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À La Réunion, « les mêmes images que les émeutes de 2005 »

Des manifestants à Saint-Denis de La Réunion le 24 février 2012.
Des manifestants à Saint-Denis de La Réunion le 24 février 2012.

Quatrième nuit d’émeutes à la Réunion, « moins intenses mais plus diffuses » selon la préfecture qui avait appelé en renfort des gendarmes de la métropole. À l’origine, une grève des transporteurs contre la hausse du carburant qui s’est étendue au problème plus global de la vie chère. Une réunion de crise s’est tenue vendredi soir, les participants ont négocié des baisses de prix sur l’essence et l’électricité ainsi que sur les produits de première nécessité, sans pour autant mettre fin à la violence sociale que des jeunes déchaînent un peu partout dans l’île.

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« C’est très impressionnant, ce sont les même images que les émeutes de 2005, d’un côté la police et de l’autre des jeunes qui brûlent des voitures et qui caillassent », décrit David Ponchelet, le rédacteur en chef de la radio Réunion première. Le journaliste dépeint des « bandes de gamins de 12, 13, 14 ans » ou encore « des adultes là pour piller qui mettent en première ligne les mineurs ».

Le premier soir, c’est un jeune garçon de 9 ans qui a été interpellé. « Au commissariat, il était prêt à se battre avec les gendarmes », raconte David Ponchelet. Les jeunes se sont d’abord attaqués aux magasins et aux centres commerciaux, « des symboles de grande consommation », mais on a aussi rapporté au journaliste que dans ces magasins « il y’avait des mères de famille et des enfants qui profitaient des pillages ».

Pour lui, deux mouvements semblent se rejoindre « d’une part, un ras-le-bol de la vie chère et d’autre part un phénomène de violence sociale liée au chômage ». Au Chaudron, un quartier de Saint-Denis où le chômage touche 80% des jeunes, les émeutiers ont été particulièrement violents et sont désormais passés à la « deuxième phase en attaquant le centre d’action sociale et une bibliothèque » mercredi.

Les nuits de jeudi et vendredi y ont été plus calmes, la préfecture parle d’une violence moindre, mais « plus diffuse ». vendredi soir, le Port et le Chaudron, épicentres des émeutes ont en effet été le théâtre d’affrontement de moindre intensité, mais d’autres quartiers, plus calmes, ont passé une nuit agitée, notamment dans le sud de l’île, à Saint-Pierre, qui avait été relativement épargnée depuis le début des troubles. Une dizaine de gendarmes et de policiers ont été blessés, quelques commerces ont été vandalisés et des voitures incendiées. En tout, 56 personnes ont été interpellées, portant à 197 le nombre de personnes interpelées en quatre nuits de violences.


Manifestation devant la préfecture de Saint-Denis de la Réunion le 24 février 20.
Manifestation devant la préfecture de Saint-Denis de la Réunion le 24 février 20.
Une réunion de crise

Plus tôt dans la soirée, tous les regards se tournaient vers la préfecture, où se tenait une réunion de crise avec des élus, des associations et des syndicats. Pendant près de six heures, des manifestants se sont regroupés devant le bâtiment dans une ambiance festive. Quand le président de l’Alliance des Réunionnais Contre la Pauvreté est venu leur annoncer une baisse de 8 centimes sur l’essence, un tarif social pour l’électricité et la baisse des prix d’une quarantaine de produits de première nécessité à partir du premier mars, les manifestants n’ont pas accueilli ces nouvelles comme une victoire.

Au contraire, leurs slogans exigeaient la démission du préfet et les manifestants interrogés ont affirmé ne pas croire à ces promesses, de toutes façons, insuffisantes. La réunion de crise n’a pas non plus suffi à endiguer la violence sociale que des jeunes ont continué de déchaîner.

« Il y a forcément quelqu’un derrière »

Antoine Garnier, journaliste de Réunion première assistait à un rassemblement citoyen au Chaudron vendredi 17 février, avant que les émeutes éclatent. « Depuis quelques jours, des gens attisaient la violence, ils allaient voir des jeunes et leurs disaient qu’il fallait tout casser. »

Mardi 21, alors que les transporteurs bloquaient la Société Réunionnaise de Produits Pétroliers (SRPP) qui alimente l’île (et ses aéroports) en essence, la fédération nationale des transports routiers négocie une réunion sur la baisse des carburants avec la préfecture, qui s’est tenue vendredi et a étendu son ordre du jour à la vie chère en général. Forte de cette échéance, la fédération décide alors de mettre fin au blocage, après avoir lancé un « appel solennel à la population de la Réunion » pour qu’elle vienne soutenir les transporteurs. Le soir même, les émeutes commençaient.

En plus de cet appel solennel, Antoine Garnier affirme que plusieurs acteurs du mouvement ont menacé : « vous allez voir, ça va péter ».  Pour lui, cela ne fait donc aucun doute : « il y a forcément quelqu’un derrière ». Cependant, aucun leadership ne semble se détacher de ces émeutes et aucun acteur politique ne tente la moindre récupération.

« Personne ne veut s’adosser ce mouvement là, en même temps, ce désordre arrange beaucoup de gens », conclut Antoine Garnier. David Ponchelet fait échos à ce constat : « nous sommes en pleine période électorale, c’est sûr que certains acteurs ont des arrières pensées ».  À la fin de la réunion qui s’est tenue vendredi soir, les participants ont pourtant lancé un nouvel « appel solennel », au calme cette fois-ci.

Un ras-le-bol citoyen

Sur l’île, les enjeux électoraux sont de taille : 30% de chômage, 60% chez les jeunes et une personne sur deux vit en-dessous du seuil de pauvreté. En marge des violences et dans sud de la Réunion, des rassemblements citoyens ont vu le jour, un phénomène que Sophie Person, journaliste pour Réunion première, n’avait jamais constaté. « A Saint-Pierre, il y a des rassemblements tous les soirs depuis une semaine, et ce n’est pas du tout les même personnes que d’habitude, qui ont l’habitude de manifester ».

Là-bas, le front de mer a en effet offert aux habitants de l’île, au « ras-le-bol » de la vie chère, une tribune naturelle. « La semaine dernière, j’ai vu une jeune mère monter sur un muret et simplement raconter qu’avec deux smic, elle ne s’en sortait plus ». La journaliste précise que la vie est très chère à la Réunion, les produits importés, comme les produits laitiers  régulièrement cités en exemple, passent du simple au double, de la métropole à l’île. 

De quoi occuper les candidats qui devraient s’y croiser la semaine prochaine : après Marine Le Pen (Front national), c’est François Bayrou (Modem), François Hollande (Parti socialiste) et selon quelques échos, Nicolas Sarkozy (UMP) qui devraient faire le déplacement.