Trêve en Syrie : deuxième journée de calme

Plan turco-russe pour la Syrie
La Russie presse l'ONU d'adopter le plan russo-turc pour la Syrie.
Commentaire : François-Xavier Freland Montage : Astrid Lefebvre

La Syrie connaissait samedi une deuxième journée de calme malgré quelques violations, la Russie espérant obtenir le soutien du Conseil de sécurité à son initiative de trêve censée ouvrir la voie à des négociations pour un règlement du conflit.

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Le cessez-le-feu, dont sont exclus les groupes jihadistes Etat islamique (EI) et Fateh al-Cham, doit être un prélude à des négociations de paix prévues fin janvier au Kazakhstan sous l'égide de Moscou et de Téhéran, parrains du régime, et la Turquie, soutien des rebelles.

Pour le deuxième jour consécutif, "le calme régnait dans la plupart des régions syriennes", en application d'une trêve, la première depuis septembre, entrée en vigueur jeudi à minuit (22H00 GMT), a indiqué le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Seuls "quelques affrontements et des bombardements à l'artillerie du régime ont eu lieu dans la région de Wadi Barada près de Damas et dans la ville de Deraa (sud)", a précisé à l'AFP Rami Abdel Rahmane.

Dix frappes aériennes menées par l'aviation du régime ont également visé Wadi Barada, selon l'OSDH.

C'est dans cette région que se trouve l'une des principales sources d'approvisionnement en eau potable pour les quatre millions d'habitants de la capitale et ses environs. Le régime a accusé les rebelles d'avoir "contaminé au diesel" un réseau d'eau, mais ces derniers ont pointé du doigt l'incurie du pouvoir.

Profitant de l'arrêt des hostilités, les enfants ont repris le chemin de l'école dans la province d'Idleb (nord-ouest), contrôlée par Fateh al-Cham, considéré comme un groupe "terroriste" par Washington et Moscou, et des groupes rebelles qui lui sont alliés.
 

Alliance compliquée

Depuis le début de la trêve, deux civils ont été tués, l'un par un tireur embusqué à Douma près de Damas et l'autre dans un bombardement près de Wadi Barada, où des affrontements se poursuivent depuis plus d'une semaine entre régime et rebelles alliés à Fateh al-Cham.

Comme lors des précédentes trêves en Syrie, qui avaient volé en éclats après quelques jours, l'alliance des groupes rebelles avec Fateh al-Cham (ex-branche d'Al-Qaïda) rend très difficile une application du cessez-le-feu.

Très affaiblis, ces groupes rebelles ne pourront se distancier de leurs compagnons d'armes au Fateh al-Cham, une organisation mieux équipée qui reste un allié de poids dans la bataille contre le régime. Et dans les régions qui restent sous leur contrôle, les rebelles sont alliés à ce groupe jihadiste.

"Il ne faut exclure aucun groupe à Idleb, sinon la trêve va échouer", a affirmé Mohammad, 28 ans, espérant un règlement pacifique de la guerre qui a fait plus de 310 000 morts et des millions de réfugiés depuis mars 2011.

En revanche, l'EI, un redoutable groupe responsable d'attentats sanglants en Syrie et à l'étranger, opère seul dans les régions sous son contrôle dans le Nord et continue d'être la cible de raids de différentes armées de l'air - russe, américaine, turque et syrienne.

Selon le Pentagone, son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, est toujours bien vivant malgré les efforts de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis pour éliminer les chefs jihadistes.
 

"Questions sans réponse"

Pour la première fois depuis le début du conflit, les Etats-Unis, qui appuient l'opposition au régime de Bachar al-Assad et seront dirigés par Donald Trump à partir du 20 janvier, ont été écartés des discussions de cessez-le-feu.

En revanche, c'est la première fois que la Turquie parraine pareil accord après son rapprochement avec Moscou.

La Russie de Vladimir Poutine, qui veut se poser en faiseur de paix après s'être engagée militairement au côté du régime syrien, espère obtenir le soutien du Conseil de sécurité de l'ONU à son initiative.

L'ambassadeur russe à l'ONU Vitali Tchourkine a indiqué avoir soumis un projet de résolution pour "entériner" le plan, en espérant un vote samedi.

Mais certains diplomates restent sceptiques sur un vote rapide. "Nous avons besoin de temps, il faut l'examiner soigneusement", a souligné un diplomate occidental. Il y a encore "beaucoup de questions sans réponse", a noté un autre.

Les négociations que Moscou veut organiser à Astana au Kazakhstan sont prévues fin janvier, a dit M. Tchourkine, avant des discussions intersyriennes que l'ONU a convoquées pour le 8 février à Genève entre régime et opposition.

C'est la répression dans le sang de manifestations réclamant des réformes démocratiques qui a déclenché le conflit en Syrie en mars 2011. La guerre s'est ensuite complexifiée avec l'implication des jihadistes et l'intervention des puissances régionales et internationales.

Rien que pour l'année 2016, près de 60 000 personnes ont ainsi été tuées dans les combats et les bombardements en Syrie, dont 13 617 civils, selon un bilan établi par l'OSDH.