Info

La démission de Saad Hariri "indéniablement forcée"

Daher
Interview d'Isabelle Malivoir

L'ex-Premier ministre libanais Saad Hariri est arrivé tôt ce matin à l'aéroport du Bourget, près de Paris. Il a été reçu par le président Macron qu'il a remercié pour son soutien. Enjeux de cette visite et décryptage de la situation au Liban avec Aurélie Daher, politologue et historienne.

dans


Lire aussi : Liban, Hariri : comprendre la nouvelle crise

Le président français a invité le Premier ministre libanais pour quelques jours afin de tenter de sortir de l'impasse après deux semaines de crise. Le 4 novembre, en effet, le Premier ministre libanais présentait sa démission depuis Ryad, dénonçant la main-mise de l'Iran sur son pays. Cette démission intervient dans un contexte de fortes tensions sur plusieurs dossiers entre les deux poids lourds de la région, l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite. Rappel des principaux développements depuis l'annonce la démission surprise du Premier ministre libanais Saad Hariri jusqu'à son arrivée, ce samedi, à Paris.

Démission choc

Le 4 novembre, Saad Hariri, alors en Arabie saoudite, annonce sa démission, dans une déclaration retransmise par la chaîne Al-Arabiya à capitaux saoudiens. Il accuse le Hezbollah et son allié iranien de "mainmise" sur le Liban et dit craindre pour sa vie. Il accuse Téhéran d'avoir "créé un État dans l'État". Téhéran rejette des "accusations sans fondement".

Dès le lendemain, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, accuse l'Arabie saoudite d'avoir contraint M. Hariri à la démission, alors que cette annonce a coïncidé avec l'arrestation de dizaines de princes, de ministres et d'hommes d'affaires dans une purge sans précédent en Arabie saoudite.

Le 7, le Premier ministre démissionnaire, reçu la veille par le roi Salmane, effectue une visite à Abou Dhabi.

Hariri "détenu", selon le Hezbollah

Le 10, le président libanais Michel Aoun, élu en 2016 grâce au soutien du Hezbollah, exprime son "inquiétude" quant au sort de M. Hariri.

Le chef du Hezbollah accuse l'Arabie saoudite de "détenir" M. Hariri et d'avoir demandé à Israël, l'ennemi juré du mouvement chiite, de frapper le Liban.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian déclare qu'à sa "connaissance", M. Hariri est libre de ses mouvements.

Hariri se dit "libre"

Le 12, M. Aoun dénonce "les circonstances obscures" dans lesquelles M. Hariri "vit à Ryad".

Saad Hariri annonce qu'il va "très bientôt" rentrer dans son pays. "Je suis libre ici, si je veux voyager demain, je voyage". "J'ai écrit ma démission de ma main, et j'ai voulu provoquer un choc positif", dit-il lors d'un entretien avec sa chaîne de télévision libanaise, Future TV.

Deux jours plus tard, le patriarche maronite, le cardinal Bechara Raï, effectue une visite historique en Arabie saoudite, où il est reçu par le roi Salmane et rencontre M. Hariri. "Je suis convaincu par les raisons de sa démission". "Il reviendra au Liban dès que possible", dit-il.

Le président français Emmanuel Macron, qui avait effectué une visite éclair le 9 novembre à Ryad pour rencontrer le prince héritier, "réitère son souhait que Saad Hariri puisse se rendre au Liban comme il l'a annoncé".

Le 15, Michel Aoun accuse Ryad de détenir M. Hariri. "Nous le considérons donc comme en captivité et détenu (...)", dit-il.

"Je veux répéter et assurer que je vais très, très bien". "Je vais revenir si Dieu veut à mon cher Liban comme je vous ai promis", tweete de son côté M. Hariri.

Implication de Paris

Le 15, le président Macron annonce avoir "invité" Saad Hariri à venir "avec sa famille" en France.

Le 16, Jean-Yves Le Drian rencontre à Ryad M. Hariri qui confirme qu'il se rendra "très bientôt" en France alors que le chef de la diplomatie saoudienne Adel al-Jubeir assure qu'il est libre de quitter Ryad "quand il veut".

Le 17, M. Hariri affirme que son séjour dans le royaume visait "à mener des consultations concernant l’avenir du Liban et ses relations avec ses voisins arabes".

Le président français annonce qu'il accueillera samedi à l'Élysée Saad Hariri "en tant que Premier ministre" du Liban car sa "démission n'est pas reconnue dans son pays puisqu'il ne s'y est pas rendu".

Saad Hariri est arrivé avec son épouse Lara par avion privé à l'aéroport parisien du Bourget, sans ses enfants, samedi matin.

Après une entrevue avec Emmanuel Macron, le Premier ministre libanais démissionnaire a confirmé qu'il serait bien présent à Beyrouth pour la Fête Nationale du Liban, ce mercredi 22 novembre. "Et c'est là-bas que je ferai savoir ma position sur tous les sujets après m'être entretenu avec le président Michel Aoun" a-t-il ajouté dans une allocution depuis l'Elysée. 
 

"Je remercie le président Emmanuel Macron pour son soutien. Il m'a montré une amitié pure, que je n'oublierai jamais. La France a une nouvelle fois démontré son grand rôle dans le monde et dans la région. Cela démontre son attachement au Liban et sa stabilité. Pour tout cela, je réitère mes remerciements au président Macron et à la France" a-t-il tweeté.

 

videosaadhariri