La Malaisie, dernier refuge pour les Rohingyas

Tasmin, 20 ans, est arrivée par bateau le <span><span><span>29 Mars 2015</span></span></span>. Son "mari", Noor Islam, l'a rachetée à un passeur car elle venait du même village que lui dans l'Etat Arakan en Birmanie. Ils partagent un appartement à Ampang, dans la banlieue de Kuala Lumpur, avec un autre couple de Rohingyas.
Tasmin, 20 ans, est arrivée par bateau le 29 Mars 2015. Son "mari", Noor Islam, l'a rachetée à un passeur car elle venait du même village que lui dans l'Etat Arakan en Birmanie. Ils partagent un appartement à Ampang, dans la banlieue de Kuala Lumpur, avec un autre couple de Rohingyas.
©Aurelia Rusek

En mai dernier, après le démantèlement de plusieurs réseaux de trafiquants d’êtres humains et la découverte de camps de détention dans la jungle thaïlandaise et malaisienne, les images de bateaux à la dérive sur la mer d’Andaman, surchargés de migrants du Bangladesh ou de Rohingyas de Birmanie, ont fait le tour du monde.

dans
Les passeurs ont abandonné les embarcations, laissant des enfants, des femmes et des hommes, assoiffés et affamés, à leur propre sort. Et dans un jeu de ping pong stupéfiant, la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie ont repoussé tour à tour les bateaux avant que la pression de la communauté internationale, au bout de plusieurs jours, ne décide enfin ces pays à accueillir provisoirement 4600 « boats people ».

Sans ces terribles images et sans la résonnance de cette réalité avec celle qui se joue en Méditerranée, la crise des migrants d’Asie du Sud-Est serait encore passée inaperçue. Pourtant, cette crise n’est pas nouvelle. Cela fait des années qu’elle existe. Et elle a récemment atteint un niveau de violence et de torture dans l’exploitation des humains à peine imaginable.

Fuir à n’importe quel prix


Sharifa, arrivée à 6 ans en Birmanie.
Sharifa, arrivée à 6 ans en Birmanie.
©Aurelia Rusek
« Nous étions dans un bateau avec plusieurs centaines de personnes. Nous n’avions pas assez de nourriture, pas assez à boire, nous avions du mal à respirer. La nuit les passeurs nous emmenaient sur le pont afin que nous puissions avoir un peu d’air sans se faire remarquer par les autres bateaux ». Sharifa est Rohingya, née dans la petite ville de Buthidaung dans l’état Arakan en Birmanie, tout près de la frontière avec le Bangladesh.

Ce terrible voyage en bateau à l’âge de 4 ans via des passeurs doit la mener avec sa mère, son frère et sa sœur en Malaisie, où la famille doit rejoindre le père, parti trois ans auparavant. Mais en arrivant à Rangoun, la première étape du trajet, sa mère est arrêtée. Les enfants sont alors placés chez une connaissance de la famille dont les intentions se révèlent vite mauvaises : Sharifa est envoyée comme servante à l’âge de 4 ans chez un docteur à Mandalay, la deuxième ville du pays.

Elle ne reverra sa mère que deux ans plus tard, à sa sortie de prison juste avant qu’elle ne soit déportée dans l’état Arakan. Mais la famille veut à tout prix rejoindre la Malaisie, le père depuis Kuala Lumpur a déjà réuni la somme d’argent nécessaire. Il est convenu que chacun des enfants partira seul l’un après l’autre avec les passeurs. Sharifa sera la dernière à partir à l’âge de 6 ans pour la Malaisie. Un voyage en bateau, en bus, en voiture, des jours de marche dans la jungle, des nuits où il faut se cacher dans des immeubles en construction… Un voyage pendant lequel elle sera régulièrement frappée et abusée.

Kuala Lumpur, Malaisie. Près de 46000 Rohingyas sont enregistrés auprès de l'UNHCR, mais officieusement il serait pratiquement 100 000 dans le pays.
Kuala Lumpur, Malaisie. Près de 46000 Rohingyas sont enregistrés auprès de l'UNHCR, mais officieusement il serait pratiquement 100 000 dans le pays.
©Aurelia Rusek
Et puis vient ce jour après plusieurs semaines, où « l’agent », comme elle l’appelle, lui dit que son père l’attend de l’autre côté de la route. « Ce fut un moment indescriptible, c’était la fin du calvaire », confie-t-elle la voix nouée. Sa mère les rejoindra un mois plus tard. La famille est enfin réunie.

