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La bûche de Noël du pape François

Nativité, Georges de la Tour (1645) Musée des Beaux arts de Rennes
Nativité, Georges de la Tour (1645) Musée des Beaux arts de Rennes

A l'occasion de ses vœux de Noël au haut-clergé romain, le pape François s'est livré à un quasi- réquisitoire en forme d'examen clinique, recensant les « maladies » spirituelles qui gangrènent ou menacent celui-ci. Derrière l'humour, un nouveau geste dans le combat pour une réforme de l’Église catholique qui ne fait pas l'affaire de tous.

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Joyeuses fêtes !

Ce devait être une séance de bon vœux pour « préparer son cœur à Noël ». C'est devenu un sale quart d'heure pour les éminences de la Curie , l'appareil dirigeant de l’Église catholique romaine, réunies rituellement dans la salle Clémentine du Vatican.

Tout jésuite qu'il soit, et s'il s'est abstenu de désigner nommément les cibles de son courroux, le pape François, en cette dernière semaine de l'Avent, n'a usé à leur endroit ni de litote ni de grande diplomatie, leur administrant plutôt une quasi-flagellation verbale sous couvert de diagnostic. A leur passif, pas moins de quinze fautes ou manquements, qualifiés avec ironie plus que compassion de « maladies curiales», et décrites cliniquement. Quelques-uns de leurs noms : « Alzheimer spirituel », « schizophrénie existentielle », « fossilisation mentale et spirituelle », et même, moins savant mais plus violent encore, « cœur de pierre », « arrogance » voire hypocrisie d' « une vie cachée et souvent dissolue ».

D'autres maux recensés paraissent davantage relever du registre névrotique : « exhibitionnisme mondain », obsession de la «  planification d'expert comptable », goût des « cercles fermés » voire, un comble pour des prêtres, « têtes d'enterrement  ». À ce sujet, justement, le pape a évoqué la tentation des prélats de « se sentir immortel » et les a invités à se rendre dans les cimetières où reposent « tant de gens qui se considéraient comme indispensable ». « Cela fait du bien, une bonne dose d'humour », a t-il glissé aux cardinaux en guise de smiley.... qui risque de ne pas rassurer tout le monde. Si l’évêque de Rome avait déjà dans le passé critiqué les attitudes mondaines, carriéristes ou dissolues, il ne s'était pas jusqu’alors exprimé en des termes aussi vifs.

Réformes et résistances

Le pape François
Le pape François

Sa virulence en cette veille de la grande fête de la chrétienté ne marque pas pour autant une rupture de fond. Dès son élection en mars 2013, il entrait dans son mandat de réformer un appareil jugé malade par les cardinaux eux-mêmes. Premier objet de son attention, les finances vaticanes ont fait l'objet d'un audit externe. Elles sont en cours de réorganisation sous l'autorité d'un cardinal australien George Pell relevant du « C9 » , un nouveau conseil de neuf membres où sont représentés les divers continents géographiques et courants de l’Église. Celui-ci a pour tâche d' « étudier un projet de révision de la Constitution apostolique Pastor Bonus sur la Curie romaine  ». Cette dernière, selon la formule du coordinateur du C9, le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga « ne doit plus être perçue comme une cour papale ou un super-gouvernement de l'Église centralisée. Elle doit être une structure énergique, qui est là pour servir le ministère du pape ».

Promettant un rôle accru aux laïcs et aux Églises locales, la réforme rencontre logiquement des oppositions au sein du pouvoir établi romain, qui se sent, non sans raisons, menacé. « Le peuple de Dieu veut des pasteurs et pas des fonctionnaires ou des clercs d’État », avait déclaré François l'an dernier à une revue jésuite.

Sans rapport apparent mais propice à la mobilisation des conservatismes, le synode sur la famille ouvert en octobre dernier avait permis l'expression dans l’Église catholique de résistances aux ouvertures, notamment sur les questions de l'accueil de divorcés remariés ou la qualification de l'homosexualité, sur lesquelles le souverain pontife s’était avancé.  Le pape « a fait beaucoup de mal », avait de façon inédite lançé l’évêque américain Raymond Burke. Il « n’est pas libre de changer la doctrine de l’Église sur l’immoralité des actes homosexuels, l’indissolubilité du mariage ou toute autre doctrine de foi ».

Décalé

Escalier du Musée du Vatican
Escalier du Musée du Vatican

Tenus dès sa première année de pontificat mais réitérés depuis, les propos de François à l'égard de la finance, le pouvoir économique ou la justice sociale avaient également décoiffé une Église romaine penchant dans les faits pour l'ordre en vigueur lorsque celui-ci n'est pas entaché de communisme. Tranchant sur ses prédécesseurs, le nouveau pape n'a cessé pour sa part de fustiger le « fétichisme de l'argent », « idole nouvelle » et la « dictature de l'économie sans visage », soulignant que « le revenu d'une minorité s’accroît de manière exponentielle » alors que « celui de la majorité s'affaiblit ». Un discours jusqu'alors plutôt entendu en occident dans la bouche de dirigeants politiques de gauche, avant qu'il n'opèrent eux-mêmes leur conversion inverse aux valeurs du marché. Les ors du Vatican, paradoxalement, paraissent avoir moins d'effet en ce sens sur l’ex-évêque argentin, qui continue d'ignorer les appartements pontificaux pour loger modestement à la résidence Sainte-Marthe et multiplie les entorses au protocole au risque, selon ses adversaires, de désacraliser la fonction papale.

