La France prend une fessée pour ne pas l'avoir interdite

la France viole donc l’article 17 de <a class="linkInStory" href="http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/socialcharter/default_fr.asp" target="_blank">la Charte sociale européenne</a> dont elle est signataire, qui précise que les Etats parties doivent «protéger les enfants et les adolescents contre la négligence, la violence ou l’exploitation».
la France viole donc l’article 17 de la Charte sociale européenne dont elle est signataire, qui précise que les Etats parties doivent «protéger les enfants et les adolescents contre la négligence, la violence ou l’exploitation».
(DR)

Le Conseil de l’Europe va statuer ce mercredi sur une réclamation d’une ONG britannique. Du coup, le débat est relancé sur les châtiments corporels, dont beaucoup estiment qu’ils sont affaire purement familiale et privée

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Et voilà que l’on reparle de fessée. Mais cette fois, ce n’est pas pour en exalter les vertus supposées érotiques, telles que les évalue le film Cinquante Nuances de Grey . Et ce n’est pas non plus pour répercuter, comme il y a trois semaines, les propos du pape François qui avait déclaré légitime le fait que les parents corrigent ainsi leurs enfants, «à condition de ne pas les blesser dans leur dignité».

Non, c’est parce que, symbolique, «la sanction est tombée», comme l’écrit très joliment Le Monde, qui sort l’affaire: le Conseil de l’Europe «estime, dans une décision qui doit être rendue publique» ce mercredi – sur la base sur une réclamation de l’ONG britannique Approach – que le droit français «ne prévoit pas d’interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels». Est-ce grave? En tout cas, ça fait rire:

Juste après les propos de sa Sainteté, le journal polonais Fakt avait d’ailleurs publié une tribune de la féministe Magdalena Środa. Elle avait fait part de «sa stupeur» dans ce texte déniché par Eurotopics: «Les résultats d’études psychologiques montrent sans équivoque que toute forme de violence ne peut qu’engendrer la violence. Des études sur lesquelles le pape ne s’est pas penché. On ne frappe personne, tout simplement. On ne devrait faire usage de la violence ni en privé, ni en public. Ces paroles sont donc passablement stupides, sortant de la bouche de quelqu’un qui, de toute évidence, n’a pas la moindre idée des effets que la violence, quelle que soit sa forme, peut avoir sur les jeunes.»

Voilà qui tranche sur les paroles habituellement plus lénifiantes sur le pontife qui incarne, depuis qu’il est monté sur le trône de Saint-Pierre, une nouvelle «modernité vaticane»! En attendant, la France viole donc l’article 17 de la Charte sociale européenne dont elle est signataire, qui précise que les Etats parties doivent «protéger les enfants et les adolescents contre la négligence, la violence ou l’exploitation». Remarquez, en Suisse, «on ne fait pas mieux», même si «le contrôle social fonctionne beaucoup mieux», nous rassure Le Matin. Qui titre les deux pages qu’il consacre au sujet – l’occasion était trop belle: «Une claque aux pays fesseurs». Avec une carte intéressante de la problématique sur le continent européen.

«Je ne veux pas passer pour un monstre»

Européen. Car outre-Atlantique, «peu de parents américains osent l’avouer, mais beaucoup usent encore de la traditionnelle déculottée pour mater» les récalcitrants, comme l’avait lu en son temps Courrier international dans le Boston Globe. Témoignage, quand même, de Kevin Cargill, un agent immobilier de 35 ans: «Je ne vais pas mentir, ma femme et moi avons donné des fessées à nos filles et je n’en ai pas honte. Mais je ne le crie pas sur les toits. Je ne veux pas passer pour un monstre.»

En France, la révolte gronde, cependant: elle est très claire dans les commentaires des internautes aux articles consacrés par les différents sites au sujet, à l’instar de BFMTV/RMC: «Quand élever la voix sur ses enfants lorsqu’ils font des bêtises ne suffit plus, vous faites quoi pour leur faire comprendre? En arriver à interdire la fessée est vraiment absurde… L’UE n’a vraiment que cela à faire, faudrait lui rappeler qu’ils ont bien 5 pays en quasi-faillite!» Ou encore: «SUPER, nos députés européens n’ont rien à foutre d’autre que de dépenser l’argent des contribuables pour une affaire purement familiale et privée. BIENTÔT ils vont s’en prendre une bonne, de FESSÉE.»

Le site Terrafemina rappelle, lui, qu’«en 2013, la condamnation d’un père par le tribunal correctionnel de Limoges à une amende de 500 euros pour avoir donné une fessée déculottée à son fils de 9 ans avait fait grand bruit». Et «en novembre dernier, la secrétaire d’Etat à la Famille, Laurence Rossignol», avait annoncé son intention de remettre en cause les châtiments corporels avec ces arguments: «Quand on voit un homme battre sa femme, tout le monde intervient. Si on voit deux adultes qui se battent, on va essayer de les séparer. Si on voit quelqu’un qui martyrise un animal, on va intervenir et, en fin de compte, les seuls êtres vivants que l’on peut frapper sans justifier que l’on puisse intervenir, ce sont les enfants.»

C’est bien vrai, ça! Et la difficulté à illustrer le sujet dans les médias ce jour aura au moins eu la vertu de nous faire un peu revisiter l’histoire de l’art:

Article paru sur le site du journal Le Temps