La crise vénézuélienne en quatre points

Les étudiants sont à l'origine de contestation © AFP
Les étudiants sont à l'origine de contestation © AFP

Depuis le 12 février dernier, le Venezuela est la proie de nombreuses manifestations étudiantes. Les jeunes dénoncent l'insécurité grandissante et les pénuries de biens et de services. Cinq personnes ont déjà perdu la vie et un opposant au gouvernement a été arrêté. Une situation tendue, mais le mouvement ne semble pas s'essouffler. Explications.

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Une contestation étudiante 

Le mouvement étudiant prend racine le 4 février dernier, à San Cristobal, une commune de l'Etat du Tachira, après une tentative de viol sur une étudiante. Les jeunes anti-gouvernement profitent de l'incident pour exprimer leur colère. L'insécurité du pays devient le principal mot d'ordre du mouvement. En effet, le Venezuela fait partie des pays les plus dangereux au monde. En 2013, 25 000 homicides ont été enregistrés par l'Observatoire vénézuélien de la violence, soit 73 morts pour 100 000 habitants, chaque année, contre 19 en 1998.

Peu à peu, le mécontentement gagne les autres villes, dont la capitale Caracas. Les jeunes rêvent d'une vie meilleure et dénoncent la politique du président Nicolas Maduro. Ils se révoltent contre la crise économique (+56% d'inflation en 2013) qui sévit et contre la pénurie de biens et de services, qui touche tous les secteurs. De nombreux produits sont presque introuvables, comme certains médicaments ou des produits de base comme l'huile, le lait, la farine, et le maïs. La presse doit faire face à un manque de papier et de nombreux journaux de province mettent la clef sous la porte. Même le secteur automobile est en crise. Le manque de pièces détachées a poussé le constructeur Toyota a stopper sa production de voiture. 
Les étudiants vénézuéliens sont à l'origine de la contestation © AFP
Les étudiants vénézuéliens sont à l'origine de la contestation © AFP

"Il y a pénurie de tout, sauf de balles"  

Aussitôt enclenché, le mouvement étudiant est rejoint par les membres de l'opposition. Pour faire entendre leurs revendications, les deux groupes fusionnent et organisent des manifestations. La première a lieu le 12 février. Sur les pancartes, on peut lire "Il y a pénurie de tout, sauf de balles". Le bilan le prouve : trois morts et une soixantaine de blessés.

Figure de l'opposition et leader du parti de droite Volonté populaire, Leopoldo Lopez devient "l'ennemi n°1" du gouvernement. Un mandat d'arrêt est rapidement lancé contre lui. Il est accusé d'homicide et d'incitation à la violence après la manifestation du 12 février qui a causé la mort de trois personnes. Le 18 février, Lopez décide de se rendre à la police. Il est aussitôt transféré dans une prison militaire de la banlieue de Caracas, où il devrait être auditionné. En attendant, le révolutionnaire de 42 ans est soutenu par les jeunes manifestants qui s'étaient d'ailleurs réunis mercredi devant le Palais de justice de Caracas. Ce même jour, une étudiante de 21 ans est décédée, touchée par une balle lors d'une marche de l'opposition à Valencia, près de Caracas. Dans la nuit du 19 au 20 février, de nouveaux affrontements ont eu lieu entre opposants au gouvernement et forces de police. Les manifestants s'étaient réunis Plaza Altamira, leur lieu habituel.
Les manifestations ont fait 4 morts et des centaines de blessés © AFP
Les manifestations ont fait 4 morts et des centaines de blessés © AFP

La riposte du gouvernement  

Le 13 février, au lendemain de la première manifestation étudiante, le gouvernement appelle ses partisans à descendre dans la rue. La ministre de l'Information, Delcy Rodriguez, publie un message sur son compte Twitter. Mot d'ordre : "lutter contre les fascistes". Ce n'est que le 18 février qu'a lieu la manifestation. Elle se tient en présence du président Maduro, et en même temps que celle de l'opposition.

Le 14 février, Twitter accuse le Venezuela de bloquer des images de manifestations sur le réseau social. Un porte-parole du réseau interrogé, le confie à l'AFP: "Je peux confirmer que des images de Twitter sont actuellement bloquées au Venezuela. Nous pensons que c'est le gouvernement qui les bloque". La raison ? La plupart des photos montrant les événements sont publiées via Twitter, puisqu'aucune télévision vénézuélienne ne le fait, de peur d'être sanctionnée. Pour la peine, le réseau social propose à ses internautes de passer outre le blocage, en envoyant des textos.
Nicolas Maduro, le président vénézuélien, a été élu en avril 2013 © AFP
Nicolas Maduro, le président vénézuélien, a été élu en avril 2013 © AFP

La crise devient internationale 

Lundi 17 février, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères annonce le renvoi de trois diplomates américains : Breean Marie Mc Cusker, Jeffrey Gordon Elsen et Kristopher Lee Clarck. Tous les trois sont accusés de soutenir le mouvement de protestation dans "l'organisation et la promotion des groupes étudiants". En septembre, le président Maduro avait déjà renvoyé trois autres diplomates américains, accusés, eux aussi, d'être de connivence avec les opposants. A la suite de cet incident, Barack Obama a condamné les violences faites sur les manifestants et a appelé à libérer ceux qui ont été arrêtés. Il a également annoncé que les Etats-Unis, premier partenaire économique du Venezuela, pourraient prendre des mesures contre le pays.

Les médias étrangers ne sont pas les bienvenus sur le territoire. En témoigne l'interdiction de la télévision colombienne NTN24. L'office de régulation des médias vénézuélien considère que NTN24 a prohibé la diffusion d'images faisant l'apologie de la violence ou de la haine.
Barack Obama, le président américain, a mis en garde le Venezuela contre d'éventuelles “mesures“ © AFP
Barack Obama, le président américain, a mis en garde le Venezuela contre d'éventuelles “mesures“ © AFP

Le mouvement étudiant ne faiblit pas, malgré les morts et les nombreux blessés. La prochaine manifestation de l'opposition aura lieu samedi, d'après la journaliste vénézuélienne Mariana Atencio qui couvre les événements. Elle a précisé sur son compte Twitter que les manifestants craignent l'infiltration de militaire pro-gouvernement dans le cortège.