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La faune et la flore sont-elles menacées ?

Faut-il craindre la disparition des espèces, ou bien ces cycles de mort et de naissance ont-ils toujours existé ? Les abeilles, dont on annonce régulièrement la fin et la résurrection, sont-elles des sentinelles de notre survie ? Réponses avec un biologiste...

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“La disparition des espèces est un phénomène normal, un peu comme la mort, mais plus on les préserve, mieux c’est...“

Robert Barbault est chef du département écologie et gestion de la biodiversité du Muséum national d'Histoire naturelle


Existe-il un lien entre le changement climatique et le déclin des colonies d’abeilles ?

À partir du moment où vous avez un organisme qui est vulnérable à un élément de la nature, plusieurs facteurs peuvent expliquer cette fragilité, dont le réchauffement climatique.

C’est le cas avec les abeilles, il est quand même évident que les ruches sont sensibles au changement de températures. Il existe d’ailleurs des systèmes de ventilation pour réguler les températures des ruches lorsqu’elles sont très élevées.

Quel rôle exact cet insecte visiblement très important joue t-il dans l’équilibre de l’écosystème ?

D’abord, il y a un caractère symbolique de l’abeille domestique dans sa ruche qui produit du miel. Au-delà de l’attraction que cela suscite, l’abeille remplit une fonction écologique extrêmement importante appelée pollinisation. Elle passe d’une fleur à l’autre et transporte du pollen. Elle contribue à la fécondation des fleurs qui par la suite produisent des fruits.

La plupart de nos arbres fruitiers et de nos légumes sont fécondés naturellement grâce au travail des pollinisateurs que sont les abeilles domestiques, les abeilles sauvages et les bourdons. Cette fonction est essentielle dans la production des ressources alimentaires pour l’homme.

Une abeille qui collecte du pollen
Une abeille qui collecte du pollen
Le risque de disparition des abeilles est-il vraiment réel aujourd’hui ?

Disons que la situation des abeilles est en train de se détériorer, mais on est loin de pouvoir envisager la disparition totale des abeilles. Parlant des abeilles domestiques, il existe plusieurs souches et la probabilité qu’elles puissent toutes s’éteindre n’est pas pour demain.

La réalité est qu’il y a effectivement un problème sérieux dans le monde de l’apiculture et particulièrement chez les abeilles domestiques qui est certes lié à l’utilisation des pesticides, mais aussi à un concours de circonstances et de situations : l’appauvrissement génétique des variétés d’abeilles utilisées, les modifications des pratiques agricoles qui font que les abeilles ne trouvent pas nécessairement des ressources alimentaires intéressantes pour elles, le traumatisme du réchauffement climatique qui les fragilisent, une très grande vulnérabilité aux agents pathogènes.

Les responsabilités dans cette situation sont partagées, toujours est-il que l’utilisation des insecticides est extrêmement nocive pour les abeilles.

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, environ 38% des espèces animales sont menacées de disparaître (ours polaires, grands singes, félins d’Asie du Sud-Est etc…). On évoque principalement l'action de l’homme pour expliquer cette situation. Est-ce l’unique raison ?

Il faut d’abord expliquer ce qu’on entend par l’action de l’homme. On emploie cette expression pour désigner la dégradation ou la réduction des habitats des animaux par la déforestation. On parle aussi de l’introduction des espèces dites « invasives » dans un nouveau milieu par l’homme et de l’utilisation des pesticides par ce dernier.

Et tout le monde s’accorde à dire, mis à part quelques sceptiques, que le réchauffement climatique est encore provoqué par la production massive de gaz à effet de serre par l’industrie humaine. C’est le résultat de toutes ces activités humaines qui aboutit à la destruction des espèces.

Mais le plus difficile c’est de percevoir le lien direct entre le réchauffement climatique et la disparition des espèces…

Ce n’est pas difficile du tout, lorsqu’on a des espèces qui se reproduisent plus tôt ou plus tard, on assiste à une désynchronisation dans leur l’évolution.

Prenons le cas des chenilles qui se nourrissent des feuilles de chênes, et des mésanges qui à leur tour se nourrissent de ces chenilles. L’émergence des chenilles coïncide naturellement avec le développement des jeunes feuilles de chênes et les mésanges migrent en général à cette même période vers les régions où poussent les chênes. Il suffit d’un décalage dans le développement d’un des maillons de cette chaîne pour provoquer une désynchronisation.

Il y a là une réelle fragilisation de la physiologie des différents êtres qui composent cette chaîne. La menace d’une disparition n’est perceptible qu’à long terme. Pour qu’une espèce s’éteigne, il faut compter des centaines d’années.

Koala (Phascolarctus cinereus)
Koala (Phascolarctus cinereus)
L’extinction des espèces est-elle plus le fait de l’homme que celui du réchauffement climatique ?

Dans tous les cas, cela ne peut pas être expliqué par le réchauffement climatique tout seul.

C’est vrai que l’augmentation des températures va avoir des effets sur certains aspects de l’écosystème. Observons les récifs coralliens qui sont formés de petits animaux associés aux algues. Le réchauffement climatique met fin à cette symbiose animaux/algues, provoque donc la mort des coraux et menace sérieusement la grande barrière de corail.

Ensuite, avec l’augmentation des températures, il y a une dilatation de la mer qui provoque la fonte des glaces et qui fait monter le niveau des eaux.

En troisième lieu, on sait que la mer capte le surplus de gaz carbonique de l’atmosphère, dont celui rejeté par la production industrielle. Cela se traduit par une acidification de l’eau de mer et le corail a de ce fait beaucoup de mal à fabriquer du calcaire indispensable à leur survie.

