Info

La fin de Ben Laden vue par le blog planétaire

"Justice est faite !". C'est par ces mots que le président Barack Obama a annoncé, lundi 2 mai 2011 à 3 h 40 GMT, qu'un commando américain avait tué, sans sommation, le terroriste Ben Laden, au Pakistan. Le corps de l'homme le plus recherché de la planète a ensuite été jeté à la mer. La nouvelle a été saluée par presque tous les chefs d'État à travers le monde. Seul Ismaïl Haniyeh, Premier ministre à Gaza, du mouvement palestinien Hamas, a condamné l'assassinat du fondateur d'Al Qaïda, auteur des attentats du 11 septembre 2011 aux États-Unis, et de quelques autres depuis, sur tous les continents.
Nos blogueurs du monde entier se mobilisent pour commenter l'événement.

dans

La fin de l’histoire se termine dans un style cinématographique cohérent avec la sale guerre de Bush : un corps lancé à la mer.

par Mauricio Tolosa, de Santiago du Chili, le 4 mai 2011, 14 h 00 GMT

La Une du quotidien chilien El Mercurio, du 4 mai 2011, avec la photo en Une de Time, un Ben Laden barré...
La Une du quotidien chilien El Mercurio, du 4 mai 2011, avec la photo en Une de Time, un Ben Laden barré...
Ce dimanche de 1er Mai 2011, l’Amérique latine vivait le deuil du départ de trois écrivains et intellectuels reconnus. En une semaine nous avaient quittés Gonzalo Rojas, chilien, Ernesto Sabato, argentin, et Raul Leis, panaméen. Les deux premiers étaient parmi les anciens sages, presque centenaires, du continent. Leis, plus jeune. Leur départ est un signe de l’affaiblissement d’un monde, celui d’hommes qui cherchent à comprendre et interpréter leur temps, par des interpellations à partir de la poésie ou de la raison, des efforts pour prendre en charge le présent et créer le futur.

Ce même dimanche, le soir (c’était le dimanche soir sur les continents nord et sud américains… ndlr) j’appris la mort d’Oussama Ben Laden. Je me suis rappelé le 11 septembre, l’arrêt du monde face aux écrans de télévision, la stupéfaction et la sensation d’assister à un changement historique. Je me souviens qu’on ne pouvait pas imaginer le coupable d’une telle catastrophe, et comment au fil des heures se construisit l’image de Bin Laden. La solidarité mondiale avec New York et le peuple américain était presque totale.

J’ai pensé aussi aux centaines de victimes à Madrid, Londres, Bali, Nairobi, Casablanca, Charm el-Cheikh, Alger, Amman et Istanbul…

Ben Laden, le 11 septembre, sont associés aussi à Bush et à son discours fanatique et religieux, aux mensonges orchestrés par le pouvoir, aux affaires et à la guerre, à l’invasion injuste, aux milliers de civils et innocents tués, à la torture et la dépersonnalisation de l’ennemi. La fin de l’histoire, de cette partie de l’histoire, se termine dans un style cinématographique cohérent avec la guerre sale de Bush : un corps lancé à la mer.

UNE MAUVAISE RÉSONANCE EN AMÉRIQUE LATINE

En Amérique Latine, bien qu’annoncée, la fin de cette chronique ne résonne pas bien. Pendant les années 70, les dictatures militaires avaient comme pratique courante de lancer les cadavres des opposants à la mer. Au XXIème siècle, même en temps de guerre, on s’attend à trouver une certaine forme de dignité humaine, surtout de la part du Prix Nobel de la Paix.
Un certain malaise s’étend dans les réseaux sociaux.

L’Amérique latine actuelle est pauvre en regard du monde, elle ne pense pas à créer des contextes, elle subit le monde et réagit aux fait immédiats avec l’émotion et la fragilité des 140 caractères de Twitter. Notre wikiLeaks quotidien est d’écouter les déclarations et phrases médiatiques des présidents et politiciens qui paraissent plus être celles d’un spectateur de téléjournal que celles de quelqu’un qui cherche à comprendre une humanité qui va plus vite que notre capacité narrative. Sur cette simplification et absence de catégories d’analyse, le terrain est fertile pour la réémergence du discours anti impérialiste de la Guerre Froide qui congèle la dynamique de la nouvelle réalité et l’adapte aux croyances sûres d’antan.

La mort de Ben Laden pourrait annoncer la fin d’un des cycles les plus obscurs de la relation entre les puissances occidentales et les pays arabes, un cycle qui a duré dix ans. Ceci arrive quatre mois après les premières mobilisations démocratiques qui ont bouleversé l’Afrique du Nord et le Moyen Orient, et étonné le monde entier. Espérons que ce nouveau cycle sera plus long et fertile que le précédent. Il est urgent que les intellectuels, les sages et les leaders de la pensée, prennent leur part en soulevant les questions adéquates, écoutant et interprétant avec respect la diversité des nouveaux acteurs, en créant les distinctions et noms qui doivent nourrir la naissance de cette nouvelle époque.

Mauricio Tolosa est écrivain, essayiste et journaliste

Félicitations à nos amis américains

Par Ilir Yzeiri, de Tirana, Albanie, 4 mai 2011, 11h30 GMT

La Une de la Gazeta Shqiptare (le Quotidien d'Alabanie) du 3 mai 2011 : “Ben Laden est mort, des cellules d’Al Qaïda présentes à Tirana.“
La Une de la Gazeta Shqiptare (le Quotidien d'Alabanie) du 3 mai 2011 : “Ben Laden est mort, des cellules d’Al Qaïda présentes à Tirana.“
La nouvelle de l’exécution de Ben Laden a trouvé l’Albanie en plein campagne électorale des élections régionales. Toutes les hautes autorités albanaises ont alors immédiatement salué cet « événement historique ». Le président Topi a envoyé un télégramme au président Obama, le Premier ministre a fait une déclaration officielle en saluant le peuple américain pour cette victoire historique, et le chef de l’opposition a téléphoné à l’ambassadeur des Etats-Unis à Tirana, Mr Arvizu pour le féliciter. L’ambassadeur a d’ailleurs été invité sur le plateau de la plus grande chaîne de télé privée en Albanie, Top Chanel, dans le téléjournal du soir où il a déclaré qu’il avait reçu des messages de part tout, des politiciens comme des citoyens ordinaires. C’est vrai, que les Albanais d’Albanie et du Kosovo et d’ailleurs dans le monde sont les plus américanophiles au monde. Dans l’imaginaire collectif, l’Amérique figure au sommet du Panthéon des plus grands amis des Albanais.

