La République indienne - Entretien avec Vaiju Naravane

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Vaiju Naravane, journaliste à Paris pour le quotidien indien “The Hindu“



La date du 26 janvier compte t-elle pour les Indiens ?


Tous les ans, le 26 janvier, un immense défilé est organisé suivi par des millions de téléspectateurs. C’est un événement encore plus important que l’indépendance (15 août) qui reste un événement douloureux marqué par la séparation de l’Inde et un massif exode des populations. La proclamation de la République est un moment de très grande fierté pour les Indiens.


La République indienne a t-elle une devise ?

Il n’existe pas de devise officielle comme en France. Mais la République indienne est séculière et égalitaire. Toutes les religions sont sur un même pied d’égalité et les castes ont été officiellement abolies. Il faut aussi noter que, dès l’indépendance, les femmes et les hommes ont voté à égalité, ce qui n’a pas été le cas en France.


Les dernières élections législatives de 2009 ont-elles révélé une démocratie en bonne santé ?

Les machines de vote électroniques ont bien fonctionné. Placées sous haute surveillance, ces élections ont été organisées sur un mois pour permettre à l’armée indienne de se déployer d’un bureau de vote à l’autre. Les médias ont joué un rôle clef. Les journalistes ont dénoncé les scandales, parlé de la corruption. L’Inde est une vraie démocratie. Il n’y a pas eu de coup d’Etat. Certes, Indira Gandhi a décrété l’état d’urgence de 1975 à 1976. Mais, jamais, l’armée s’est emparé du pouvoir. L’alternance politique existe et se fait de manière paisible.

Les Indiens disposent également d’un droit très important qui n’existe pas en France : the Right To Information Act. Tout citoyen a le droit d’accéder à l’information qui porte sur les activités du gouvernement et aux dossiers administratifs. En Inde, un sans papier peut connaître toutes les décisions qui ont été prises à son sujet. Autre outil de la démocratie indienne : la Cours suprême de Justice qui exerce un véritable contre pouvoir en défendant les droits fondamentaux.


On parle en Inde de votes achetés. Qu’en est-il de cette pratique ?

C’est vrai que les hommes politiques achètent des votes. Ils donnent aux pauvres des saris, des sacs de riz. Mais le pauvre est toujours seul dans l’isoloir et peut choisir le candidat de son choix. Ce n’est pas comme en Sicile où la mafia impose aux électeurs le vote qu'ils doivent effectuer. Certes, en Inde, des hommes politiques locaux sont parfois liés à une certaine criminalité, une partie des électeurs sont analphabètes et vivent dans un grande pauvreté. Mais comme dans toute démocratie, les candidats font tout pour influencer les votes des citoyens. Cela fait partie du jeu.


Les attentats de Bombay de 2008 ont-ils influencé ces dernières élections ?

Ces actes de terrorisme n’ont pas eu d’influence. Les partis extrémistes ne sont pas sortis gagnants de ces élections. Le BJP (parti nationaliste hindou) a perdu des sièges et se trouve aujourd’hui en très mauvaise passe.

C’est un grand signe de maturité de la démocratie indienne. Contrairement à ce qui a pu se passer précédemment au cours de l’histoire indienne, ces attentats n’ont provoqué aucune émeute. Les autorités du pays n’ont pas attisé les tensions entre communautés. Elles ont très rapidement dit que ces attentats avaient été planifiés depuis le Pakistan, mettant les musulmans d’Inde hors de cause. Depuis, l’auteur présumé de ces attentats (le seul qui n’a pas été tué) a été arrêté. Son jugement est toujours en cours. En comparaison, le Pakistan n’a jamais jugé un seul terroriste.


Propos recueillis par Camille Sarret.
20 janvier 2010