C‘était il y 15 ans en l’an 2000. A cette époque, les Rohingyas étaient déjà nombreux à fuir la Birmanie et ses persécutions quotidiennes pour tenter de rejoindre la Malaisie, un pays musulman connu pour être la destination de nombreux réfugiés de Birmanie.

« Quand j’étais jeune il n’y avait aucun problème entre nous (les Rohingyas) et les bouddhistes et les autorités birmanes. Mes parents et moi-même avions de nombreux amis bouddhistes. Mais tout a commence après les évènements de 1988 », explique Hussein, le père de Sharifa. En effet, dans les années 80, les vagues de répression se sont multipliées contre les Rohingyas.

D’abord avec la loi de 1982, qui ne les reconnait plus comme appartenant à une des 135 minorités du pays et leur enlève tout droit de citoyenneté. Puis après la révolte étudiante de 1988, les généraux durcissent leur politique envers les minorités du pays.

Hussein, père de Sharifa arrivée en Malaisie en 1995. Il a été parmi les premiers Rohingyas a obtenir la carte de réfugié de l'UNHCR en 2003.
Hussein, père de Sharifa arrivée en Malaisie en 1995. Il a été parmi les premiers Rohingyas a obtenir la carte de réfugié de l'UNHCR en 2003.
©Aurelia Rusek
« En Birmanie, j’avais un travail, une maison, des terres. Puis le magasin a été fermé, ils nous ont pris nos terres, on ne pouvait plus rien faire. Un de mes amis a été tué, et les autorités ont commencé à arrêter les intellectuels de Buthidaung ». Un jour de 1995, Hussein décide donc de partir, direction la Malaisie, via les filières d’immigration clandestine.

A son arrivée, il vit d’abord avec des proches de sa famille et enchaîne les petits boulots de jardinier ou de vendeur de légumes pour réunir assez d’argent et faire venir sa famille. Et malgré les conditions terribles du voyage et le risque d’êtres tué en chemin, beaucoup préfèrent tenter la traversée. « Je voulais que mes enfants me rejoignent car au moins même si ils leur arrivent quelque chose ici, je pourrai les voir mourir et je serai au courant ce qui n’est pas le cas en Birmanie. »

Aujourd’hui ils sont 9 membres de sa famille à vivre dans un petit appartement aux murs délabrés - deux petites chambres, un salon et une cuisine – à Ampang, une banlieue de Kuala Lumpur. C’est ici que se trouve la plus grande communauté Rohingyas de Malaisie.

Les parents de Sharifa travaillent dans une petite épicerie à cinquante mètres de chez eux. Sharifa, elle, a trouvé un travail de traductrice pour une organisation internationale. Elle a eu la chance d’aller dans une école pour réfugiés supportée par le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies.

Sharifa vit dans cet appartement à Ampang, dans la banlieue de Kuala Lumpur avec 10 membres de sa famille.
Sharifa vit dans cet appartement à Ampang, dans la banlieue de Kuala Lumpur avec 10 membres de sa famille.
©Aurelia Rusek

Les membres de la famille de Sharifa ont été parmi les premières personnes à recevoir la carte de réfugiés des Nations-Unies en 2003, le seul et unique « papier d’identité » qui permet aux Rohingyas d’être tolérés en Malaisie. Car pour le gouvernement malaisien, ce sont des migrants illégaux qui n’ont aucun droit dans le pays.

Leur seule voie parallèle de protection est donc l’UNHCR : « Les autorités reconnaissent que la carte de réfugié délivrée par l’UNHCR empêche les réfugiés d'être arrêtés. De nombreux employeurs même si légalement ils n'ont pas le droit, utilisent ce document comme papier d'identité pour un travail. Cette carte permet aux enfants d'aller dans des écoles privées que nous supportons et enfin elle aide à accéder aux soins de santé moins chers », explique Richard Towle, porte-parole de l’UNHCR en Malaisie.
 