C’est grâce aux Américains et notamment grâce au président Wilson que l’Albanie n’a pas complètement disparu des conclusions de la Conférence de la Paix en 1920 à Paris, grâce aussi au président Clinton que les Albanais du Kosovo ont échappé à la tragédie de la répression du régime de Milosevisc. C’est la raison pour laquelle l’Albanie a été l’un des États qui a collaboré le plus étroitement avec les Etats-Unis dans leur guerre contre le terrorisme. Juste après le 11 septembre, en Albanie on a arrêté l’un des collaborateurs les plus proches de Ben Laden, et on a lui confisqué tous ses avoirs et investissement qu’il avait en Albanie. L’Albanie a été l’un des premiers États aussi à avoir accepté d’abriter les Ouighours (musulmans chinois) de la prison de Guantanamo.

AU PAYS DE L'HARMONIE RELIGIEUSE

La plupart des Albanais sont musulmans, mais le pays est laïc et personne ne voit ici de traces ostentatoires de religion. Chaque étranger qui arrive en Albanie s’émerveille de l’harmonie religieuse des Albanais entre catholiques, orthodoxes, musulmans et bectacshsi. Durant leur histoire, les Albanais n’ont jamais engagé de conflit religieux. Sur un territoire aussi petit que mille mètres carrés, on peut voir une mosquée, un église catholique et une orthodoxe.

On peut donc comprendre que l’exécution de Ben Laden n’a pas fait la Une de tous les quotidiens albanais. De même que la panique du monde entier vis à vis du terrorisme ne s’est pas propagée en Albanie comme dans les autre pays. On a bien tenté de faire entrer le fondamentalisme en Albanie, grâce aux bourses offertes à des jeunes Albanais pour étudier dans les écoles les plus fondamentalistes, à savoir les salafistes, mais on n’a pas réussi. Un ami journaliste de l’Agence Capa qui travaille pour Efect papillon de Canal + , m’a confié quand il était en Albanie, que l’on parle plus des musulmans et de l’Islam en France qu’en Albanie ou au Kosovo.

ON NE POURRA PAS ÉRADIQUER TOUS LES MAUX DU MONDE D'UNE BALLE DANS LA TÊTE

On a donc fait disparaître le symbole du mal, celui qui a transformé le monde en un grand Big Brother, car grâce à Ben Laden les caméras sont braquées partout. Fini le choc des civilisations, vive le printemps arabe et les aspirations nouvelles à la démocratie. Mais un autre Mal a commencé, celui que les humains font subir à notre planète. On ne pourra pas empêcher des tragédies comme le séisme au Japon, la catastrophe nucléaire ou les méfaits sur l’environnement juste en tirant une balle comme une soldat américain l’a fait dans la tête de Ben Laden.

Ilir Yzeiri est journaliste et professeur à l'université de Tirana.

L’après-Ben Laden : le Pakistan, centre de gravité obscur du monde

par Xu Tiebing, de Pékin, Chine, le 4 mai 2011, 09 h 00 GMT

La Une de China Daily, quotidien anglophone de Pékin, du 3 mai 2011 : “La bataille n'est pas finie.“
La Une de China Daily, quotidien anglophone de Pékin, du 3 mai 2011 : “La bataille n'est pas finie.“
Après tant de rumeurs chaque fois révélées fausses, il est cette fois-ci définitivement exécuté, Oui, exécuté, puisque sans jugement par aucune cour de justice, ni aux Etats-Unis, ni à La Haye, ni ailleurs. Une exception frappante dans une circonstance particulière voulue par le Président américain Obama ordonnant “ je voulais un Ben Laden mort” ? Ou bien cela deviendra-t-il une tendance plus fréquente compte tenu des spécificités des leaders terroristes lors de leurs déplacements ou agissements ?

Félicitée par beaucoup de capitales et acclamée par un large public, malgré certains fétichistes attristés purs et durs, la nouvelle excitante de la mort de ce criminel exécuté — idole partie en fumée et symbole brisé tout à la fois —ne doit pas nous empêcher de penser l’après-Ben Laden.

LE RÔLE DU PAKISTAN

La version pakistanaise sur son rôle dans ce long processus d’élimination révèle où se trouve aujourd’hui le vrai faible centre de gravité de notre monde, avec un gouvernement ayant une autorité médiocre, sinon incompétent, assisté par une armée discutable à différents niveaux, mais surtout, avec une population politiquement très hétérogène, non soudée ni cimentée autour d’objectifs communs .

RETRAIT À TEMPS OU À RETARDEMENT

Les attentats du 11 septembre 2011 servent toujours de raison à la guerre d’Afghanistan, après 9 ans et demi, même si le retrait des troupes américaines est déjà sur l’agenda. Déjà, des voix expriment un grande doute sur ce timing, vue la vitalité des Talibans si féodaux et intransigeants. Dans quelle mesure le cri de vengeance alimenté chez eux en permanence peut-il faire durer cette guerre ?
Le moment fort des Etats-Unis sous G W Bush, de celui qui disait “Tant qu’il y a la volonté, les USA peuvent réaliser ce qu’ils veulent”, est bel et bien révolu. Le cavalier—maitre ne semble plus pouvoir galoper que selon une impulsion de courte durée, et seulement sur un terrain sélectionné, comme le moment de l’exécution de Ben Laden.

