La France dégringole, M. Hollande, il n’y a plus de temps à perdre

Paris vit une des plus graves crises de régime de la Ve République. Sous le regard frondeur de Marine Le Pen, elle s’effondre. La presse européenne est inquiète. Le fusible Montebourg suffira-t-il à sauver l’Hexagone? De gros doutes s’expriment.

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Il faut «redresser le bateau ivre», supplient L’Express/L’Impartial. Plus mesurée, une « grand reporter » au Monde, comme ils se qualifient dans ce journal qui, dans son blog « Le 19 heures de Françoise Fressoz », se penche sur « les bombes à retardement du quinquennat » de François Hollande, s’exclamait déjà lundi soir sur son compte Twitter, fascinée par l’unanimité d’un bout à l’autre du spectre médiatique hexagonal :



Il faut donc croire que le régime politique actuel est tombé si bas qu’une fois « les rebelles virés », cela ne pourrait qu’aller mieux. Quoique… La presse européenne compulsée par Courrier international n’est guère optimiste. La Stampa de Turin, par exemple, juge qu’« à défaut de hausser le ton » contre Angela Merkel comme Arnaud Montebourg, « le chef du gouvernement français a donc choisi de "punir" les frondeurs ». Avant de « nouvelles nominations » ce mardi 26 août, il n’y a « pas de temps à perdre ». La Repubblica,elle, se félicite que Manuel Valls ait déclaré que « l’Europe devrait faire comme les Italiens de Matteo Renzi ».

Le correspondant du Financial Times à Paris revient également sur l’appel lancé par M.?Montebourg pour un « changement radical » de la politique économique de la France et « sa critique acerbe des injonctions de Bruxelles », alignées sur « la plus extrême orthodoxie de la droite allemande ». Celle qui lui déplaît tout autant qu’à Manuel Valls ou à François Hollande. C’est donc, tel que le dit l’éditorial du quotidien londonien, le « fusible de la Ve République » qui a sauté : la France se trouverait dans une situation « pré-révolutionnaire » !

Cet « Etat juste ringard »

Où Marine Le Pen aura certainement son mot à dire, dans ce que le Daily Telegraph qualifie de « right old state », cet « Etat juste ringard ». Qui, pour une fois, plaide la cause continentale. Car « la tragédie de la France, c’est qu’elle a perdu deux années à zigzaguer entre différentes politiques économiques. Eh bien, c’est la confusion qui a prévalu ! » Et maintenant ? Le président est « nu », constate La Gruyère : « Tenir le cap social-libéral », c’est « probablement » son « dernier pari » avant 2017. « Avec, pour ultime espoir, que le ciel se dégage enfin et que la croissance pointe.» Mais hélas, conclut l’éditorialiste sur cette pirouette météorologique, « ces temps, il ne faut pas trop compter sur le ciel… ».

« Genug ist genug »: « Trop c’est trop », résume pour sa part la Frankfurter Allgemeine : « Montebourg a volé d’échec en échec et en même temps, il n’avait rien de mieux à faire que d’attaquer en permanence la politique de François Hollande – et du gouvernement allemand qui imposerait prétendument un programme d’austérité nocif. » Elle est étonnamment confiante que « sous l’impulsion de Valls, Hollande vient de se donner les conditions nécessaires pour mettre en place avec détermination un véritable programme de réformes ». Il a « une seconde chance » : le Wall Street Journal est aussi d’accord avec cela. Qu’il en profite, car c’est « la dernière », estime le Tages-Anzeiger.

Trublions à venir ?


Et d’ajouter que « les marchés ont réagi positivement », mais « les rebelles de gauche risquent fort de venir jouer les martyrs ou les trublions » : « Gouverner ne va pas devenir plus simple. » Jusqu’ici, en cinq mois, le chef du gouvernement « n’a pas trouvé de recette contre le chômage persistant dans la deuxième économie de l’Eurozone. Et l’assainissement des finances publiques n’avance pas comme prévu », insiste le quotidien viennois Die Presse. Ce qui ne l’empêche pas d’évoquer ce scénario insensé : « Arnaud Montebourg ne cache pas ses ambitions de devenir lui-même un jour président de la République » !

