L' expression "camps polonais" pourra valoir 5 ans de prison

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<span lang="fr"><span lang="fr">Plusieurs survivants de l'Holocauste près de la porte principale de l'ancien camp de la mort nazi d'Auschwitz à Oswiecim , Pologne, le  mercredi 27 janvier 2016 , à l'occasion du 71ème anniversaire de la libération du camp de la mort par l'Armée rouge soviétique en 1945. </span></span></pre>
Plusieurs survivants de l'Holocauste près de la porte principale de l'ancien camp de la mort nazi d'Auschwitz à Oswiecim , Pologne, le mercredi 27 janvier 2016 , à l'occasion du 71ème anniversaire de la libération du camp de la mort par l'Armée rouge soviétique en 1945.
( AP Photo / Czarek Sokolowski )

Les anciens camps de concentration dits "polonais" sont depuis longtemps l'objet de crispation des autorités polonaises. Le nouveau gouvernement a décidé de légiférer. Demain, il conviendra d' évoquer plutôt "les camps nazis installés en Pologne". Et gare aux contrevenants. Ils risquent 5 ans prison. Malaise majeur parmi les historiens.

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Varsovie envisage l'introduction d'une peine allant jusqu'à cinq ans de prison pour l'utilisation de l'expression "camps polonais" à propos de camps nazis en Pologne, a indiqué lundi un vice-ministre de la Justice, Patryk Jaki.
 

Patryk Jaki, vice-ministre de la Justice
Patryk Jaki, vice-ministre de la Justice
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"Stop à l'attribution à la Pologne du rôle de l'auteur de l'Holocauste", a martelé devant la presse Patryk Jaki, en précisant que son ministère voulait aussi faire inscrire dans la Constitution "la protection légale du bon renom de la République de Pologne et de la nation polonaise". Utilisée parfois par des médias et des hommes politiques étrangers à propos des camps de concentration et de la mort installés par l'Allemagne nazie en Pologne occupée, l'expression "camps polonais" irrite fortement Varsovie, et ses autorités demandent systématiquement qu'elle soit rectifiée.

Le couac diplomatique de  Barak Obama

En mai 2012,  le président Barack Obama avait  évoqué les "camps polonais de la mort" au lieu d'un camp d'extermination nazi lors d'un hommage à Jan Karski, un ancien officier polonais ayant fourni les premiers témoignages sur la politique d'extermination des Juifs par les nazis. La confusion avait profondément choqué Varsovie. "Parler de 'camps polonais', c'est comme s'il n'y avait pas de nazis, pas de responsabilité allemande, comme s'il n'y avait pas de Hitler", avait martelé le Premier ministre polonais. Obama, dans son hommage avait dit : "Avant un voyage au travers des lignes ennemies, des résistants lui avaient raconté que les Juifs avaient été tués en masse, ils l'ont introduit en cachette dans le ghetto de Varsovie et dans un camp polonais de la mort pour qu'il voit lui-même ce qu'il en était"


5 ans de prison ferme et dommages et intérêts.


Selon le projet du ministère de la Justice, dirigé par Zbigniew Ziobro, un proche du chef du parti conservateur au pouvoir Droit et Justice (PiS) Jaroslaw Kaczynski, la peine de cinq de prison ferme serait encourue pour "une attribution publique, au mépris des faits, à la République de Pologne ou à la nation polonaise du fait d'avoir été coresponsable" des crimes du IIIe Reich, a précisé Patryk Jaki. La Pologne se propose aussi de pouvoir réclamer devant la justice, par des ONG interposées se constituant partie civile, "d'importantes sommes en dommages et intérêts".

En mars 2015, un tribunal de Varsovie avait prononcé un non-lieu dans un procès intenté par un Polonais au journal allemand Die Welt pour avoir écrit "camp de concentration polonais" à propos d'un camp nazi en Pologne.

 

Une photo prise juste après la libération par l'armée soviétique en Janvier 1945. Elle montre un groupe d'enfants portant des uniformes concentration camp derrière les barbelés dans le camp de concentration nazi d'Auschwitz .
Une photo prise juste après la libération par l'armée soviétique en Janvier 1945. Elle montre un groupe d'enfants portant des uniformes concentration camp derrière les barbelés dans le camp de concentration nazi d'Auschwitz .
(AP photo)

La complicité polonaise, tabou majeur

Mais cette affaire cache un autre malaise dans le pays, très profond et particulièrement tabou : celui de la responsabilité des Polonais dans des massacres antisémites  au cours de la seconde guerre mondiale. Une affaire épidermique. Le gouvernement polonais a ainsi décidé de retirer l'ordre du Mérite à un historien spécialiste de l'Holocauste, Jan Tomasz Gross, 69 ans. Dans son livre, Les Voisins, publié en 2001, l'historien relate l'implication des polonais dans le massacre  de plus de 1600 Juifs dans le village de Jedwabne. Une pétition en sa faveur signé par des historiens du monde entier  aurait croisé, selon une proche du président, plus de deux mille lettres envoyées au gouvernement pour  demander la disgrâce de l'historien.
Dans  un entretien en ligne accordé à l'Université de Haifa, Jan Tomasz Gross s'est défendu : "Cette confrontation avec des fantômes se fait en toute âme et conscience de la société polonaise. Les historiens relatent ce qui est arrivé. Et ils ne sont pas responsables des conséquences."