Xu Tiebing est professeur et chercheur au Centre des Relations internationales à l'Université des Communications de Pékin


La fascination rétrospective des tours jumelles et fantômes

par Roberto Blum, Porto Alegre, Brésil, le 4 Mai 2011, 07 h 00 GMT

La Une de Zero Hora, du 3 mai 2011, principal quotidien de Porto Allegre : “Un monde sans Ben Laden“
La Une de Zero Hora, du 3 mai 2011, principal quotidien de Porto Allegre : “Un monde sans Ben Laden“
« Geronimo-E KIA » était le contenu du message reçu par Barack Obama, président des Etats-Unis, du leader de l’armée américaine responsable de l’opération ayant abouti à la mort d’Oussama Ben Laden la nuit du 1er Mai 2011. Le message codifié indique que Geronimo – code utilisé pour désigner Ben Laden – était mort : Enemy Killed In Action (KIA).

RÊVES

Ben Laden meurt contrairement à Petit, qui reste en vie. Néanmoins, l’objet du rêve des ces deux hommes était la célèbre construction des Tours Jumelles – plus connues sous le nom de World Trade Center –, le symbole extrême du capitalisme américain. Philippe Petit, funambule français, encore jeune, un jour a rêvé de traverser, en marchant sur un câble en acier, l’espace entre les deux tours, en survolant la ville de New York. La vision de Ben Laden fût tout autre, et bien cruelle. Ben Laden a rêvé de l’extermination, en une fraction de seconde, de milliers d’innocents, en lançant des avions commerciaux contre les gratte-ciels, grâce à une attaque terroriste minutieusement planifiée.
Petit, lui, a été immortalisé par la réalisation de sa fantaisie en 1974, devenant le sujet à sensation de la presse américaine. Même la police n’a pas été capable de le maintenir en prison après la conclusion de l’extraordinaire exploit – immortalisé par le film Le Funambule (2008). Ben Laden, d’autre part, a laissé le monde stupéfait le 11 de Septembre 2001 lors de l’exécution de son plan, atteignant non seulement les Tours Jumelles, mais aussi le Pentagone, institution supérieure de l’organisation militaire américaine, lors de ce qui fut la première attaque subie par les Etats-Unis sur son propre territoire depuis la Seconde guerre Mondiale.

Petit et Ben Laden ont mis à exécution des faits inédits qui les ont rendus célèbres, certes dans des époques et en proportions différentes. La motivation de Petit était connue : la célébrité ! Mais ce que motivait un magnat saoudien influent, ex allié des Etats-Unis lors de l’invasion de l’Union soviétique en Afghanistan, à provoquer d’une telle manière la plus grande puissance militaire au monde, reste une question sans réponse précise. Des spécialistes affirment que Ben Laden aurait créé le réseau terroriste Al-Qaïda, destiné à lutter contre l’ingérence américaine dans les pays producteurs de pétrole. Vraie ou fausse hypothèse, il ne fait aucun doute que les attaques du 11 septembre ont déclenché de grands événements qui ont infléchi le cours de l’humanité.

MONTÉE DE LA VIOLENCE

Le principal de ces événements constitue la montée à grande échelle de la violence au niveau mondial. Le 7 octobre 2011, à peine 26 jours après les attentats, George W. Bush, alors président des Etats-Unis, a déclaré la « Guerre Contre le Terrorisme » comme part d’une stratégie globale de combat contre le terrorisme. La Guerre Contre le Terrorisme a abouti à l’invasion, puis à l’occupation par les Etats-Unis d’abord de l’Afghanistan à partir de 2001, puis de l’Irak, en 2003.

La Guerre d’Afghanistan a été motivée directement par la chasse au leader suprême du réseau Al-Qaïda, Ben Laden, lequel était considéré, à ce moment-là, comme le principal responsable de l’agression contre les Tours Jumelles. La communauté internationale a appuyé l’intervention américaine, laquelle a cherché à capturer les principaux responsables des actes terroriste, mais aussi à combattre les organisations terroristes fortement présentes dans ce pays du Moyen Orient.

L’attaque conte l’Irak de Saddam Hussein d’autre part, a été menée unilatéralement à l’initiative des Etats-Unis avec l’appui de l’Angleterre, mais sans l’approbation de ses principaux alliés – les pays membres de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) et surtout de la communauté internationale. La principale raison donnée par les Etats-Unis pour motiver l’opération en Irak était que ce pays développait des « armes de destruction massives », lesquelles constituaient une menace à la sécurité internationale.
La guerre contre les Talibans en Afghanistan a causé des milliers de morts civils. Et a contribué à la désorganisation de la fragile structure économique de ce pays, laissant le champ libre à la production et au trafique de drogues, principalement l’opium.

En Irak, les résultats ont été semblables. Des milliers de civils ont perdu la vie durant les opérations militaires ou comme résultat d’attaques terroristes motivées par l’opposition à la présente internationale.

LIBERTÉS INDIVIDUELLES

Le second changement majeur correspond aux restrictions aux libertés individuelles. Comme part de la Guerre Contre le Terrorisme, un véritable appareil anti-terreur a été mis en place au niveau global.

À l’initiative des Etats-Unis, en partenariat avec les pays de l’OTAN, des réseaux mondiaux d’intelligence anti-terroristes ont été créés et des lois restreignant les libertés ont été approuvées, donnant plus de pouvoir à l’Etat. Aux Etats-Unis même, le 26 Octobre 2011, a été approuvée le Patriot Act, un texte controversé du Congrès Américain limitant les libertés : perquisition surprises de résidences, espionnage de citoyens, interrogatoires et tortures de possibles suspects d’espionnage ou de terrorisme, sans droit à la défense ou au jugement. Ont augmenté également la surveillance sur les étrangers et les préjugés religieux.

Autour du monde, un sentiment de peur s’est répandu. Dans les aéroports, rapidement ont été installés des détecteurs modernes de métaux, objets ou substances pouvant être utilisées à la fabrication de bombes ou armes capables de provoquer des actions terroristes. Les personnes doivent plus fréquemment être sujettes à fouilles et les militaires sont devenus communément présents dans les lieux publics. En Angleterre, de nouvelles attaques très mortelles ont, élevant encore le niveau d’alerte des principaux pays considérés cibles des terroristes, c'est-à-dire, les partenaires de la politique américaine.
Un environnement de terreur s’est établi sur toute la planète. Le citoyen brésilien Jean Charles aurait-il imaginer être un jour soupçonné de terrorisme et qu’il serait froidement assassiné en plein métro londonien par le service secret anglais simplement pour avoir été confondu avec un terroriste ?