« Près de 100 000 Rohingyas en Malaisie »


Près de 46 000 Rohingyas sont enregistrés comme réfugiés en Malaisie. Mais selon les associations de défense des droits de l’homme, ils sont bien plus sur le territoire. « La Malaisie est l’un des pays les plus tolérants de la région envers les Rohingyas et on estime  à environ 100 000 leur nombre actuellement dans le pays », déclare David Mathieson de Human right Watch.  

Wang Kelian, Malaisie. C'est dans ces montagnes à la frontière avec la Thaïlande que les autorités ont découvert 28 camps de détention pour migrants établis par les trafiquants et 139 tombes.
Wang Kelian, Malaisie. C'est dans ces montagnes à la frontière avec la Thaïlande que les autorités ont découvert 28 camps de détention pour migrants établis par les trafiquants et 139 tombes.
©Aurelia Rusek

Depuis les violences communautaires de juin et Octobre 2012 qui ont fait près de 200 morts et déplacés 140 000 Rohingyas dans des camps autour de la ville de Sittwe en Birmanie, près de 130 000 auraient fuient par la mer selon l’ONU. Un mouvement qui s’accélère : rien que sur les 3 premiers mois de 2015, 25 000 auraient tentés le voyage. Comme ils n’ont aucun droit de se déplacer à plus de quelques kilomètres de leur village, le seul moyen de fuir pour les Rohingyas reste les bateaux des trafiquants.

Lorsqu’ils arrivent en Malaisie – si ils ne sont pas morts en route – la plupart se tourne vers les organisations communautaires qui les aident dans leur démarche d’installation. C’est le cas du Comité de Refugié pour les Rohingyas d’Arakan (RARC), une association qui défend le droit des Rohingyas en Malaisie : « Nous leur fournissons un certificat temporaire d’identification en tant que réfugiés ».
 
Un document qui n’a bien sûr aucune valeur dans le pays. Selon Sadek, qui dirige le RARC, il existe de nombreuses organisations de protection des Rohingyas en Malaisie, souvent créée par une ou deux personnes. Leur trop grand nombre est devenu un frein à leur cause car « il est très difficile de réunir toutes ces organisations ensemble, de les faire avancer en commun ».

"Carte de réfugié Rohingya"
"Carte de réfugié Rohingya"
©Aurelia Rusek





Elles ont notamment des difficultés à communiquer avec l’UNHCR qui craint parfois une exploitation des Rohingyas par ces organisations : « Il existe aujourd’hui tout un trafic autour des cartes de réfugiés, avec des fausses cartes, des vols, des cartes revendus… nous essayons de lutter contre ce phénomène en développant un nouveau système plus rapide et plus efficace », explique Richard Towle, représentant de l’UNHCR en Malaisie.
 

Un vaste réseau de trafiquants


L’exploitation des Rohingyas par des Rohingyas est monnaie courante et commence souvent en Birmanie au tout début du voyage qui doit les mener en Malaisie.  En Arakan, « des passeurs » racolent des jeunes en leur promettant une vie meilleure. Ils les envoient alors sur un bateau au large des côtes, détenu par des trafiquants, en échange de quelques dollars.

Pour Rohingya vision TV, un média basé à Kuala Lumpur qui informe la communauté via internet, la plupart de ces passeurs ne savent pas qu’ils participent à un important trafic d’êtres humains : « Beaucoup se disent qu’ils sauvent des enfants. Ils ne savent que quand ils mettent ces enfants sur les bateaux après ils vont être vendus comme esclave sur des bateaux de pêche, dans des plantations ou détenus dans des camps dans la jungle thaïlandaise ou malaisienne », explique Mohammed Noor, son fondateur.

Wang Kelian, Malaisie. Chemin d'accès dans la montagne qui mène à un des 28 camps de détention.
Wang Kelian, Malaisie. Chemin d'accès dans la montagne qui mène à un des 28 camps de détention.
©Aurelia Rusek
Depuis 2013, Rohingya vision TV essaie de lutter contre ces réseaux en diffusant des vidéos et des témoignages de victimes. « Nous devons les dissuader de venir, nous devons leur montrer que ce n’est pas un voyage facile, que beaucoup sont tués et que les femmes sont violées ».

