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La campagne électorale bat son plein en Angola

L'Unita, principal parti d'opposition, a tenu son premier meeting le 22 juillet à Cacuaco, en banlieue de Luanda.
L'Unita, principal parti d'opposition, a tenu son premier meeting le 22 juillet à Cacuaco, en banlieue de Luanda.
ROGERIO /AFP

La deuxième puissance pétrolière du continent s’apprête à renouveler son parlement et à élire un nouveau président le 23 août prochain. Un scrutin historique qui marque la fin du règne de José dos Santos, au pouvoir depuis 38 ans. Son parti, le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1975, déjà figure de grand favori. 

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Le 23 août, plus de 9 millions d’Angolais seront appelés aux urnes pour départager six partis lors de ce scrutin et renouveler leur parlement.  Le leader du parti majoritaire aux législatives deviendra alors, de fait, le nouveau président. En attendant, l’Angola vit un mois au rythme des meetings.

« Je déclare ouverte la campagne électorale […]. Les partis peuvent commencer leurs activités dans le respect de la loi », c’est par ces mots que le président de la commission nationale électorale, Andre da Silva Neto a donné le coup d’envoi le 22 juillet d’une campagne électorale d’un mois.

Dans une déclaration pour marquer le début de la campagne électorale ce dimanche 23 juillet, le MPLA, parti marxiste au pouvoir depuis l'indépendance en 1975 de cette ancienne colonie portugaise, s'est fixé l’objectif d’une large victoire. Si l’Angola a mis fin au régime du parti unique en 1991, le MPLA, a continué de diriger le pays, et fait déjà figure de grand favori.

En août 2012, l’Unita, principal parti d’opposition n’avait remporté que de 18 % des voix. Cette année, ce dernier a anticipé le début de la campagne en organisant son premier grand meeting samedi 22 juillet à Cacuaco, dans la banlieue de Luanda, autour de milliers de militants. Dans son discours, l’opposant Isais Samakuva 71 ans, lui-même à la tête de l’Unita depuis 2003, a appelé les Angolais à faire « un bilan » de 42 années de gouvernance du MPLA. « Vous qui souffrez, dans la pauvreté, sans électricité, sans emploi, sans rien à manger. Le changement, c'est maintenant avec l'Unita », a martelé le leader de l'Unita. « Nous sommes en faveur de la démocratie et le démocrate est Isaias Samakuva », chantaient les militants aux couleurs rouges, vertes et blanches du parti, selon un journaliste de l’AFP.
 
Isais Samakuva, à la tête de l'Unita, a condamné le parti au pouvoir lors de son premier meeting.
Isais Samakuva, à la tête de l'Unita, a condamné le parti au pouvoir lors de son premier meeting.
ROGERIO / AFP

Cette ancienne colonie portugaise est, avec le Nigeria, l’un des deux principaux pays producteurs de pétrole d’Afrique subsaharienne mais reste l’un des plus pauvres du continent. Depuis 2014, l'Angola subit de plein fouet l'impact de l'effondrement du prix du baril, qui a fait chuter sa monnaie et assèche ses finances. De fait, le pays a été contraint en avril dernier de demander l'assistance financière du Fonds monétaire international (FMI).

Première élection sans José Eduardo dos Santos depuis l’indépendance


Mais pour la première fois depuis l’indépendance de l’Angola en 1975, l’actuel président Eduardo Dos Santos, âgé de 74 ans, ne sera pas reconduit lors de ce scrutin.

Celui qui détient le titre le vice-doyen africain en terme de longévité au pouvoir et qui a multiplié les séjours dans un hôpital privé de Barcelone, serait souffrant depuis plusieurs années. Mais sa maladie est « un secret de Polichinelle », explique à l'AFP Didier Péclard, spécialiste de l'Angola à l'université de Genève. José dos Santos laisse alors la place de favori à son dauphin, Joao Lourenço,  vice-président du MPLA et ministre de la défense.

