L'histoire du cafard

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TV5MONDE : Dans quel contexte votre carrière a-t-elle basculé ?

Mana Neyestani : En 2003, j’ai décidé de me concentrer davantage sur le secteur des enfants tout en continuant régulièrement de faire des dessins politiques dans les journaux réformistes qui résistaient. J’ai accepté de publier quatre pages pour les enfants dans la rubrique divertissement week-end d’un magazine hebdomadaire.
Il appartenait à une compagnie gouvernementale et nous étions sous l’ère Khatami, le président réformiste. Lors de l’élection présidentielle de 2004, Mahmoud Ahmadinejad est devenu président et tout a changé. Tout s’est empiré. Les équipes de magazines et de journaux iraniens ont changé. Ils ont licencié beaucoup de journalistes et de reporters réformistes des rubriques politiques dans les journaux où je travaillais. Ils se servaient de nos dessins comme prétexte pour fermer les rédactions. La censure s’est accrue.

C'est pendant cette période que vous dessinez le cafard...

Ce dessin était tellement ordinaire. Je devais en dessiner huit ou neuf pour illustrer le texte que j’avais écrit pour les enfants. C’était un parmi neuf. Pour moi c’était si simple. Il n’était pas censé devenir aussi connu. J’ai été choqué. A cette période, je n’avais aucune idée des problèmes ethniques que connaissait le pays. Et spécifiquement dans l’Azerbaïdjan iranien.