CACHE-CACHE ENTRE UN HOMME ET LA PREMIÈRE PUISSANCE MONDIALE

Mais dans l’enfer astral apparemment créé par Ben Laden, le fait auquel personne ne s’attendait c’est que cet homme jouerait à cache-cache avec la plus importante puissance militaire mondiale durant aussi longtemps.
Au Brésil comme dans le monde entier
En reconnaissant la mort de Ben Laden, l’ONU déclare que ce fait est « une avancée cruciale dans la lutte contre le terrorisme ». Le gouvernement brésilien a considéré « la mort de Ben Laden comme positive non seulement pour les victimes des attentats de l’organisation radicale, mais aussi pour le monde islamique ». Antônio Patriota, le chancelier brésilien, a affirmé que « le Brésil condamne la terreur sous toute les formes et répudie les actes terroristes quelles que soient ses motivations ».

Les médias et la population brésilienne sont stupéfaits devant un fait historique presque irréel. Pour beaucoup de Brésiliens, Ben Laden n’existait plus. Et pour ceux qui croyaient encore à son existence, peu suspectaient que l’homme le plus recherché au monde pourrait être capturé de manière aussi inattendue et dans une cachette si visible.
Des nouveaux rêves arriveront
La mort de Ben Laden, tant célébrée autour du monde, représente la conclusion d’une triste histoire. Une histoire sombre, illustrée par de milliers de morts et par la dégradation des conditions de vie de l’humanité.
Malheureusement, Ben Laden a répandu la peur en lançant sa toile sanglante, laquelle a changé pour le pire la vie sur la planète Qu’il repose en paix et nous laisse rêver à des temps meilleurs.

Roberto Blum est l'un des fondateurs du site du site correiointernacional

Ben Laden, l'ennemi sans numéro des Soviétiques

par Vadim Glusker, de Russie, le 3 maI 2011, 19 h 00 GMT

La Une de la Komsomolskaïa Pravda du 3 mai 2011 : “Les Américains ont jeté le cadavre de Ben Laden dans la mer, pour qu'il ne reste rien de lui“<br/>
La Une de la Komsomolskaïa Pravda du 3 mai 2011 : “Les Américains ont jeté le cadavre de Ben Laden dans la mer, pour qu'il ne reste rien de lui“
L’ennemi N°1 des américains était quand même un ennemi sans chiffre pour les Soviétiques déjà dans les années 80. Il ne faut pas oublier, que c’est bien Oussama qui étaient aux origines de la fondation de l’organisation militaire « Makhtab-al-Hadamat », créée pour le recrutement et la préparation militaire des arabes qui voulaient combattre les troupes soviétiques pendant la guerre en Afghanistan. Et c’est bien à ce moment la, et déjà avec une aide américaine que Ben Laden a fondé Al-Qaïda, en visant toujours le même but - vaincre les soviets et les Russes (plus tard). Le monstre sacré était pourtant déjà créé.

Aujourd’hui on peut toujours discuter, est-ce que Oussama était un mythe ou une réalité, est-ce que il a été vraiment tué, et si il a été tué, peut être déjà bien avant le 2 mai, etc etc etc. Le président russe était parmi les premiers qà avoir félicité le président américain pour cette victoire historique. Et ce n’est pas par hasard. La Russie connaît le terrorisme. On peut toujours parler des conséquences de la politique russe dans la région du Caucase, mais les explosions dans le métro, à l’aéroport, les prises d’otages dans les écoles et au théâtre, c’est aussi le visage de la terreur, souvent sponsorisée avec l’aide de Al-Qaïda également. Le procès des « filiales tchétchènes » en France en est l'une des meilleures preuves.

En plus, pas mal des experts vont vous dire qu’un certain rapprochement entre Moscou et Washington dans les années 2000 était basé sur ce principe de la lutte antiterroriste du genre : on vous soutient et vous ne vous mêlez pas de nos affaires au Caucase.

Mais bon, il faut être réaliste maintenant que Ben Laden est mort, Al-Qaïda est toujours en vie et en bonne santé, sans doute avec un autre dirigeant moins médiatisé, il ne faut pas baisser les bras, car le terrorisme existe, il peut frapper n’importe ou et c’est pas grâce à lui, ou plutôt malgré lui qu'on peut redevenir du président des Etats Unis.

Vadim Glusker est journaliste sur la chaîne NTV. Il vient de réaliser une série documentaire sur l'Italie...

L'Afrique, continent cible d'Al Qaïda et de ses émules

par Liesl Louw, de Johannesbourg, Afrique du Sud, le 3 maI 2011, 17 h 00 GMT

La Une du quotidien sud-africain The Times : “La marine atteint la cible. Tuez la tête et le corps s'effondrera...“
La Une du quotidien sud-africain The Times : “La marine atteint la cible. Tuez la tête et le corps s'effondrera...“
En Afrique du Sud on a appris le lundi 2 mai la nouvelle de la mort de Oussama Ben Laden - comme beaucoup de monde - avec choc et surprise.
Au moment même où beaucoup d’Africains regardent le déroulement du printemps arabe avec joie et angoisse ; où on vient de vivre un drame politique en Côte d’Ivoire et où on s’inquiète de la violence en Libye, on avait presque oublié l’homme le plus cherché de la planète…

Les gouvernements africains se sont timidement exprimés en faveur d’une ‘nouvelle ère de paix’ qui s’annonce avec la mort de Ben Laden. Dans une déclaration, le gouvernement sud-africain ‘note’ la mort de ben Ladin et ‘affirme son engagement en faveur de la paix dans le monde’.
Mais n’oublions pas qu’au moment de la ‘guerre contre la terreur’ de George W. Bush, quand chaque Africain musulman voyageant aux États Unis était un suspect potentiel, les vendeurs de rue à Dakar avaient osé porter un T-shirt à l’effigiée de Ben Laden !

