La Serbie et le Kosovo signent un accord historique

La Serbie et le Kosovo sont sur le point de clore le dernier conflit des Balkans. Avec l’accord signé hier à Bruxelles, ils acceptent de normaliser leurs relations avec, en ligne de mire, un avenir européen. Un accord difficile à obtenir, mais qui permettra de "cicatriser les blessures", selon Hashim Thaci, Premier ministre du Kosovo.

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Un accord à l'arraché

La Serbie et le Kosovo signent un accord historique

20.04.2013Avec AFP

Une campagne de frappes aériennes de l'Otan, au printemps 1999, a chassé les forces serbes du Kosovo et mis fin à la répression qu'elles menaient contre la guérilla et la population civile. Neuf ans plus tard, appuyé par les Etats-Unis et une majorité des pays de l'Union européenne, Pristina proclamait son indépendance, que Belgrade refuse toujours de reconnaître.


Un accord entre des hommes qui se faisaient la guerre


Ce vendredi 19 avril 2013, la Serbie et le Kosovo sont parvenus à un accord paraphé par des hommes qui, voici encore 14 ans de cela, se faisaient encore la guerre. Aujourd'hui Premier ministre du Kosovo, Hashim Thaçi était le commandant de la guérilla indépendantiste, alors que le chef du gouvernement serbe Ivica Dacic, était le porte-parole de l'ex-homme fort de la Serbie, Slobodan Milosevic, décédé en 2006 dans la prison du TPIY pour l'ex-Yougoslavie, qui le jugeait pour sa responsabilité dans les conflits ayant déchiré les Balkans dans les années 1990. Quant au numéro 2 du gouvernement serbe, le très influent Aleksandar Vucic, il était, lui, ministre de l'Information de Milosevic.


« Un exemple de justice divine »

"Un exemple parfait de justice divine : le Kosovo a été reconnu par ceux qui ont mené la Serbie en guerre", a commenté à l'adresse de MM Dacic et Vucic, le journaliste serbe Daniel Bukumirovic sur sa page Facebook. Ce samedi, le président serbe Tomislav Nikolic - qui pendant la guerre était vice-Premier ministre de Milosevic -, a affirmé que cet accord représente "l'unique solution possible pour garantir une vie en paix" pour les Serbes kosovars. Samedi, la presse kosovare était enthousiaste. "Accord historique" titrait le quotidien Koha Ditore tandis qu'Express y voyait une "nouvelle confirmation que le Kosovo est indépendant, souverain et libre".
A Belgrade, la presse illustrait les divisions de la société serbe sur ce sujet. Si le très sérieux Politika titrait d'un ton neutre "Belgrade et Pristina sont parvenus à un accord", le quotidien Nase Novine affirmait: "Journée noire! Le Kosovo ne nous appartient plus. La Serbie a capitulé devant Bruxelles !". En revanche, Kurir se réjouissait d'une "Victoire de la diplomatie serbe" tandis que, plus pragmatique, Blic exigeait que Bruxelles octroie rapidement à la Serbie une date pour démarrer les négociations d'adhésion à l'Union européenne.


L’enjeu : l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne

C'est cet argument que l'Union Européenne a utilisé pour faire pression sur Belgrade, car sans accord avec Pristina, la Serbie risquait de voir son rapprochement européen reporté sine die. L'accord, dont les 15 points n'ont pas été rendus publics par l'UE, porte sur le degré d'autonomie accordé aux 40 000 Serbes du nord du Kosovo.
Selon une version non-officielle du texte publiée vendredi par le quotidien kosovar Express, les Serbes du Kosovo auraient le droit de nommer le chef de la police régionale, qui agirait néanmoins sous le commandement du ministre de l'Intérieur de Pristina. La communauté serbe serait également responsable de la gestion des tribunaux dans les régions où elle est majoritaire, tout en "fonctionnant au sein des institutions légales du Kosovo", selon le quotidien.


Les Serbes du Kosovo se sentent trahis

L'analyste politique serbe Dragan Bujosevic a fait valoir que désormais "le plus difficile sera de démontrer aux Serbes du Kosovo, que cet accord est dans leur intérêt". Mais, a-t-il assuré, avec cet accord "la guerre a été remplacée par la paix et le passé par l'avenir".
Dans le nord du Kosovo, où les Serbes se sentent trahis par Belgrade, les élus des conseils municipaux de cette région qui échappe au contrôle des autorités de Pristina, ont exigé l'organisation d'un référendum "en Serbie" portant sur "l'acceptation des conditions" de cet accord. M. Thaçi les a néanmoins encouragé samedi "à ne pas avoir peur de l'accord et des institutions du Kosovo" et leur a promis "de nouvelles opportunités pour des investissements, développement, emplois et la création d'un environnement démocratique et multiethnique".

Belgrade et Pristina ont jusqu'à lundi pour confirmer l'accord paraphé, date à laquelle la question sera à l'ordre du jour d'une réunion des ministres des Affaires européennes à Luxembourg.