Le nouveau candidat du MPLA, Joao Lourenço, est un fidèle du président angolais José Eduardo dos Santos depuis ses débuts.
Le nouveau candidat du MPLA, Joao Lourenço, est un fidèle du président angolais José Eduardo dos Santos depuis ses débuts.
Photo extraite du site officiel du MPLA.



Cet ex-général âgé de 63 ans, qui a délaissé l’uniforme pour un costume-cravate ample qui dissimule mal son embonpoint, semble avoir profité de circonstances favorables. « Plusieurs personnes haut placées dans le parti ont tapé du poing sur la table », dans l'hypothèse où l'un des enfants Dos Santos prendrait sa succession, a expliqué à l'AFP Soren Kirk Jensen, du centre d'études Chatham House à Londres. Et ils ont poussé la candidature de Joao Lourenço, « à la réputation de modéré », a-t-il ajouté.

A moins qu’un évènement inattendu rebatte les cartes, ce fidèle du parti, vierge de toute affaires de corruption, a donc toutes les chances de succéder à l’actuel président.
 

Qui est João Lourenço ?

Le général à la retraite Joao Manuel Gonçalves Lourenço, est un fidèle de la première heure du régime, dont il a gravi un à un tous les échelons politiques et militaires. 

Né le 5 mars 1954 à Lobito (Ouest), il a grandi dans une famille engagée politiquement. Son père, infirmier, a purgé trois ans de prison pour activité politique illégale. 
En 1974, après la chute de la dictature au Portugal,  Joao Lourenço rejoint la lutte pour la libération et prend part aux combats qui conduiront à l’indépendance. « Il fait partie du premier cercle du pouvoir », résume Didier Péclard, spécialiste du pays à l’université de Genève.
En 1984, il devient gouverneur de la province de Moxico (Est) et entame son ascension dans l’organigramme du parti : d’abord chef de la direction politique de son ancienne branche armée (Fapla), puis président de son groupe parlementaire et enfin vice-président de l’Assemblée nationale. 
Dès les années 90, il avait déjà laissé entrevoir son ambition lorsque José dos Santos avait suggéré qu’il se retirerait. Mais son appétit pour le pouvoir avait toutefois valu à Joao Lourenço « quelques années de purgatoire politique », selon Didier Péclard. L’annonce du président était en fait « une manouvre politique pour débusquer les ambitieux au sein du parti, et Joao Lourenço l’avait payé en étant écarté momentanément du premier cercle », ajoute-t-il.
Le général Lourenço ne sort alors véritablement de l’ombre qu’en 2014, lorsqu’il accède au poste de ministre de la Défense. Sa nomination, en août 2016, à la vice-présidence du MPLA accélère alors les rumeurs sur sa possible ascension. 
Depuis quelques mois, Joao Lourenço représentait déjà le président angolais un peu partout. Le 17 mai, à Washington, le ministre de la Défense a signé avec le secrétaire d’État américain à la Défense un accord de partenariat stratégique entre les deux pays. Le 3 juillet, il assistait au sommet de l’Union africaine tandis qu’il était reçu à l’Élysée par le Français Emmanuel Macron le 10 juillet.
Il se présente « comme le candidat de la continuité », selon Didier Péclard. « Cela fait longtemps que je me prépare à cette fonction et que l’on m’y prépare, a-t-il déclaré, dès février dernier, à Luanda. Ce qui arrive aujourd’hui n’est que la confirmation de quelque chose qui, en interne et au niveau de la direction du parti, était déjà acquis. 
Le parti au pouvoir a lui organisé son premier meeting le 25 juillet à Huambo, bastion de l'opposition et deuxième ville située dans le centre du pays. « Le MPLA est l'unique parti capable de gouverner et diriger l'Angola », a affirmé Joao Lourenço devant des milliers de partisans. « Notre parti a l'avantage d'être déjà au pouvoir. Nous avons tout pour gagner les élections. Le MPLA est le seul parti qui a décroché l'indépendance. A part le MPLA, il n'existe pas d'autre parti », a-t-il ajouté , vêtu d'un pantalon noir et d'une chemise rouge rehaussée d'une écharpe jaune d'or, les couleurs du drapeau angolais. 