L'AFRIQUE MEURTRIE PAR AL QAÏDA

Aujourd'hui ce sont les familles des victimes des attentats de Nairobi et de Dar es Salam, commis sur le continent africain par Al Qaïda, qui ont la parole et expriment leur joie. Les attentats de 1989 ont fais plus que 200 morts et 5000 blessés – ils étaient les premiers de Ben Laden dans le monde.

UNE PÉRIODE RÉVOLUE LA POUR JUSTICE INTERNATIONALE

Le président Mwai Kibaki s’est réjoui de la capture du ‘première terroriste’, recherché par les Américains ‘depuis treize ans’.
Au Sahel également, le Premier ministre malien a salué cet événement – un espoir pour un pays qui souffre des activités de Al Qaïda au Maghreb Arabe (AQMI) depuis plusieurs années déjà.

Nul ne doute que la mort de Ben Laden ne veut pas dire la fin des activités terroristes des groupes qui se réclament d’Al Qaïda. Les Al Shabaab en Somalie, les Boko Haram au Nigeria et l’AQMI, basée en Algérie, ne vont certainement pas cesser leurs activités du jour au lendemain.

Cela fait longtemps que des spécialistes du terrorisme international nous expliquent que ces groupes ne sont pas liés par une quelconque hiérarchie de commandement à Al Qaïda. D’ailleurs, beaucoup de ses groupes, comme le Boko Haram au Nigéria, représentent une réponse à un problème très local.

En juillet dernier, l’Ouganda a vécu un terrible attentat perpétré depuis la Somalie par Al Shabaab qui a tué 74 civils. Selon Al Shabaab, c’était pour punir l’Ouganda de faire partie de la force africaine en Somalie (Amisom). Est-ce que cela était directement commandité par Ben Laden ? On ne le saura sans doute jamais.

Personnellement, je constate que l’ère de justice internationale, celle des dictateurs placés devant la Cour pénale de la Haye, tout comme les médiations pour régler des conflits nationaux postélectoraux n’ont pas la cote en ce moment.
Barack Obama, qu’il le veuille ou non, sera peut-être réélu l’année prochaine grâce à une victoire militaire qui rappelle la période George W Bush.

Liesl Louw est rédactrice en chef de la revue African.org

Sur les traces de Ben Laden en Roumanie…

par Rodica Pricop, Bucarest, Roumanie, le 3 mai 2011, 15 h 00 GMT

La Une du quotidien roumain de Ziarul Financiar du 3 mai 2011 : “Les Américains sévissent dix ans plus tard. Ben Laden liquidé par la CIA.“
La Une du quotidien roumain de Ziarul Financiar du 3 mai 2011 : “Les Américains sévissent dix ans plus tard. Ben Laden liquidé par la CIA.“
Les menaces de représailles par l’organisation terroriste, qui certainement a souffert un dur coup avec la mort d’Oussama Ben Laden ont mis les responsables du monde entier en alerte, avec des consignes de sécurité renforcée. Mais pas à Bucarest, où les responsables roumains ont annoncé que le niveau d’alerte terroriste reste ‘bleu’, c'est-à-dire modéré.

Néanmoins, coïncidence ou pas, le président Traian Basescu a annoncé le mardi 3 mai 2011 que le lieu d’emplacement des éléments du bouclier antimissile américain se trouve dans le sud du pays. Bouclier qui selon lui assurera désormais à la Roumanie ‘le maximum de sécurité’.

LA ROUMANIE, UN ALLIÉ SÛR DES ÉTATS UNIS DANS LA GUERRE ANTI TERRORISTE

La Roumanie, où le sentiment proaméricain est quasi unanime, semble vouloir jouer un rôle important dans la lutte anti-terroriste, avec aussi la décision du Conseil Suprême de Défense dès le lundi 2 mai d’ouvrir l’accès, aux forces des États-Unis stationnées en Irak et Afghanistan, aux infrastructures portuaires et aéroportuaires de la Mer Noire. Il faut dire que la Roumanie a plus de 1800 soldats en Afghanistan et à présent ses forces assurent la sécurité de l’aéroport de Kandahar.

Mais les révélations de la chaîne américaine CBS selon lesquelles des officiels américains avait déclaré que les informations sur le lieu où se trouvait Ben Laden avaient été obtenues par des techniques ‘dures’ d’interrogation sur des suspects d’Al-Qaïda dans des prisons secrètes de la CIA en Roumanie et en Pologne, mettent Bucarest à nouveau dans une position délicate, vis-à-vis des partenaires européens.

La Roumanie, un des alliés les plus proches de Washington a toujours nié l’existence de telles centres de détention sur son territoire ou des vols « prisons » de la CIA, les fameux ‘rendition flights’, malgré un rapport d’enquête menée par le Parlement européen, qui en 2008 se déclarait très concerné par les activités illégales de l’Agence américaine en Roumanie.

À Bucarest, la majorité des hommes politiques et des analystes ont applaudi la mort de Ben Laden et la victoire de Barack Obama contre Al-Qaïda. Mais très peu d’entre eux se sont posés la question de savoir si le fait que la Roumanie s’implique encore d’avantage pour soutenir les États-Unis dans la guerre contre le terrorisme, ne transformera pas le pays en une cible des attaques terroristes. Ce débat est plus que nécessaire, il est crucial pour la sécurité du pays malgré le positionnement du bouclier antimissile sur son territoire.

