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L'Italie contre la Libye, tout contre...

Ancienne colonie italienne, la Libye a développé une relation privilégiée avec l’Italie, même si pression internationale oblige, Rome étudierait un gel des participations libyennes dans les entreprises italiennes. La péninsule est encore le premier partenaire commercial de Tripoli, gaz et pétrole en tête. Une relation pragmatique, faite de beaucoup de hauts et de quelques bas. C’est ainsi qu’Alberto Toscano, journaliste italien à l’AGA (Agenzia Giornali Associati), qualifie les rapports entre Tripoli et Rome. Explications.

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Un souk de Tripoli en 1935. A gauche de l'image, l'enseigne d'une boutique en italien : “Parfums orientaux“.
Un souk de Tripoli en 1935. A gauche de l'image, l'enseigne d'une boutique en italien : “Parfums orientaux“.
À quand remontent les relations entre la Libye et l’Italie ?
L’Italie occupe la Libye en 1911-1912, lors de la guerre italo-turque. Après la Seconde guerre mondiale, Rome, qui a perdu toutes ses colonies, signe un accord de coopération avec le nouvel État indépendant et monarchique que le colonel Kadhafi renverse en 1969. L’Italie est déjà le premier client libyen. Beaucoup d’Italiens sont restés après l’indépendance.

Quelles sont les relations entre la Libye et l’Italie ?
Dans les années 70, Kadhafi veut offrir un visage présentable à l’Occident et c’est pour cela qu’il entre dans le capital de FIAT, alors en pleine crise sociale. La firme a été relancée grâce à l’argent libyen. Au début des années 80, des incidents aériens au-dessus de la Méditerranée, le conflit au Tchad et les tensions entre Arabes et Américains troublent le climat. Mais dès 1986, la situation se normalise. La Libye reprend ses participations dans les petites et grandes entreprises italiennes : banques, (notamment UniCredit, le premier établissement de la péninsule), travaux publics et même foot (avec la Juventus de Turin). En 2008, l’Italie et la Libye signent un traité d’amitié qui prévoit des excuses italiennes pour la colonisation, une aide au développement avec des entreprises italiennes, un contrôle de l’immigration clandestine qui part des côtes libyennes.

Une raffinerie de pétrole en Libye. L'Italie importe 500 000 barils par jour, le tiers de sa consommation.
Une raffinerie de pétrole en Libye. L'Italie importe 500 000 barils par jour, le tiers de sa consommation.
Les récents événements en Libye vont-ils changer la donne ?
Non, il est probable que le prochain régime libyen reste ami avec Rome. Les deux pays sont faits pour s’entendre. Ils sont situés côte à côte. L’un est exportateur et l’autre importateur : l’Italie importe du pétrole et du gaz libyens. L’Italie a un besoin structurel du gaz libyen : ses centrales électriques fonctionnent au gaz. Une partie de la population libyenne parle encore italien, sans oublier la présence d’Italiens sur le sol libyen (ndlr : environ 1500 Italiens résident en Libye). C’est une relation qui marche car elle repose sur des raisons objectives.

Rome s’est montrée très prudente sur la crise libyenne. En quoi le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi se singularise-t-il par rapport à ses collègues de l’Union européenne ?
Silvio Berlusconi est très gêné aujourd’hui car dans ses rapports avec Kadhafi, il a apporté une dimension personnelle, comme si c’était son grand ami. Il est devenu otage de ses propres exagérations. Il s’est mis hors jeu. Les autres aussi ont soutenu Kadhafi, mais ils ont été plus discrets.

Entre 500 000 et 1,5 million d’étrangers vivent en Libye. Les craintes d’une émigration massive en Europe sont-elles justifiées ?
Oui, la menace est réelle. Cela peut dégénérer. Il y a des centaines de travailleurs égyptiens, tunisiens, sénégalais et d’ailleurs du continent africain qui ont été exploités par la Libye et qui n’ont plus de travail aujourd’hui. S'ils parviennent à prendre le contrôle des bateaux, ils vont tenter de partir pour la Grèce, Malte et l’Italie.