La Jordanie veut détruire le groupe État islamique

Jordanie représailles
La Jordanie a mené une série de raids aériens contre des positions djihadistes. "Ce n'est véritablement que le début de nos représailles", a déclaré le ministre jordanien des Affaires étrangères. Commentaires de May Vallaud.

Deux jours après la revendication de l'exécution du pilote jordanien Moaz Kassasbé par le groupe Etat islamique, la réponse d'Amman ne s'est pas fait attendre. L'aviation jordanienne a bombardé plusieurs positions djihadistes.

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En ce vendredi de prière, des milliers de Jordaniens ont défilé à Amman, réclamant de venger la mort de leur pilote brûlé vif par le groupe djihadiste État islamique (EI). Elle a été revendiquée dans une vidéo effroyable montrant le pilote enfermé dans une cage en métal, puis brûlé vif à l'essence. Une terrible exécution visant pour l'EI à dissuader ses ennemis arabes et occidentaux de poursuivre leur lutte antijihadistes. Depuis, l'EI a revendiqué l'exécution de huit otages enlevés en Syrie, tué le pilote jordanien, et décapité deux Japonais, trois Américains et deux Britanniques.

Accusés de crimes contre l'humanité et de nettoyage ethnique, l'EI, fort de dizaines de milliers de combattants, a profité de la guerre en Syrie et de l'instabilité en Irak pour s'emparer de larges pans de territoire sur lesquels il impose ses propres lois. Ses atrocités sont à chaque fois condamnées par une communauté internationale horrifiée mais qui, pour le moment, semble incapable de les stopper.

"Nous sommes tous Maaz"

En Jordanie, les manifestants se sont rassemblés devant la mosquée Al-Husseini, dans le centre de la capitale, en arborant des drapeaux jordaniens et des photos du pilote Maaz al-Kassasbeh, tué par le groupe jihadiste après sa capture en décembre suite au crash de son avion en Syrie. "Nous sommes tous Maaz", "Nous sommes tous la Jordanie", "Oui à la punition ! Oui à l'éradication du terrorisme", clamaient des pancartes, en soutien également au roi et à l'armée dans leur lutte antijihadistes.

Représailles

Mercredi 4 février, dans une première mesure de représailles, la Jordanie a pendu deux djihadistes irakiens condamnés à mort, y compris une femme dont la libération avait été réclamée par l'EI. Jeudi 5 février, des dizaines d'avions jordaniens ont mené des frappes contre des camps d'entraînement et des dépôts d'armes de l'EI, dans le cadre de l'opération "Martyr Maaz". Elles "ne sont que le début de notre vengeance pour le meurtre du pilote, selon le chef de la diplomatie Nasser Joudeh. Tout membre de Daech (acronyme en arabe de l'EI, ndlr) est une cible pour nous. Nous les pourchasserons et nous les éradiquerons (...) Nous sommes en première ligne, c'est notre bataille", a ajouté le ministre dont le pays participe aux frappes en Syrie contre l'EI dans le cadre de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. Il a affirmé que son pays avait tenté de sauver le pilote, mais sans fournir d'autres détails.

Le roi Abdallah II s'est rendu chez la famille du pilote pour offrir ses condoléances et a promis une "riposte sévère". Le père du pilote, Safi, a appelé "à détruire l'EI". Pour des analystes, l'atrocité de l'exécution du pilote a poussé l'ensemble des Jordaniens à se ranger derrière leur gouvernement, donnant une "légitimité populaire" à la guerre antijihadistes engagée par le royaume.

Opération terrestre ?

L'armée jordanienne n'a pas précisé le lieu des frappes aériennes, mais elles ont habituellement menées en Syrie voisine, pays en guerre depuis près de quatre ans où la montée en puissance de l'EI a éclipsé la rébellion syrienne contre le régime de Bachar al-Assad. Le chef de la diplomatie Nasser Joudeh est resté évasif sur une possible opération terrestre, soulignant qu'il fallait tenir "compte de nombreux facteurs".

Armer les tribus en Irak

Selon le quotidien Al-Ittihad, organe du gouvernement d'Abou Dhabi, les Emirats arabes unis ont suspendu, après la capture du pilote jordanien, leur participation aux frappes en Syrie en raison du manque de moyens de sauvetage des pilotes et du non-armement des tribus sunnites de la province irakienne d'Al-Anbar pour faire face aux djihadistes.

En réaction, Washington a positionné dans le nord de l'Irak des équipes de sauvetage, pour les rapprocher des zones de bombardements, et faciliter d'éventuelles opérations de secours de pilotes.