La Transnistrie, si près de la Crimée

Le palais du gouvernement à Tiraspol. Au premier plan, la statue de Lénine.
Le palais du gouvernement à Tiraspol. Au premier plan, la statue de Lénine.

Dans une Ukraine en pleine ébullition, la Crimée demande son rattachement à la Russie par référendum. Son cas évoque celui de la petite république voisine de Transnistrie, indépendante de fait depuis 23 ans sous la protection de la Russie. A l'éclatement de l'URSS, sa population en grande partie russophone avait refusé son rattachement à la nouvelle Moldavie roumanophone. Non reconnue internationalement, elle s'est accommodée du statu quo.

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Pied de nez

C'est un pays qui semble sorti d'une bande dessinée. Un demi-million d'habitants sur 4000 kilomètres carrés – la taille d'un petit département français - aux confins de l'Ukraine et de la Moldavie, proche de la mer noire mais sans accès à elle, au nom même incertain : la Transnistrie, dite aussi Pridniestrovie ou République moldave du Dniestr (RMD).

Issue indirectement en 1991 de la décomposition de l'Union soviétique, elle n'est reconnue que par trois États frères eux-mêmes internationalement ignorés (l'Abkhazie, l'Ossetie du Nord et le Haut Karabagh) et pas même officiellement par sa seule véritable protectrice, la Russie. Elle possède pourtant son drapeau et ses armoiries, encore frappés de la faucille et du marteau malgré l'abandon du communisme, sa monnaie – le rouble de Transnistrie – , sa capitale - Tiraspol - , son hymne national, sa constitution, son armée, un parlement (Soviet suprême) et un président, Evgueni Chevtchouk, démocratiquement vainqueur en 1991 d'un Igor Smirnoff, qui dirigea l'entité dans ses vingt premières années.

Née dans la guerre

Char en souvenir de la guerre de 1992 à Tiraspol
Char en souvenir de la guerre de 1992 à Tiraspol

Car malgré quelques traits pittoresques, la Transnistrie n'est pas une principauté d'opérette. Longtemps inclue dans une Ukraine au statut fluctuant, elle est rattachée en 1940 à la République soviétique moldave. Occupée durant la guerre par la Roumanie fasciste, elle devient un lieu de déportation de juifs, de roms et de résistants. Revenue dans le giron soviétique à la libération, elle est fortement industrialisée dans les années 60. Lorsque l'URSS se désagrège à partir de 1989, la Moldavie devient indépendante mais la Transnistrie, pourvue d'une importante population russe ou slavophone refuse de la suivre. Les tensions ethniques se creusent, avivées par la décision moldave d'adopter le roumain comme seule langue officielle.

La « République socialiste soviétique moldave du Dniestr », sécessionniste de la jeune Moldavie, est proclamée le 2 septembre 1990. Elle deviendra rapidement, la chute du communisme et de l'URSS induisant quelques corrections, la « République moldave du Dniestr ». Son indépendance est confirmée par référendum en décembre 1991. Entre-temps, des violences ont éclaté entre l'armée moldave et des milices « russophones ». Chaque camp compte pourtant russophones et roumanophones et le conflit, au delà des clivages apparents, apparaît plus politique qu'ethnique. Après une accalmie, les combats reprennent au début de l'été 92, impliquant cette fois les forces russes de la XIVème armée du légendaire Général Lebed (figure militaire de la guerre d'Afghanistan et politique des années 90, qui décédera accidentellement en 2002). Ils font près de 200 morts. La CEI – Communauté des Etats indépendants, succédant formellement à l'URSS – impose un cessez-le-feu au mois de juillet, une force de maintien de la paix et des pourparlers. Vingt-trois ans plus tard, ces derniers ... n'ont pas encore abouti, malgré de nouveaux efforts sous l’égide notamment de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).

Statu quo

Tiraspol, jour de fête nationale
Tiraspol, jour de fête nationale

Sous Eltsine comme sous Poutine, la position russe va dans le sens d'une intégration de la Transnistrie sous forme de région autonome à la Moldavie à condition que celle-ci demeure bilingue, ne revendique pas sa roumanophonie et maintienne des liens bilatéraux particuliers avec la Russie, ce que la partie moldave refuse. En 2006 un référendum (à la validité contestée par les occidentaux) en Transnistrie confirme à une écrasante majorité le désir de sa population d'être rattachée à la Russie dans le cadre de la CEI. Celle-ci s'offre le luxe paradoxal d'une position bien plus modérée et prudente, s'abstenant même de reconnaître diplomatiquement la petite république. Elle y entretien cependant un consulat, une présence active, et surtout une considérable armée.

L'ex-XIVème armée russe continue d'y stationner, rebaptisée « forces russes en Moldavie » mais toujours aussi dissuasive face à d'éventuelles velléités aventureuses de la partie adverse. Au delà de ce soutien militaire de fait, la Transnistrie bénéficie également d'importants investissements et subventions de Moscou. Résultat en guise de pied-de-nez : après avoir été un lieu de trafic d'armements de l'arsenal soviétique (et en demeurant sans doute un lieu de trafic et de blanchiment), elle est devenue une place industrielle relativement compétitive, dotée de plusieurs entreprises de taille respectable (Tirotex, Sherif). D’État pauvre, militarisé et un peu ridicule, elle est désormais un espace à certains égards plus moderne que sa voisine occidentale moldave pourtant protégée de l'Union européenne. En dépit de son "inexistence internationale", la Transnistrie ne se sort pas si mal de vingt-trois ans de statu quo.


Le cas de la Crimée, un précédent nommé Transnistrie

06.03.2014Les explications de Slimane Zeghidour
Le cas de la Crimée, un précédent nommé Transnistrie


La Transnistrie ou “RMD“

Superficie 4 163 km²

Capitale : Tiraspol

Population : 550 000 habitants

Selon les statistiques de 2005 :
Il y a également des minorités polonaises, notamment dans le nord du pays.


Religion orthodoxe dominante à 90 %



Les armoiries de la Transnistrie
Les armoiries de la Transnistrie