La leçon de laïcité de J F Copé aux journalistes européens

Le parti au pouvoir en France, l'Ump, Union pour un mouvement populaire, organise le mardi 5 avril, une convention sur la laïcité en France. Mais pour beaucoup, aux premiers rangs desquels les journalistes européens en poste à Paris, le thème principal de cette rencontre sera la pratique de l'islam en France. En témoigne la rencontre entre les correspondants des plus grands quotidiens européens et le président de l'Ump, Jean François Copé, également député maire de Meaux, une ville de Seine et Marne qui compte une forte composante de population d'origine étrangère. Les questions fusaient, marquant une certaine incompréhension pour un tel débat.

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“Je regarderai attentivement ce qui se passe ailleurs en Europe.“

Jean François Copé, face à la presse européenne, le lundi 4 avril 2011, au siège de l'Ump.
Jean François Copé, face à la presse européenne, le lundi 4 avril 2011, au siège de l'Ump.
Ils étaient une vingtaine, représentant les médias de référence au sein de l'Union européenne, Allemagne, Royaume Uni, Espagne, Belgique, Italie etc., mais aussi hors de la communauté, de Suisse ou de Norvège, à vouloir interpeller l'initiateur du débat sur la laïcité. Partout en Europe, d'un scrutin à l'autre, les mouvements populistes gagnent du terrain, et ils influencent parfois directement le pouvoir comme en Hongrie. En une heure d'un déjeuner rondement mené, Jean-François Copé a dû faire face à une rafale de questions, écho d'un certain étonnement face à une discussion qui apparaît comme très française, et trop induite par les succès électoraux récents du Front national, le parti de l'extrême droite française.

"Demain c'est le grand jour", lance la première Michaela Wiegel, correspondante politique de la très sérieuse Frankfurter Allgemeine Zeitung, l'un des plus importants quotidiens en Allemagne. "Est-ce le début de quelque chose de plus large et de durable ou au contraire le point final à cette discussion ?" Sophie Pedder, en poste à Paris pour The Economist, l'hebdomadaire britannique lu bien au delà des frontières du Royaume Uni, pays du multiculturalisme et du communautarisme par excellence, enchaîne : "Franchement, les prières dans la rue ne se pratiquent en France, que sur quelques voies... Est-ce vraiment une question pour un débat national ?" Ou encore cette question de Joëlle Meskens, pour Le Soir de Bruxelles : "Avez-vous déjà procédé à une évaluation de la loi interdisant le port de la Burqa dans l'espace public (votée en septembre 2010, elle n'entre en vigueur que le 11 avril 2011 - ndlr) ?"

LE SACRO SAINT MODÈLE FRANÇAIS MIS EN DOUTE

"Qui va financer les mosquées ?", demande un confrère espagnol. "Allez-vous accepter les crucifix dans les lieux publics ?", demande un Italien, fort intéressé par ce sujet qui agite les écoles de la péninsule... "Pourquoi continuez-vous à ostraciser le Front national, alors que comme 'chez nous', vous serez sans doute amenés à faire alliance avec lui ?", demande le journaliste suisse du Temps (Genève), pour lequel le Front national français et l'Union démocratique du centre (Udc), victorieuse d'un référendum pour l'interdiction des minarets, sont des formations politiques équivalentes.

Ces interrogations traduisent non seulement un scepticisme vis-à-vis du modèle d'intégration français, fondé sur l'universalisme, mais aussi une certaine méconnaissance de la philosophie législative, héritée de la loi de séparation de l'Église et de l'État, de 1905.

SÉCURITÉ, LAÏCITÉ, IMMIGRATION CONTRÔLÉE

À toutes ces interrogations, le chef du parti conservateur et présidentiel français a répondu en insistant sur les principes qui selon lui fondent le pacte républicain - sécurité, laïcité et immigration contrôlée, trois notions qui semblent aujourd'hui prendre le pas sur la trilogie héritée de la révolution française "Liberté, égalité, fraternité". Il a annoncé l'adoption d'une résolution parlementaire solennelle en 26 propositions, l'institution d'un code de la laïcité rassemblant tous les textes (lois, décrets, jurisprudence), établissant les règles du jeu du vivre ensemble laïc, et une pédagogie tous azimuts pour faire respecter ce code partout - écoles, administrations, entreprises, etc...

"La presse française parisienne a décidé de prendre fait et cause contre ce débat. Mais c'est profondément méconnaître que cette discussion est omniprésente partout dans les régions et les banlieues. Je sais aussi que l'on ne ménage pas les critiques hors de France. Mais, j'ai vécu les mêmes sarcasmes avant le vote de la loi contre le port de la burqa. Or depuis, partout en Europe, en Espagne, en Belgique, par exemple, les élus ont aussi pris des mesures d'interdiction. Alors sur la laïcité et sur les pratiques de l'islam, sur son instrumentalisation par des groupes politiques, je regarderai attentivement ce qui se passera ailleurs, en Europe."

Sylvie Braibant

Laïcité et islam en France : état des lieux sur le débat de l'UMP du 5 avril

Par P. H.
Le débat sur la laïcité et l’islam initié par le président de la république en février dernier fait suite à l’échec, en 2009, de celui sur l’identité nationale. Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, organisera donc le 5 avril une « convention » sur la laïcité et la place de l’Islam en France.

Le site internet de l’UMP justifiait le 4 mars la nécessité d'un débat dans un éditorial du secrétaire général de l'UMP de la façon suivante : « avec le débat sur l’identité nationale, nous avions collectivement fait le constat que notre Nation se fissurait en silence et notamment que la laïcité était mise à mal par les pratiques cultuelles de certains intégristes qui testent la République …un débat sur la laïcité en 2011 ne peut pas faire l’impasse d’une réflexion sur la pratique du culte musulman et sa compatibilité avec les principes de la République ».

Il y aura donc, le 5 avril, un avatar du débat sur l'Islam et la laïcité, devenu « convention sur la laïcité », pour discuter de « la construction et le financement des lieux de culte, les prières de rue, la formation des imams, les patients qui refusent d’être examinés ou soignés par des médecins de l’autre sexe, l’incompatibilité des prescriptions alimentaires - casher ou halal - avec les menus des cantines scolaires, la mixité des cours de sport, la langue utilisée pour les prêches etc. ».