Rodica Pricop est rédactrice en chef adjointe du quotidien roumain Nine O’Clock et éditorialiste à Bucarest Hebdo

La leçon d’Oussama, la leçon d’Obama.

par Ghania Mouffok, d'Alger, le 3 mai 2011, 13 h 00 GMT

La Une du quotidien algérien Djazairnews, dans sa version française
La Une du quotidien algérien Djazairnews, dans sa version française
Je n’aime pas que l’on enlève à un homme son humanité quand bien même il serait le pire des criminels. En exécutant son ennemi numéro un, en lui refusant une sépulture, comment pouvons nous gagner sur Ben Laden ? J’aime en revanche la justice. Ce moment solennel où les criminels se présentent devant d’autres hommes qui lui demandent de rendre des comptes dans l’équité de la mise scène symbolique et légale que sont les tribunaux. Ce moment solennel où le criminel se lève, s’engage avec son corps, sa voix, pour dire à ses contemporains ses crimes ou les nier, ce moment où il doit nous rendre des comptes, c’est là que se dit notre humanité. Je ne plaide pas pour la clémence, le pour et le contre d’une peine capitale, ici en l’occurrence, je plaide contre le règne animal car les hommes possèdent la parole. Quand le président Obama, président de la plus grande démocratie au monde nous annonce que justice a été rendue, je m’inquiète pour la justice.

Non pas pour Ben Laden, mais pour la suite du monde. Si les Américains peuvent ainsi exécuter leurs ennemis, les jeter à la mer, on se demande bien pourquoi est poussée la maladresse jusqu’à nous dire que cette étrange cérémonie s’est faite dans les règles de la religion musulmane. Demain, d’autres ennemis pourront se saisir de leurs adversaires, les exécuter dans le secret d’une grotte, les enterrer à « la manière des chrétiens » et venir nous annoncer à leur tour qu’ils ont fait « justice ». Qui pourra alors se lever et leur dire : Barbares !

POURQUOI CE TOMBEAU AUSSI VASTE QUE LA MER ?

Et puis, pourquoi lui avoir donné une tombe aussi vaste que la mer ? Quand un petit morceau de terre à l’égal des autres hommes aurait largement suffit. S’il fallait, pour les Américains, effacer de la terre jusqu’à l’idée de sa mémoire, fallait-il lui donner la mer ? La puissance en déclin rend fou, aveugle. La manière dont « la justice » a été rendue renseigne plus sur ceux qui la rendent que sur ceux qui la reçoivent.

Quand les plus hautes autorités américaines nous annoncent qu’elles ne savent pas dans quelles conditions s’est déroulée la mort de ce symbole du terrorisme, ne sommes nous pas en droit de nous demander dans quel monde nous proposent-ils de vivre ? Dans sa conférence de presse, le principal conseiller anti-terroriste du président Obama, nous dit même, (depuis il a été réduit au silence), après l’annonce de la mort de Oussama Ben Laden : « Je ne sais pas honnêtement comment cela s’est fait, mais j’imagine… » Alors chacun d’entre nous est en droit d’imaginer la mort de Ben Laden. Mais l’imaginaire, contrairement à la justice, ne se partage pas, l’imaginaire se construit avec les matériaux de son histoire, de sa mémoire. Ces matériaux ne sont pas les mêmes dans un ranch du Far West que dans un bidonville de Marrakech. Il est à craindre qu’il n’y ait pas que les poissons qui vont se nourrir de ce corps sans sépulture.

LE MONDE EST ENGAGÉE DANS UNE CHASSE AVEUGLE AUX MENACES TERRORISTES

Mais ne soyons pas naïfs, quittons la scène de la justice et rendons nous sur le terrain de la guerre. Le monde s’est engagé sous la logique américaine dans la « guerre totale contre le terrorisme », une doctrine adoptée y compris par les gouvernants arabo-musulmans. Car cette guerre qui court, qui s’enlise, et pas seulement en Afghanistan, en Irak, mais sur toute la planète, dans une chasse aveugle à toutes « menaces terroristes », n’est pas un combat de l’occident contre les arabo-musulmans. Je parle à partir d’un pays, l’Algérie, qui a connu et qui connaît encore cette lutte « totale contre le terrorisme ». Je parle d’un pays qui a tenté également par des exécutions sommaires, des lois d’exception, d’enrayer son terrorisme local, réduisant ainsi le combat à un rétablissement de l’ordre public. Et je trouve tout à fait saisissante la ressemblance : chez nous aussi en Algérie, les « terroristes » sont interdits de parole. Quelle drôle de guerre quand même que cette guerre qui traque l’ennemi à coup de milliards de dollars ou de dinars, qui mobilise la planète entière, et qui quand il est rendu, on le cache au monde, on le somme de se taire, soit en achetant son silence au nom de « la réconciliation nationale », soit en le faisant disparaître.

Que craint-on qu’ils nous révèlent, « les terroristes » ? Qu’ils sont aussi doués de parole et capables de dire aux gouvernants locaux ou mondiaux leurs propres crimes, comme on partage un fardeau ?
Je pense pour ma part, et ce n’est pas nouveau, que le terrorisme n’est pas une affaire policière mais une histoire politique. Une histoire qui raconte le monde contemporain, notre monde. Mettant en cause la manière profondément injuste avec lequel il est gouverné, localement ou mondialement. Ce qui ne veut pas dire que les terroristes sont des justiciers, loin s’en faut, mais ils sont l’une des faces de ce monde, une des pièces du puzzle mondialisé.

LA FABRIQUE DE BÊTES HUMAINES

Cette doctrine de guerre totale contre le terrorisme a été une catastrophe pour toute l’humanité. Elle a réduit des territoires entiers de la planète en ennemis obscurs, justifiant l’invasion, la destruction de pays, des centaines de milliers de morts et ce, jusqu’aux tours du World Trade Center. Elle justifie alors la mort de Ben Laden, mais change-t-elle quoi que ce soit aux pièces du puzzle ? Pour l’écrasante majorité des Algériens, Ben Laden est aussi étranger, étrange que pour l’écrasante majorité des Américains, en revanche les Algériens savent où se trouvent la Palestine, L’Irak, l’Afghanistan, Abu Ghraïb, Guantanamo et dans notre imaginaire, ces lieux ne sont pas des territoires libérés de la barbarie par de valeureux GI’S mais des lieux occupés par des puissances économiques et militaires qui se livrent à des batailles aussi vieilles que l’humanité, de domination et de soumission. La disparition de Ben Laden n’est pas un bâclage mais un message. Elle dit aux insoumis et ce, quelles que soient leurs religions : abdique ou meurs comme un chien. Faudra-t-il alors s’étonner si de leur vivant, certains continueront à se métamorphoser en bêtes humaines pour que s’effondre ce monde sans esprit où les criminels sont de toute façon dispensés de justice, qu’ils soient vainqueurs ou vaincus ?

