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L'Islande en quête de consensus

Deux ans après sa victoire historique, la coalition de gauche est en perte de vitesse. L'anti-parlementarisme n'a jamais été aussi fort en Islande. L'élite politique a perdu sa crédibilité.

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La Première ministre islandaise Jóhanna Sigurdardóttir/AFP
La Première ministre islandaise Jóhanna Sigurdardóttir/AFP
La crise financière a bouleversé la vie politique islandaise. Pour la première fois de son histoire, la gauche est au pouvoir. Lors des législatives d'avril 2009, socio-démocrates et écologistes ont remporté la majorité des sièges au parlement et ont hissé à la tête du gouvernement une femme homosexuelle, Jóhanna Sigurdardóttir. Sans surprise, les conservateurs du puissant parti de l'Indépendance ont été balayés.

Mais aujourd'hui, si se tenaient de nouvelles élections, la droite, selon les derniers sondages, serait de retour au pouvoir. L'opinion publique vacille et est même fébrile. L'élite dirigeante a perdu sa crédibilité. Un fort sentiment antiparlementaire se développe.

« Nos hommes politiques n'arrêtent pas de se chamailler et n'arrivent à rien », constate amer, Þórhildur Þorleifsdóttir, féministe et ancienne députée du parti des femmes. Même coup de gueule de la part du pasteur Örn Bárður Jónsson. « Les gens veulent trouver des coupables à la crise. Mais cela ne sert à rien. Il faut reconstruire l'Islande, faire naître de nouvelles idées. » A croire que les Islandais ne parviennent plus à trouver un consensus solide sur lequel bâtir de nouveaux projets. Ce qui faisait pourtant la force de cette société nordique.

La coalition de gauche se fissure. Elle n'arrive pas à s'entendre sur des questions majeures. Il y a quelques semaines, deux députés écologistes, qui avaient refusé de voter le budget, ont quitté leur groupe parlementaire. « En cause, résume Michel Sallé dans sa Chronique islandaise, la soumission, selon leurs mots, au FMI, la signature de l’accord Icesave, mais surtout les négociations en cours pour l’adhésion à l’Union européen. »

Pour redonner un nouveau souffle à la politique, le gouvernement de gauche avait misé, l'automne dernier, sur un projet politique inédit : former une assemblée du peuple chargée de réécrire la constitution. Mais cette belle ambition a capoté. Les élections qui avaient permis de désigner au suffrage universel direct 25 citoyens parmi plus de 520 candidats, ont été invalidées par la Cour suprême pour des raisons obscures de vices de forme alors qu'aucune fraude réelle n'avait été révélée.

Une solution de secours a été récemment trouvée par le parlement : au lieu de se réunir en assemblée constituante, les 25 élus formeront un comité consultatif chargé de faire des recommandations aux parlementaires. Leur pouvoir est donc devenu non-contraignant et le processus de démocratie directe a été stoppé.

Contrairement aux idées préconçues, « small n'est pas nécessairement beautiful », lance le journaliste franco-islandais Gérard Lemarquis, tout en cuisinant le poison du jour dans sa ravissante maison en bois du vieux Reykjavik. Ici tout est basé sur la confiance et l'interconnaissance et non pas sur la loi et le contrat. » Ce qui peut avoir des effets pervers et aboutir, comme le souligne Michel Sallé dans un article de La Documentation française, à un système « cadenassé », pas facile à réformer en profondeur.

Chiffres clés

Croissance du PIB : -3% en 2010 ; -6,8% 2009 ; +1% en 2008 ; +6% en 2007.

PIB par habitant : 29 005 euros en 2009, soit une baisse de 6,5% par rapport à 2008.

Chômage : 8,6 % en 2010 ; 8% en 2009 ; 1,6 en 2008 ; 1% en 2007.

Taux d'inflation : 5,9 % en 2010 ; 12% en 2009 ; 12,4% en 2008 ; 5% en 2007.