Quelles espèces (aussi bien animales que végétales) indispensables à la survie de l’homme sont vraiment en voie de disparition ?

La biodiversité compte énormément d’espèces. C’est vrai qu’on assiste à une accélération de la disparition des espèces. L’univers compte 5 à 10 millions d’espèces. Le phénomène d’extinction dure depuis des centaines voire des millions d'années.

Or nous vivons au jour le jour. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’il n y aura plus suffisamment ou quasiment plus du tout d’espèces. Il y a des espèces qui disparaissent certes, mais il y en aura toujours.

Personnellement, je ne crois pas que l’érosion de la biodiversité va entraîner l’extinction de l’espèce humaine. Je considère que l’extinction des baleines et des éléphants d’Afrique par exemple provoque du dysfonctionnement dans leur écosystème propre. C’est aussi une perte pour l’humanité.

Pour autant, la destruction de la cathédrale Notre Dame de Paris serait-elle fatale à la survie de l’être humain ? Non ! La cathédrale fait partie de notre patrimoine culturel, mais nous pourrions bien vivre sans elle.

L'ours blanc (Ursus maritimus)
L'ours blanc (Ursus maritimus)
Doit-on autant s’alarmer sur le phénomène de disparition des espèces ? Cela ne fait-il pas partie de l’ordre des choses ?

La disparition des espèces est un phénomène normal, un peu comme la mort, mais plus on les préserve, mieux c’est…

On assiste depuis des siècles à l’introduction des animaux et plantes dans un environnement qui n’est pas le leur. Les scientifiques dénoncent les conséquences néfastes de cette pratique sur la biodiversité. Quelles sont-elles ? Faut-il bannir ces mouvements ?

Comme vous le dites si bien, c’est une pratique qui a toujours existé dans l’histoire de l’humanité.

Un exemple concret est celui de l’introduction de l’écureuil gris d’Amérique, plus gros et plus résistant en Grande Bretagne, qui à l’origine est le domaine naturel du petit écureuil roux. Ce dernier est simplement en train de disparaître au profit de l’écureuil gris. Cette disparition s’explique par le fait que l’espèce introduite a propagé des agents pathogènes fatals à l’écureuil roux.

Pour l’anglais lambda, cela ne saute pas aux yeux, il y a simplement un écureuil à la place d’un autre. Pour les naturalistes qui recensent les espèces, la perte de l’écureuil roux est une catastrophe.

Certaines espèces sont introduites, s’adaptent très bien et qui vont occuper finalement dans le fonctionnement des écosystèmes, la place que les espèces autochtones ne vont plus assumer. Le succès des espèces invasives (introduites), est dû au fait qu’on crée des conditions de dégradation des milieux.

Propos recueillis par Christelle Magnout
26 novembre 2009

Le koala d'Australie, un marsupial menacé

Le koala d'Australie, un marsupial menacé
C'est un animal emblématique de l'État du Queensland dans le nord-est de l'Australie. Son alimentation est constituée en majorité d'eucalyptus, un aliment qui se fait rare. Le Koala est menacé de disparaître...

Le commentaire de Dominique Laresche - JT - TV5Monde
Novembre 2009 - 1'13

La forêt amazonienne reprend du souffle

La forêt amazonienne reprend du souffle
La déforestation de la forêt amazonienne a diminué de moitié depuis un an. Le gouvernement brésilien s'était engagé à lutter contre le déboisement du "poumon vert de la planète". Les associations de défense de l'environnement se félicitent de cette baisse mais exigent plus d'efforts de Brasilia.

Le récit de Guillaume Villadier - JT - TV5Monde
Novembre 2009 - 2'15

L'apparition de nouvelles espèces

L'exemple du moustique du métro londonien

"On oublie très souvent que dans la dynamique du vivant, il y a de nouvelles espèces qui apparaissent. Il faut savoir qu’une nouvelle espèce apparaît toujours à partir d’une autre. Il existe dont une filiation entre elles.

On a une nouvelle espèce quand le degré de différenciation par rapport aux ancêtres devient tel que la population qui est créée par ce nouvel ensemble d’individus ne peut plus se croiser avec la précédente.

L’exemple qui retient l’attention ces dernières années est celui du moustique du métro de Londres. En moins de cent ans, on a vu paraître, avec les conditions favorables créées par l’isolement des lignes de métro, de nouvelles espèces de moustiques.

A l’origine, il existait à Londres un seul genre de moustique qui se nourrissait du sang des oiseaux (pigeon, moineaux) il vivait en surface. Avec la création du métro, une partie de la population s’est introduite dans les galeries. Or il fait chaud dans le métro et l’atmosphère y est humide et il n’y a pas d’oiseau.

Ces moustiques souterrains ont commencé progressivement à se nourrir de sang de mammifères (Homme, rats, souris..). Les généticiens ont procédé à de profondes analyses et ont constaté une mutation génétique chez ces moustiques qui finalement ne remontaient plus en surface.

On a constaté par ailleurs une différence considérable entre les moustiques de surface et les moustiques souterrains, et de légères différences entre les moustiques de trois lignes du métro. Les croisements de toutes ces espèces ont été infructueux et les chercheurs ont donc conclu à l’apparition d’une nouvelle espèce. "

Robert Barbault, biologiste et écologiste, chef du département écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d'Histoire naturelle

Robert Barbault, le livre

Un éléphant dans un jeu de quilles : L'homme dans la biodiversité
Préface de Nicolas Hulot
Paru aux éditions Seuil en 2008


L'émission Ecran Vert sur TV5Monde

À l'occasion du Sommet de Copenhague qui doit, en principe, engager la communauté internationale sur la voie d'une réduction des gaz à effet de serre, Ecran Vert aborde la question de la forêt.