La Palestine sera-t-elle le 194 ème État membre des Nations unies ?

Mahmoud Abbas, le chef de l'Autorité palestinienne a confirmé son intention de demander l'adhésion de la Palestine aux Nations unies vendredi 23 septembre, lors de l'assemblée générale de l'organisation internationale. Une demande vivement critiquée en Israël, mais aussi aux États-Unis. Mais de plus en plus d'États par le monde s'apprêtent à soutenir cette initiative qui se veut un électrochoc afin de faire un pas décisif vers un vrai État palestinien.

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Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale de la jeune Organisation des Nations unies (ONU) décidait de partager la Palestine en un « Etat juif », un « Etat arabe » et un « régime international particulier » pour Jérusalem.
Mais de la guerre de 1948 ne sortit que le premier, agrandi d'un tiers – Israël partagea avec la Jordanie et l'Egypte les dépouilles du second, mort-né.
Soixante-quatre ans et une dizaine de guerres proche-orientales plus tard, les Nations unies vont-elles reconnaître l'Etat de Palestine?

Sa candidature, sauf surprise de dernière minute, leur sera en tout cas soumise le 23 septembre. Et plus de 130 capitales ont d'ores et déjà annoncé qu'elles voteraient en sa faveur. Dès lors,  trois hypothèses se présentent :


- ou bien la Palestine est reconnue comme 194e Etat membre. Mais cela supposerait l'accord du Conseil de sécurité, où les Etats-Unis menacent d'y opposer leur veto ;

- ou bien elle n'est reconnue que comme Etat observateur, décision que l'Assemblée générale peut prendre seule ;

- ou bien les pressions exercées sur l'Autorité palestinienne l'amènent à se contenter d'une résolution vraisemblablement votée à une écrasante  majorité, mais sans changement de statut.

MODIFIER LES RÈGLES DU JEU

Dans les trois cas, la reconnaissance de l’Etat de Palestine n'apportera évidemment pas d'un coup de baguette magique la paix sur un plateau. Mais elle modifiera la règle du jeu du conflit et de sa solution.

Israël devra négocier avec un Etat reconnu comme lui par la communauté internationale, dans le cadre de l'ONU et sur la base de ses résolutions. C’est dire que la bataille pour les droits du peuple palestinien, inscrits dans le droit international et rendus plus légitimes encore par le vote, bénéficiera d’un véritable tremplin.

Une nouvelle donne pour imposer les frontières de 1967, quitte à ce que les deux Etats négocient des échanges de territoires sur une base d’égalité.
Pour que Jérusalem devienne la capitale des deux Etats. Pour que les soldats et les colons juifs quittent la Cisjordanie. Pour que les réfugiés de 1948 et leurs descendants bénéficient du droit, ou bien à une compensation, ou bien au retour prévu dans la résolution 194 de l’Assemblée générale du 11 décembre 1948, la mise en œuvre de ce principe intangible devant faire l’objet, là encore, d’un accord entre les deux gouvernements.

VERS LA FIN DU DERNIER GRAND CONFLIT DE L'ÈRE DES DÉCOLONISATIONS

Bref, l'admission de l'Etat de Palestine au sein de la communauté des nations pourrait sortir de l'impasse le dernier grand conflit de l'ère des décolonisations.
Ce que ni la mobilisation sans négociation, ni la négociation sans mobilisation n'avaient permis, la combinaison des deux le permettra-t-elle ? Beaucoup dépendra de la capacité des opinions, en particulier française et européennes, à se faire entendre, et avec elles le droit international.

Selon un sondage réalisé par l'IFOP à la mi-septembre, 82% des Français estiment que les Palestiniens ont droit à leur propre Etat et 69% pensent que le moment est venu et que la France doit voter en faveur d’une résolution de l’ONU dans ce sens. En Allemagne, les chiffres sont respectivement de 86% et 71%, et au Royaume-Uni  ils atteignent 71% et 59%...

Les frontières d'Israël en 1967

L'Autorité palestinienne souhaite retrouver les frontières de 1967 en obtenant la reconnaissance d'un État palestinien incluant la Cisjordanie et la bande de Gaza - source Wikicommons
L'Autorité palestinienne souhaite retrouver les frontières de 1967 en obtenant la reconnaissance d'un État palestinien incluant la Cisjordanie et la bande de Gaza - source Wikicommons

La demande d'adhésion des Palestiniens aux Nations-Unies : les pour et les contre

19.09.2011
Au Conseil de Sécurité :

Les États-Unis ont annoncé qu'ils utiliseront leur droit de véto
La France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne (membre non permanent ne disposant pas de droit de véto) ont fait savoir par la voix de la chef de la diplomatie de l'Union Européenne qu'ils attendent de lire le projet de résolution pour se prononcer
La Russie et la Chine apporteront leur soutien à la demande d'adhésion

A l'Assemblée Générale :

La demande de l'Autorité palestinienne pourra compter sur le soutien d'environ 140 États sur les 193 membres.