Ghania Mouffok est écrivaine et journaliste, correspondante de TV5Monde à Alger

Ils ont trouvé Ben Laden, est-ce que nous trouverons Gilad Shalit ???

par Lior Papirblat, de Tel Aviv, Israël, le 3 mai 2011, 13 h 00 GMT

La Une du quotidien Haaretz du 3 mai 2011 - “Israël salue la mort de Ben Laden. Le Hamas pleure un guerrier arabe saint.“
La Une du quotidien Haaretz du 3 mai 2011 - “Israël salue la mort de Ben Laden. Le Hamas pleure un guerrier arabe saint.“
L'assassinat d'Oussama Ben Laden a une valeur surtout symbolique. Cela ne mettra pas fin à l'activité terroriste inspirée par la théologie fanatique du Jihad mondial, que Ben Laden a aidée à construire et à former en temps que leader d'Al-Qaïda.

Le Président Shimon Peres est heureux qu'un homme dont les objectifs visent Israël soit éliminé. Le Président a déclaré qu'il espérait que ce serait une leçon pour d’autres terroristes. "Ces terroristes dangereux et meurtriers ne doivent pas croire qu'ils sont à l'abri, dit-il.

Mais les familles d'Israéliens tués dans des attaques terroristes du 11 Septembre ne sont pas rassurées par le fait que le chef d'Al-Qaïda a été assassiné. Elles pensent pour la plupart qu'il aurait été dû être éliminé bien avant les attaques du 11 septembre.

LA PEUR DES ATTENTATS EST DE RETOUR

Les agents de sécurité se préparent à la possibilité que les islamistes radicaux tentent de viser des objectifs et des intérêts américains en Israël pour venger l'assassinat de Ben Laden. Israël est également en état d'alerte, en particulier dans la bande de Gaza et du nord du Sinaï.

Hier, des dizaines de résidents arabes dans le quartier de Silwan à Jérusalem-Est ont manifesté à la suite de l'assassinat. Certains des participants ont lancé des pierres sur la police israélienne qui a déployé des forces dans la région. Malgré la petite manifestation à Jérusalem-Est, la réaction de la plupart des Israéliens a été un mélange de soulagement et de joie.

LE RAPPEL DE L'ÉLIMINATION DU CHEIKH YASSINE

Mais les Israéliens craignent qu’ils soient une cible pour le Jihad mondial qui voudrait se venger, et ils savent qu'ils doivent être prudents lorsqu'ils voyagent à l'étranger. L'assassinat de Ben Laden est plus perçue comme l'assassinat d'un chef spirituel plutôt que d'un commandant d’actes terroristes. L’élimination en 2004 du cheikh Ahmed Yassine à Gaza a eu un effet semblable et a été un grand coup pour le Hamas. Ce n'est pas un hasard si seul Ismaïl Haniyeh, Premier ministre à Gaza, du mouvement palestinien Hamas, a condamné l'assassinat du fondateur d'Al Qaïda.

Les difficultés inhérentes à la localisation de Ben Laden, ressemblent à celles qui empêchent de trouver Gilad Shalit. Ben Laden se cachait dans une zone hostile, musulmane et radicale, qui ressemble beaucoup à la bande de Gaza. Alors, si les Américains ont trouvé Ben Laden, peut-être les que les Israéliens trouveront Shalit ?

Le regard de Dilem, dessinateur algérien - TV5Monde, Liberté

d'Alger, Algérie, 3 mai 2011, 12 h GMT


Le regard de Kichka, dessinateur israélien

de Jérusalem, Israël, 3 mai 2011, 11 h GMT


Le regard de Kroll, dessinateur belge du Soir

de Bruxelles, Belgique, 3 mai 2011, 10 h GMT


Personne ici ne regrette la mort de Ben Laden.

par Mine Kirikkanat, d'Istanbul, Turquie, le 3 mai 2011, 08 h 00 GMT

La Une de Milliyet, l'un des principaux quotidiens turcs, du 3 mai 2011 - “Au fond de l'Océan“.
La Une de Milliyet, l'un des principaux quotidiens turcs, du 3 mai 2011 - “Au fond de l'Océan“.
Depuis dix ans qu’il s’accrochait au titre de « l’homme le plus recherche du monde », le monde a changé de fond en comble. Des régimes sont tombés, nombre de présidents et de gouvernements furent ex ou feu, des dictateurs dits indéboulonnables sont chassés, pourchasses et un certain Saddam, exécuté.

Pendant ces dix ans qui ont bouleversé le monde, il n’y a que le sort qu’on lui réservait qui n’a pas changé : Ben Laden était l’homme à abattre et fut abattu. Une exécution tardive, en somme.

On nous avait convaincus qu’il était au départ de tous ces bouleversements, puisqu’il était le chef d’Al Qaida, responsable de l’attentat du 11 septembre. Mais aujourd’hui, il semble que les Américains l’ont laissé survivre dix ans, juste le temps de mettre en place leur nouvelle géopolitique mondiale, prévue depuis longtemps. Si l’invasion de l’Afghanistan par l’Otan peut s’expliquer par les liens d’Al Qaida avec le régime Taliban, rien de tel ne peut justifier l’invasion de l’Irak.

LE LOURD TRIBU DE LA TURQUIE À AL QAÏDA

Malgré les initiatives françaises et européennes, je suis convaincue que l’intervention militaire de l’Otan en Libye et peut être celles à venir d’ici peu, un peu partout dans le monde, découlent de cette nouvelle géopolitique foncièrement américaine. Les États-Unis sont actuellement les maitres incontestables de notre globe et ses alliés sont obligés de défendre leur part, tout en tenant compte de la part du lion.