Après un long voyage en mer généralement jusqu’au sud de la Thaïlande ou au nord de la Malaisie, de nombreux migrants sont détenus dans la jungle dans des camps de fortune jusqu’à ce que la famille puisse payer une rançon pour les délivrer.

C’est ce qui est arrivé à Noor Islam, un Rohingya arrivé il y a 5 ans en Malaisie. Après quinze jours en mer, il a été détenu 6 mois dans un camp au nord du pays à Padang Besar jusqu’à ce qu’un ami paie les 2000 ringits (480 euros) nécessaire à sa libération. Depuis, il vit à Ampang, enchaîne les petits boulots et n’a toujours pas sa carte de réfugié de l’UNHCR malgré des dizaines de demandes.

Il y a 4 mois, il reçoit le coup de fil d’un agent lui proposant d’acheter une fille Rohingya. « Il m’a dit qu’il y avait une jeune fille sur un bateau qui venait du même village que moi – Maungdaw. Il m’a demandé si je voulais la marier et j’ai dit oui. J’ai payé 2500 ringits (plus de 500 euros). »

Noor Islam, arrivé il y 5 ans en Malaisie.
Noor Islam, arrivé il y 5 ans en Malaisie.
©Aurelia Rusek
Et lorsqu’on lui demande pourquoi il a fait ça ? Il répond qu’il voulait simplement la « sauver » et avait envie de se marier. La jeune fille à côté de lui ne semble même pas avoir 18 ans, et ne parle pas un mot de malais. Difficile de savoir si elle est partie d’elle-même de Birmanie, ou si elle a été kidnappée comme c’est le cas de beaucoup de jeunes en Arakan.

« Depuis 6 ou 7 mois de nombreuses personnes ont été kidnappées et envoyées sur de gros bateaux au large. Pour chaque personnes attrapées, les trafiquant reçoivent 15 000 Kyats… Donc on a des gens qui ont été kidnappés et forcés de venir, d'autres dont c'est le choix car ils n'ont plus d'option », explique Mohammed Noor de Rohingyas Vision TV.

Une vaste filière qui ne pourrait se faire sans la participation des autorités locales que ce soit en Birmanie – les autorités laissant partir des bateaux remplis de migrants, ou en Thaïlande et Malaisie. « C’est virtuellement impossible pour les réseaux de trafiquants d’opérer sans l’aide des autorités malaisiennes à un moment, notamment à la frontière avec la Thaïlande, chemin emprunté par la plupart des filières clandestines où des camps ont été trouvés » dénonce David Mathieson de Human Right Watch.

Une frontière poreuse


Barrage de police à Wang Kelian, dans le Nord de la Malaisie, à la frontière<br />
avec la Thaïlande.
Barrage de police à Wang Kelian, dans le Nord de la Malaisie, à la frontière
avec la Thaïlande.
©Aurelia Rusek

Wang Keliang est un petit village situé à 400 m à vol d’oiseau de la frontière thaïlandaise. C’est ici qu’en mai dernier ont été découvert 28 camps de détention cachés dans les montagnes malaisiennes et 139 tombes avec des corps ou des restes humains pouvant appartenir à des Rohingyas ou des Bangladais.

Le premier camp se trouve à moins d’une heure et demi de marche. Selon le ministre de l’intérieur malaisien, « ces camps sont relativement nouveaux (…) les bouteilles en plastique, les toits en bâche montrent qu’ils ont été installés là récemment ». Il nie le fait que certains de ces camps pourraient être là depuis au moins 5 ans comme l’ont supposés journalistes et ONG.

Dans le petit village, les habitants avouent avoir vu plusieurs fois des « migrants » : « Ils venaient à la mosquée et on leur donnait à manger. Ils avaient l'air fatigués, maigres et porter des habits sales et déchirés. Ils avaient l'air effrayés », explique le leader du village, « quand on leur demandait d’où ils venaient, ils nous disaient être musulmans, être Rohingyas ». Et l’Imam du village de poursuivre, « La police en a déjà arrêtés, après la mosquée, ils allaient les chercher dans la jungle ». Pour autant aucun des habitants ne dira avoir connu l’existence de ces camps avant leur découverte.

