. Même l’Italie qui importe tout son pétrole de l’Iran, s'est mis d’accord avec les autres pays pour mener des sanctions économiques très fortes.

On cherche toujours à adopter une position unifiée. C’est toujours mieux si vingt-sept pays, 500 millions de personnes, le bloc économique le plus puissant du monde a une seule voix. C’est toujours un grand avantage mais on ne peut pas le garantir car chaque pays a ses intérêts nationaux, ses relations bilatérales commerciales, des liens historiques.


Comment donner un poids international à l’UE ?

Catherine Ashton a beaucoup travaillé pour renforcer sa position à la tête mais elle a pris ce poste dans une période de crise économique. Elle n’a eu aucune formation sur la politique étrangère. Ça n’a pas été facile pour elle mais elle a vraiment appris son métier.

A mon avis elle est restée toujours dans une position réactive et non proactive. Elle sait très bien que pour avoir une position, il faut que tous les États et surtout les grands (France, Italie, Royaume-Uni, Allemagne, Pologne, Espagne) aient une position en commun.  Elle ne peut pas agir seule sans avoir l’appui des gouvernements nationaux et ce processus est long.

La politique commune fonctionne. Elle pourrait fonctionner mieux mais pour l’instant il n’y a pas le consensus, le désir politique des grands pays de renforcer cela. Les questions de politique étrangère et de défense sont toujours des questions de souveraineté nationale. On ne peut pas laisser cela à Bruxelles même si on peut trouver des positions communes.


Politique étrangère européenne

Qui est le Haut Représentant de l’Union aux Affaires étrangères et à la Politique de sécurité  ?

La britannique Catherine Ashton a été nommée à ce poste depuis décembre 2009 suite à la mise en place du Traité de Lisbonne (2007). Son rôle est de conduire la politique extérieure de l'Union. Elle reprend les fonctions du secrétaire général du Conseil et du haut représentant de la politique étrangère et la sécurité commune. Il contribue à l'élaboration de cette politique à travers les propositions du Conseil européen.

Le haut représentant de l’Union assure également la représentation extérieure de l'Europe. Un rôle qu'il partage avec le président du Conseil européen, actuellement Herman Von Rompuy.