L'Irlande fait tanguer la zone Euro

Les gouvernements européens et le Fonds monétaire international se sont mis d'accord sur un plan de comblement de l’abyssal déficit irlandais, qui, après celui de la Grèce, menace la zone euro. L'aide, dont la mise en place reste à définir, pourrait atteindre 90 milliards d'euros.

L’Irlande est un symbole pour l’Union européenne. Ce pays très pauvre et principalement agraire jusqu'à la fin du siècle dernier vécut un décollage économique spectaculaire après son adhésion à l'Union européenne en 1973, et devint en deux décennies l’un des fers de lance du Vieux continent.

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Le « Tigre celtique » en difficulté

On parlait alors de « Tigre Celtique » ou de « miracle économique irlandais ». L'expression n'est déjà plus vérifiée depuis le début des années 2000. Mais elle montre l'ampleur de la débâcle qu'a traversée l'Irlande en quelques années.

A partir des années 90, l'économie irlandaise a connu une croissance forte et rapide : de l'ordre de 6,8% en moyenne, avec une pointe à 11,4% en 1997 [source : OCDE]. Cette croissance du PIB a offert aux ménages irlandais une hausse de leur revenus. Le taux de chômage est passé de 18% dans les années 80 au plein-emploi au milieu des années 2000 (4,2% en 2005).

Pour mesurer la performance économique, il faut se souvenir que l'Irlande a été longtemps l'un des pays les plus pauvres en Europe. Aux siècles derniers, des millions d’émigrants sont partis tenter leur chance aux États-Unis, fuyant des famines récurrentes.

Mais c'est aussi cette performance qui coûte cher à l'Irlande aujourd'hui. Au début des années 2000, face à la vivacité de l'économie, l'euphorie pousse les ménages et les entreprises à s'endetter sans compter. D'autant que, grâce à l'inflation - elle aussi puissante -, les taux d'intérêts réels se révèlent négatifs. Pendant cette période, la dette de l'Irlande et des Irlandais se résorbe d'elle-même.

UN PAYS SURENDETTÉ

Durant une décennie, le pays a consommé sans épargner. Il s'est surendetté. Et avec lui, les banques se sont développées au delà du raisonnable.

C'est la crise financière de 2008 qui sera le révélateur de cette situation. Le secteur de la construction et de l'immobilier souffre. Les ménages ne peuvent plus rembourser leurs crédits. Les banques s'asphyxient.

En septembre 2008, le gouvernement irlandais se voit obligé de voler au secours du système bancaire. Pour 50 milliards d'euros, il se porte garant des dépôts et d'une large partie des dettes des banques. Une aide qui explique que l'État se retrouve aujourd'hui avec un déficit public de 32% de son PIB, c'est-à-dire dix fois la limite imposée par Bruxelles.

Une aide qui, en outre, semble avoir été inefficace : l'inquiétude demeure pour les banques irlandaises. Les clients multiplient les retraits d'argents : 600 millions d'euros ont quitté les coffres de la Irish Life & Permanent depuis le mois d'août, soit 11% du total. D'autres établissements financiers confirment la même tendance.

Aujourd'hui, l'Union européenne pousse l'Irlande à accepter son aide financière. Les autorités irlandaises freinent des quatre fers car elles savent, qu'en échange, elles vont devoir imposer de nouvelles mesures d'austérité et renoncer à une partie de leur souveraineté. En accueillant, le jeudi 18 novembre 2010, une mission d'experts de l'UE et du FMI, l'Irlande cherche à contourner le mécanisme de sauvetage instauré en juin. Elle propose une aide directe à ses banques. Mais le système n'autorise pas de prêt direct à une banque privée ou même publique, seulement à un État.

Irlande : du plan de sauvetage à la crise politique


L'Irlande a accepté le 21 novembre 2010 l'appel à l'aide financière lancé par l'Union Européenne et le Fonds monétaire international. Le montant total du plan de sauvetage n'est pas officiellement annoncé, la somme serait cependant comprise entre 80 et 90 milliards d'euros (financés par l'UE et le FMI).

La Suède et la Grande Bretagne ont également envisagé des prêts bilatéraux, respectivement de 1 et 8 milliards d'euros. En attendant la publication par le gouvernement irlandais du plan de rigueur, condition préalable à l'octroi de cette aide extérieure, quelques mesures sont avancées :

- Ramener le déficit public à 3% du PIB contre 32% à l'heure actuelle
- Réduire les allocations chômage et familiales
- Supprimer plus de 100 000 emplois dans la fonction publique

Autant de mesures visant à économiser 15 milliards d'euros d'ici à 2014.

L'acceptation de l'aide internationale a provoqué le mécontentement de la population et l’implosion de la coalition au pouvoir (formée du Fianna Fail du Premier ministre Brian Cowen, des Verts et des indépendants). Le Premier ministre accepte de convoquer des élections législatives mais après l'adoption du budget 2011 prévue le 7 décembre 2010.