La Turquie est un allié des EU. Elle combat à ses côtés en Afghanistan et a payé un lourd tribu à la terreur d’Al Qaida. Le 15 Novembre 2003, 58 personnes sont mortes et plus de 700 ont été blessées, lors des attentats qui ont pulvérisé deux synagogues d’Istanbul. À cinq jours d’intervalle, les attentats au siège de la banque britannique HSBC et au Consulat Général du Royaume-Uni ont fait 30 morts et 400 blessés...

PERSONNE ICI NE REGRETTE LA MORT DE BEN LADEN

Les médias turcs se sont emparés de l’information quelques secondes après leurs homologues américains et depuis, le fantôme de Ben Laden rode sur les 62 chaines de télévision et fait tourner toutes les tables rondes !
En revanche, il n’y a eu aucun rassemblement spontané comme à New York ou à Londres, où les gens laissent éclater leur joie de cette mort.

Personnellement, je suis plutôt écœurée de voir ces foules de jeunes Américains ou Anglais crier « victoire ». Ils ressemblent atrocement à la jeunesse embobinée de n’importe quelle dictature, assoiffée d’une armée victorieuse.

VICTOIRE SUR QUI, VICTOIRE SUR QUOI ?

Al Qaida est loin d’être décimé. Les Talibans sont toujours là. Ils sont toujours en «guerre sainte » contre l’Occident et aujourd’hui, encore plus assoiffés de vengeance qu’hier.
Les Américains ont eu la peau de Ben Laden dans une villa au Pakistan, après avoir déversé des milliers de tonnes de bombes pendant dix ans, sur les montagnes d’Afghanistan.
C’était des montagnes qui conduisaient les avions kamikazes de Ben Laden, un certain 11 septembre ?

Mine Kirikkanat est écrivaine et éditorialiste à Cumhuriyet. "Le sang des rêves", polar politique d'anticipation, est son dernier roman, paru en 2010 aux éditions Métailié.

Les Iraniens ne veulent pas trop montrer leur joie.

par Armin Arefi, d'Iran, le 3 mai 2011, 6 h 00 GMT

La Une du Iran Daily du 3 mai 2011, quotidien semi officiel iranien en anglais.
La Une du Iran Daily du 3 mai 2011, quotidien semi officiel iranien en anglais.
Si l’Iran chiite ne partageait aucune sympathie pour Oussama Ben Laden, terroriste fondamentaliste sunnite, la mort de l’ennemi public numéro un des Américains a donné lieu aujourd’hui à un concert de critiques à l’égard de leur éternel ennemi-les Etats-Unis- et de leur présence dans la région.
Au sein du Parlement iranien, le chef de la Commission pour la sécurité nationale et la politique étrangère, est ainsi allé jusqu’à remettre en cause la nouvelle de la mort du leader d’Al-Quaida. « Rien d’important n’a été accompli dix ans après l’attaque de l’Afghanistan (par les États-Unis) et nous ignorons au fond à quel point l’information est vraie“, a annoncé aujourd’hui Alaeddin Boroujerdi, le chef de la Commission pour la sécurité nationale et la politique étrangère du Parlement iranien, selon "l'agence de presse semi-officielle ISNA.

Fustigeant le rôle des Américains en Afghanistan, le député iranien a ainsi accusé Washington de s’être servi de Ben Laden comme prétexte pour s’installer dans le pays.
“Les Américains ont souhaité avoir une excuse pour rester en Afghanistan en brandissant la menace de Ben Laden, du Mollah Omar et des Talibans”, a insisté Alaeddin Boroujerdi.

Même son de cloche de la part du porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, qui a exprimé son souhait de voir l’Amérique quitter la région : “la mort d’Oussama Ben Laden enlève aux États-Unis et à leurs alliés toute excuse pour déployer des forces au Moyen-Orient sous prétexte de lutter contre le terrorisme“, a annoncé Ramin Mehmanparast, selon la chaîne iranienne en anglais Press-TV. Même argumentaire…à une exception près : le porte-parole de la diplomatie iranienne admet malgré tout le décès du chef d’Al-Quaida.

LES ENNEMIS DE MES ENNEMIS NE SONT PAS (FORCÉMENT) MES AMIS

Il est tout de même intéressant de rappeler que peu de temps après les attaques du 11 septembre, l’Iran avait officieusement apporté son aide aux Etats-Unis dans leur intervention en Afghanistan afin de se débarrasser de leurs ennemis communs, Al-Quaida et les Talibans, une coopération historique depuis la Révolution islamique de 1979.

L’Iran a par la suite été accusé par les médias d’accueillir sur son sol Ben Laden ainsi que sa famille. Si la présence du premier dans le pays n’a jamais pu être prouvée, Omar ben Laden, l’un des fils d’Oussama, a affirmé au quotidien arabe Asharq al-Awsat que dix-huit membres de sa famille se trouvaient bel et bien en résidence surveillée en Iran.

UN CERTAIN SCEPTICISME

À l’annonce de la mort du chef d’Al-Quaida, c’est un énorme ouf de soulagement qu’a poussé Mahsa, mère de famille de Téhéran, heureuse d’être enfin débarrassée d’un terroriste qui a semé la terreur dans le monde entier. « Je pense tout d’abord à ces milliers d’Américains qui ont perdu leur vie dans les tours jumelles », rappelle celle qui a participé en 2001 à Téhéran à un rassemblement unique de plusieurs centaines de personnes en la mémoire des disparus américains. Néanmoins, l’Iranienne ne peut cacher un certain scepticisme. « Comment est-il possible que les Américains, avec tous leurs moyens, aient mis si longtemps à capturer un Ben Laden, qui se cachait en banlieue pakistanaise ? ». Et Mahsa de soupirer à nouveau : « tant d’autres victimes, mais aussi des guerres, auraient pu être épargnées dans la région… ».

Armin Arefi est un journaliste indépendant, auteur de "Dentelles et tchador: avoir 20 ans à Téhéran" (Pocket 2009)

La Une du Devoir (Québec) annonçant la mort de Ben Laden


La Une du New York Times du 2 mai 2011, annonçant la mort de Ben Laden : “Justice a été faite.“