Mosquée de Wang Kelian, Malaisie. 
Mosquée de Wang Kelian, Malaisie. 
©Aurelia Rusek



Reste que la frontière semble poreuse et est l’objet de tous les trafics. Beaucoup de malaisiens ou de thaïlandais ont des laisser-passer qui leur permettent de franchir le poste frontière sans aucun contrôle. « Il est facile de cacher quelqu’un dans le coffre de sa voiture et de lui faire passer la frontière », avouera le chauffeur qui me sert de traducteur avant de déclarer que lui même l’a fait pendant des années.
 

Le rôle de l’ASEAN


Cage dans laquelle était enfermée les migrants Rohingyas ou Bangladais dans<br />
le camp de détention de Bukit Wang Burma dans le nord de la Malaisie.
Cage dans laquelle était enfermée les migrants Rohingyas ou Bangladais dans
le camp de détention de Bukit Wang Burma dans le nord de la Malaisie.
©Aurelia Rusek

Fin mai après s’être réunis à Bangkok, les pays de l’ASEAN se sont promis de s’entraider dans la lutte contre les filières clandestines. Mais à la demande de la Birmanie - qui y conditionnait sa participation à la réunion - à aucun moment le terme « Rohingyas » n’a été employé par les participants. 

Pour David Mathieson de Human right Watch, « aucun pays n’a évoqué les causes de cette crise qui se trouvent en Birmanie et au Bangladesh. Seuls les réseaux de trafiquants ont été évoqués alors même que ces filières sont le résultat et non la cause de la crise. La réunion de Bangkok était encore une opportunité manquée ». 
Les autorités ont depuis arrêté des officiels de la police ou de l’armée soupçonnés d’être impliqués dans les filières d’immigration clandestine.
 

Noor Islam attend sa carte de réfugié de l'UNHCR.
Noor Islam attend sa carte de réfugié de l'UNHCR.
©Aurelia Rusek

Et un autre meeting organisé à Kuala Lumpur début juillet a conclut à la création d’un fond humanitaire financé à hauteur de 100 000 à 200 000 dollars par Etat membre pour accueillir pendant un an les migrants arrivés en Mai. Une façon de faire partager les coûts de la crise des « boats people » à tous les pays membres de l’ASEAN.

Selon les Nations-unies, il resterait encore 2000 migrants en mer.
 

Réinstallation dans un pays tiers


Sharifa à Ampang, Malaisie.
Sharifa à Ampang, Malaisie.
©Aurelia Rusek

Retour à Ampang. A quelques mètres de l’appartement de Sharifa et de ses parents, vivent ses grands parents avec d’autres membres de la famille – 12 personnes au total. Ils sont âgés d’une cinquantaine d’années et sont arrivés en 2013 - par bateau et par la jungle - juste après les violences de 2012. Malades, ils ne quittent l’appartement que pour aller se faire soigner à la clinique de l’UNHCR ou pour aller à la mosquée. Une existence qui offre bien peu de perspectives. Mais « au moins ici la nuit je peux dormir en sécurité », déclare le grand-père.

Quand à Sharifa et ses parents, ils ont fait une demande de relocalisation dans un pays tiers. « Je suis prête à aller dans n’importe quel pays qui m’acceptera. Ce n’est pas que je n’aime pas la Malaisie, mais je voudrais avoir la possibilité d’avoir une meilleure vie. Et puis j’aimerais obtenir la nationalité d’un pays, avoir enfin des papiers d’identité », explique Sharifa.
 

L'UNHCR à Kuala Lumpur, Malaisie.
L'UNHCR à Kuala Lumpur, Malaisie.
©Aurelia Rusek

Les chances d’être relocalisé pour les Rohingyas dans un autre pays sont très faibles, seul un tout petit nombre d’entre eux l’ont été aux Etats-Unis selon l’UNHCR. « Pour des raisons historiques, communautaires, pour la langue, la religion, et pour le travail, la Malaisie est la destination des Rohingyas. Nous pensons donc que c'est mieux de se concentrer sur les gens qui vivent ici pour qu'ils soient en sécurité. Nous ne serons jamais capable de les relocaliser ailleurs si on ne résout pas le fond du problème des réfugiés en Asie du Sud-Est », conclut Richard Towle.