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La presse algérienne dénonce les couacs d'une opération médiatique

Extrait de la vidéo diffusée par la télévision algérienne.
Extrait de la vidéo diffusée par la télévision algérienne.

Au lendemain de la diffusion des premières images du président Bouteflika, la presse algérienne n'est pas tendre avec le pouvoir. Elle pointe une opération de communication peu convaincante, voire navrante.

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La presse algérienne a enfin obtenu ce qu'elle réclamait : des images du président Abdelaziz Bouteflika qui n'avait plus fait d'intervention publique depuis son hospitalisation pour un accident vasculaire-cérébral, le 27 avril, au Val-de-Grâce en France.

Mercredi soir, la télévision de l'Etat a diffusé en boucle une vidéo de deux minutes montrant un président emmitouflé dans une robe de chambre noire, recevant son Premier ministre Abdelmalek Sellal et le chef d'Etat des armées Ahmed Gaïd Salah, dans une petit salon de l'Insitut militaire des Invalides à Paris. Une opération de communication qui a fait beaucoup parler mais a guère convaincu.



12.06.2013Journal Afrique de TV5MONDE
L'éditorialiste de TV5MONDE, Sliman Zeghidour, analyse les images du président Bouteflika diffusées sur la télévision algérienne.
La presse algérienne dénonce les couacs d'une opération médiatique

« Epuisé », « geste lent »

Pour El Watan, le chef de l'Etat algérien est apparu, « très affaibli » et même « épuisé ». C'est « un homme considérablement diminué par la maladie », constate le quotidien francophone le plus populaire d'Algérie qui note « un échange manifestement éprouvant ».

« Le geste est lent. Le réflexe aussi »
, renchérit Le Soir d'Algérie qui poursuit en décortiquant dans les moindres détails les mouvements de Bouteflika. « Comme lorsque Abdelmalek Sellal lui tendait une petite assiette pour se servir un gâteau. Un geste certainement préparé à dessein, car connaissant la rigueur du protocole présidentiel, même Sellal ne se serait jamais permis une telle "entorse", à plus forte raison dans cette circonstance-là. Or, Bouteflika prend le gâteau, mais pour le déposer d’abord. Avant de se rappeler qu’il fallait, au contraire, s’en servir pour montrer aux Algériens qu’il était encore en possession de toutes ses facultés, comme manger ou prendre son café, tout seul. »

Assis sans voix

Autre signe de faiblesse : jamais le président n'apparaît debout. « Il ne pouvait manifestement pas supporter une telle station, contrairement à 2005, lors de sa première hospitalisation au Val-de Grâce, où on l’avait vu recevoir une équipe de la télé, faire quelques pas, avant de se rasseoir », rappelle le journal Liberté.

Quant à la voix d'Abdelaziz Bouteflika, on ne l'entend pas. Pourtant, selon le communiqué officiel, il a chargé son Premier ministre de « veiller à la bonne prise en charge des préoccupations du citoyen, notamment en cette période de préparatifs du mois sacré du Ramadhan et de la saison estivale » et lui a demandé de « finaliser le projet de loi de finances complémentaire 2013, ainsi que l'ensemble des autres projets de loi, examinés par le gouvernement afin qu'ils soient prêts pour leur adoption au prochain Conseil des ministres ».

L'Expression s'interroge : « Pourquoi n'a-t-on pas entendu un mot, une phrase du président à l'adresse du peuple, au peuple algérien ? Est-il capable de se déplacer ? Souffre-t-il encore de séquelles motrices ? Combien de temps dureront ses séquelles ? Ce sont autant de questionnements même si ces images taisent une fois pour toutes les spéculations hasardeuses. »

« Une opération pour rien »

Résultat, au lieu de rassurer, cette « opération médiatique relance le débat sur [les] capacités [de Bouteflika] à revenir aux commandes du pouvoir », souligne El Watan. Pour L'Expression, sans aucun doute, « le séjour parisien de l’homme se prolongera davantage encore. » « Les autorités algériennes ont adopté une "stratégie" de communication à doses "homéopathiques" », ironise le journal. Le Liberté va jusqu'à dénoncer « une opération pour rien ».« Ces questions et d’autres resteront posées. Elles sont de nature à alimenter les supputations qui iront crescendo », prédit le quotidien.

De cette affaire, El Watan, qui ne manque pas de mordant, en tire deux leçons majeures :
  1. « Dans la communication officielle sur la maladie du président Abdelaziz Bouteflika, à chaque fois que le gouvernement essaie de communiquer, il commet une bourde.»
  2. « Les affaires de l'Etat se traitent à Paris »... et ce plus 50 ans après l'indépendance.

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