La Syrie a disparu d’Internet !

Le trafic web de la Syrie est quasiment nul depuis mardi 7 mai 2013 au soir. Une coupure nette qui inquiète sur la possibilité d’une offensive massive du régime syrien contre ses opposants.

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Depuis ce mardi 7 mai, à 18h45 GMT, tout le trafic Web a partir de la Syrie a chuté, à un niveau proche de zéro. C’est ce qu’indiquent les données de transparence fournies par Google, qui rend publiques les interruptions du trafic vers leurs produits et services. Tous sont actuellement inaccessibles aux Syriens. 
Une entreprise de sécurité Web, Umbrella Security Labs, fait le même constat. Son directeur technique, Dan Hubbard a publié un graphique similaire à celui de Google. Il montre que les adresses IP syriennes ne sont plus accessibles depuis 18h48, "il semble que la Syrie ait largement disparu d’Internet" .



Et ce n’est pas la première fois. En novembre 2012, le pays avait déjà été privé d’accès à Internet pendant trois jours. Pour les entreprises de sécurité Web, la nature généralisée de cette coupure ne pouvait venir que du gouvernement syrien, malgré un démenti officiel de son ministre de l’information. 

Une coupure avant l’offensive ?

Quelques heures après la panne, l’armée syrienne avait lancé une offensive majeure pour "sécuriser la route menant à l’aéroport de Damas". Les militants affirmaient alors que ces brusques coupures intervenaient régulièrement avant assauts des troupes gouvernementales.
Le pouvoir syrien a la main sur les fournisseurs d’accès à Internet. Directement, à travers l’Etablissement Syrien des Télécommunications, qui est public et possède 95% du réseau. Indirectement, à travers le deuxième fournisseur d’accès du pays, Syriatel, qui est dirigé par Rami Makhlouf, cousin et ami d’enfance du président Bachar Al-Assad.
Les observateurs syriens craignent que cette nouvelle panne généralisée soit un moyen pour le régime d’empêcher les communications entre ses opposants et de cacher à la communauté internationale une nouvelle offensive.

L’expérience égyptienne

Le premier pays a avoir connu une panne généralisée et délibérée d’Internet est l’Egypte de Moubarak, le 27 janvier 2011. 
Un graphique comme ceux qui indiquent la coupure syrienne montrait l’arrêt quasiment total du trafic Internet de, et vers l’Egypte.
A cette époque, une résistance s’était organisée sur Internet pour rétablir les connexions syriennes. Regroupés autour de cet enjeu, principalement sous la bannière des "Telecomix", des hackers avaient remis en service de vieux modems de fournisseurs d’accès à Internet, des modems RTC. Grace à eux, ils avaient mis en place environ 500 lignes de modems, depuis différentes adresses IP européennes qu’ils transmettaient aux Egyptiens pour qu’ils puissent passer des appels internationaux et accéder à Internet. Ils ont ainsi permis de maintenir un petit canal de communication qui a permis de continuer à savoir ce qui se passait en Egypte. C’est ce que les Telecomix essayent actuellement de reproduire en Syrie.


Opération Syria

Sur tweeter, le hashtag #OpSyria regroupe les informations sur leur progression à rétablir une connection avec la Syrie. "L’opération Syria" n’est d’ailleurs pas nouvelle puisque cela fait plus de deux ans que les Télecomix essayent de sécuriser les communications des Syriens, et de collecter les informations qu’ils diffusent.
Pour ne pas perdre le contact avec eux, les Telecomix ont diffusé des numéros de téléphone d’accès à distance aux fournisseurs d’accès qu’ils mettent en place. Une page (en arabe) circule pour expliquer aux Syriens comment se connecter à Internet grâce à ce sytème. 
En plus de fournir un accès à Internet aux Syriens, les Telecomix s’éforcent de sécuriser leurs connections. La tache est d’autant plus difficile que dans ce blackout total, elles sont très facilement traçables. Leur nuit aura été particulièrement longue, mais l’inquiétude reste focalisée sur la situation syrienne. La manière brutale dont le pays a disparu du réseau est une terrible menace.

Mise à jour, mercredi 8 mai 15h20 GMT : Sur Twitter, "Anonymous" signale la probable reprise de l'internet en Syrie.