Ses deux principaux adversaires, le chef de l’Unita, Isaias Samakuva, 71 ans, et celui du Casa-CE, Abel Chivukuvuku, 59 ans, entendent pourtant bien changer la donne avec le soutien de la société civile et d’opposants au régime tels que le rappeur Luaty Beirão, libéré en juin 2016 après un an de prison.

Comme José dos Santos lors de ces campagnes précédentes, le nouveau candidat du MPLA promet de mettre fin à la corruption et aux pots-de-vin. Dans ses meetings, son slogan : « Corriger ce qui est mal et sauvegarder ce qui est bien ».

Même s’il a la légitimité des combattants du MPLA de la première heure, le futur homme fort du pays « n’est pas considéré, en raison de son âge, comme un ami de Dos Santos », note Benjamin Augé, de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Mais pour l’opposant et journaliste Rafael Marques, « le ministre de la Défense reste avant tout un  général dur du MPLA », dont la promotion ne représente pas plus qu’un simple « changement de visage » du régime. 
En attendant, l’Angola est toujours classé 164e sur 176 pays en terme de corruption, d’après le dernier classement de l’ONG Transparency International.
 

Un départ plus que confortable pour José Dos Santos

Avant son départ, José Eduardo dos Santos a cependant pris le temps de se ménager une luxueuse et paisible retraite grâce à une loi sur-mesure, votée le 28 juin au parlement. Elle protège tout d’abord les ex-présidents avec un statut judiciaire qui exclut toutes poursuites devant un tribunal spécial pour des infractions – quelles qu’elles soient – commises au cours des fonctions de président. Un article pourtant contraire à la Constitution : selon l’article 127, « le président de la République n’est pas responsable des actes commis dans l’exercice de ses fonctions, sauf dans les cas de corruption, de trahison et de crimes […] ». 
 
Une loi d’autant plus polémique qu’elle accorde ensuite aux anciens chefs d’État du pays, et à leurs familles, des gardes du corps, un chauffeur, des billets d’avion en première classe et une pension équivalant à 90 % de leur salaire jusqu’à leur décès, soit 1 million de kwanzas  (environ 5 300 euros par mois). L’article en question stipule aussi que la première dame, bénéficierait d’un salaire équivalent à 70 % de celui du président lors de sa dernière année en fonction.

Irene Neto, Membre du Congrès et rare frondeuse au sein du MPLA, et fille de l’ancien président Agostinho Neto (père de l’indépendance angolaise et fondateur du MPLA), s’est elle-même indignée, estimant que « le président n’a pas besoin d’avantages supplémentaires. Sa situation est déjà très confortable ».

Une marge de manœuvre limitée pour le prochain président


De plus, même si l'Angola change de président en août, le régime tente toujours de verouiller le pays.
Le Parlement a voté fin juillet une loi afin de parvenir à reconduire pour huit ans les dirigeants de l'armée, des services de renseignement et de la police. Un moyen de s'assurer que le futur président ne procédera pas à une série de nominations qui pourraient changer la donne. Pour l’Unita, il est clair que si le MPLA gagne les législatives « Dos Santos continuera de diriger le pays». 

Une chose est sûre, si Lourenço accède au pouvoir, il devra composer avec le père et la fille, Isabel, femme la plus riche d’Afrique à la tête de la compagnie pétrolière nationale Sonangol, qui tient l’or noir du pays. 

La campagne électorale prendra fin le 21 août à minuit, deux jours avant le scrutin. 
Un vote dont la transparence est déjà mise en doute. Et pour cause, il n’y aura pas de mission d’observation de l’Union européenne lors de l’élection. Une décision prise par l’UE, suite au refus du gouvernement angolais de donner aux observateurs internationaux l’accès illimité aux différents bureaux de vote.