Moins facétieuse qu'elle n'y paraît, son imprécation contre les « maladies spirituelles » de la curie contient aussi, à cet égard, une dimension mobilisatrice à l'adresse de la masse des serviteurs désintéressés de l’Église, sur lesquels il espère s'appuyer dans ses projets de réformes. « Les prêtres sont comme les avions. Ils font la une quand ils tombent alors qu'il y en a tant qui volent » a t-il glissé lundi en guise de réconfort à leur intention. D'autres accueilleront avec moins de joie un cadeau de Noël qui, sourire ou pas, ne caresse guère le haut clergé dans le sens de la mitre et fragilise un peu l'assurance de son éternité.

Noël dans le monde

24.12.2014AFP

Les chrétiens célèbrent mercredi Noël à travers le monde, mais à Bethléem, lieu de naissance du Christ selon la tradition, la fête est assombrie par les violences qui déchirent le Moyen-Orient.

Au son des cornemuses et des tambours, des fanfares de scouts ont escorté jusqu'à la Basilique de la Nativité la procession menée par le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, la plus haute autorité catholique romaine en Terre sainte.

Sur la place, bien moins remplie que les années précédentes, les pèlerins étrangers se faisaient très rares. Au milieu trônait un gigantesque sapin décoré aux couleurs du drapeau palestinien --noir, blanc, rouge et vert -- tandis que des Pères Noël distribuaient des chocolats à la foule.

Mais les festivités étaient ternies par de nouvelles violences dans l'enclave de Gaza, ravagée durant l'été par un conflit ayant fait près de 2.200 morts côté palestinien et 73 côté israélien.

L'aviation israélienne y a mené un raid, tuant un activiste du mouvement Hamas, après des tirs palestiniens contre une de ses patrouilles.

Le climat de tensions exacerbées, ininterrompu depuis des mois, a fait fuir les pèlerins étrangers, selon les professionnels du tourisme à Bethléem, localité située à une dizaine de kilomètres au sud de Jérusalem. Seuls quelques cars circulaient ainsi mercredi dans les rues de la ville palestinienne.

A Rome, l'affluence devrait être bien plus importante pour la messe dite de "minuit" célébrée par le pape François en la basilique Saint-Pierre à partir de 20H30 GMT.

Le chef de l’Église catholique a exprimé mardi sa vive inquiétude face au sort des chrétiens au Moyen-Orient, ravagé par des conflits de plus en plus sanglants, notamment en Irak et en Syrie où des jihadistes multiplient les exactions, s'en prenant notamment aux minorités religieuses.

- Appel au dialogue -

Dans une longue lettre adressée aux chrétiens d'Orient, François les a exhortés à la "persévérance" et au dialogue inter-religieux en dépit des difficultés, affirmant qu'il n'y avait pas d'alternative. Le dialogue, a assuré le pape argentin, est "le meilleur antidote à la tentation du fondamentalisme religieux".

Dans une allusion claire au groupe jihadiste Etat islamique (EI), il a exprimé son inquiétude devant une "organisation terroriste, d'une dimension autrefois inimaginable, qui commet toutes sortes d'abus". Elle "frappe de manière particulière certains d'entre vous chassés de façon brutale de leurs propres terres, où les chrétiens sont présents depuis les temps apostoliques", a dénoncé François, en évoquant aussi le drame d'autres communautés pourchassées comme les Yazidis.

Mgr Twal a également dénoncé ces exactions, ainsi que la récente guerre à Gaza et les attentats menés notamment à Jérusalem ces derniers mois.

"Au-delà de la tragédie inhumaine qui ensanglante et déchire le Moyen-Orient, nous sommes tous surpris de voir de jeunes gens en Europe embrasser des idéologies radicales et aller combattre en Syrie et en Irak", a-t-il ajouté.

A partir de 20H00 GMT, Mgr Twal présidera la grand-messe de Noël en l'église catholique Sainte-Catherine, contiguë à la Basilique de la Nativité, en présence du président palestinien Mahmoud Abbas, arrivé dans l'après-midi à Bethléem, pour y rencontrer notamment la communauté chrétienne.

- Noël sans fête à cause d'Ebola -


Ce Noël est particulièrement difficile pour les 150.000 chrétiens déplacés d'Irak, qui "vivent une situation tragique et à qui aucune solution rapide n'est proposée", a déclaré le patriarche chaldéen Louis Sako à l'AFP à Bagdad.

"Tout particulièrement en cette période de Noël, ils ont besoin de signes qui les rassurent. Il faut leur dire qu'ils ne sont pas abandonnés et oubliés"
, a-t-il ajouté.

Le président iranien Hassan Rohani a souhaité un joyeux Noël au pape et aux autres dirigeants du monde, appelant à une coopération pour "répandre la paix, la sécurité et le bien-être sur le monde".

Ailleurs, Noël est célébré dans un climat de sécurité renforcée en France après trois attaques, dont une liée à l'islamisme radical, ayant fait un mort et 25 blessés.

A Cuba, les célébrations de Noël, longtemps interdites par le régime, se dérouleront dans une atmosphère égayée par un cadeau anticipé: le rapprochement avec les Etats-Unis.

En revanche, il n'y aura pas de rassemblements publics festifs en Sierra Leone à cause de l'épidémie d'Ebola. "Les chrétiens qui se rendront à l'église pour la messe de Noël (...) devront rentrer chez eux dès la fin de l'office et poursuivre les célébrations en famille", a ordonné le président Ernest Bai Koroma.