Et pour ce faire, la méthode pour tenter de devenir un jour calife à la place du calife, est « surprenante », juge 24 heures. « Verre de rouge à la main lors d’une fête politico-populaire et propos assassins qui jettent le discrédit sur leur président dans la presse: les deux ministres mutins du gouvernement l’ont joué bravache pour voir ! »

Ce « mal français »

En attendant, revoici ce « mal français, cette manie des ministres de se complaire dans les effets d’annonces qui brouillent la ligne politique et déroutent l’opinion publique, écrit Le Quotidien jurassien. Cette logique institutionnelle risque de conduire François Hollande au crash. En resserrant toujours plus son gouvernement sur des ministres dociles, le président français risque de se priver d’une majorité législative suffisante. […] Le prochain […] pourrait ne devoir la confiance du parlement qu’à un sursaut de la gauche. Une dissolution de l’Assemblée nationale conduirait à des élections qui lamineraient la gauche et lui feraient perdre le pouvoir.»

L’Agefi partage cette analyse : « Vu de Suisse, qui en subit chaque jour les conséquences, quelque chose de fondamental ne fonctionne plus en France ». Mais « depuis longtemps », « il ne s’agit pas non plus d’institutions ». Non, ce qui est incompréhensible « dans l’état économique et social » de la France actuellement, c’est qu’on « se mette tout d’un coup à redessiner ses régions, une bombe politique intérieure pour économiser trois sous ». Ou qu’on « s’en prenne à l’aéroport de Bâle-Mulhouse, entreprise semi-publique et binationale à succès, juste pour prendre le risque de la casser en alourdissant sa fiscalité ».

« C’est Montebourg ou moi ! »

« Maintenant, Manuel Valls va devoir renouveler un gouvernement particulièrement critique contre la politique économique de l’exécutif », renchérit El País, à Madrid. Alors qu’à Bruxelles, Le Soir se délecte de cette rumeur selon laquelle Manuel Valls aurait dit au chef de l’Etat: « C’est Montebourg ou moi ! » Avant de rappeler tous les précédents, très illustratifs, du comportement du ministre de l’Economie. Notamment à propos du dossier industriel de Florange, sur lequel il s’était empoigné avec Jean-Marc Ayrault. Ou concernant Alstom, que le New York Times prend comme exemple d’incompétence.

Et pendant ce temps, chic, Alex Taylor est de retour de vacances, à nouveau aux manettes de son toujours délicieux feuilletage de la presse européenne sur le site de la radio France Inter. Il évoque ce mardi matin toute une série d’« images pittoresques ». Comme celle-ci, du Svenska Dagbladet à Stockholm : « Frankrike är elefanten i eurozonens rum», «les Français sont les éléphants dans le magasin de l’Eurozone ». Ou, celle-ci, d’Eleftherotypia, en Grèce: « le vortex français au milieu de la grande spirale européenne ».

« Railleries sarcastiques »


En Allemagne encore, Die Welt, à droite, titre à la une: « Ça y est! Hollande a échoué.» Elle observe, inquiète, « la France dégringoler à vue d’œil » et se trouve désormais dans un infernal « dilemme ». Quant à la Süddeutsche Zeitung, à gauche, elle « concède que l’heure est grave et que l’économie française est faible à faire peur ». Il faut « la sauver ». Quant à la Neue Zürcher Zeitung, elle « ironise »: « Ce n’est pas tous les jours que l’on voit un ministre de l’Economie critiquer de fond en comble la politique économique de son propre pays, tout en espérant conserver son siège. Pendant ce temps, il y en a une qui jubile, celle qui compte sur l’échec des partis traditionnels, Marine Le Pen.»

« Les railleries sarcastiques ne manquent pas »
, poursuit Taylor. Le Times de Londres demeure inégalé en la matière: « La constance n’aura guère été l’un des traits marquants des deux années du règne pitoyable de François Hollande»: voilà le début de son éditorial, «qui poursuit dans la même veine ». Alors que l’Economist, pourtant loin d’être toujours tendre avec Paris, décèle «un résultat encourageant», en s’exclamant: « For the sake of Europe », « au nom de l’Europe ! » « Il faut trouver quelqu’un capable de mener à bien les réformes structurelles dont la France a si cruellement besoin », dit-il. Il est donc très bien « que François Hollande en finisse avec son aile gauche et adopte une équipe modérée avec ce que le magazine appelle des "sensible economists", des économistes raisonnables ».
Et de relever, ce cher impertinent, que « c’est d’ailleurs le même mot que feu Margaret Thatcher utilisait pour parler des chaussures qu’elle choisissait toujours » : des « sensible shoes ».