Laos : les droits de l'Homme portés diparus

<span><span>Les forces</span> <span>de sécurité laotiennes</span><span> lors des cérémonies d'indépendance du pays, le</span> <span>vendredi 2</span> <span>décembre 2005,</span> <span>à Vientiane</span><span>,</span> <span>Laos.</span>  </span>
Les forces de sécurité laotiennes lors des cérémonies d'indépendance du pays, le vendredi 2 décembre 2005, à Vientiane, Laos. 
(AP Photo / David Longstreath)

Barack Obama est au Laos pour un sommet régional. La question des droits de l'Homme sera-t-elle abordée à Vientiane, la capitale ?  Il y a tant à dire ! Par exemple, concernant la disparition forcée de Sombath Somphone.

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Barack Obama est le premier président américain à se rendre dans ce pays voisin de la Chine. C'est aussi son dernier sommet. Pourquoi un tel voyage ?  "Compte tenu de l'engagement du président à tendre la main aux pays avec lesquels nous avons eu des histoires compliquées, nous voyons cela comme une réelle opportunité pour faire avancer les relations américano-laotiennes.  C'est un événement véritablement historiquea déclaré, enthousiaste, Josh Earnest, le Secrétaire de la Maison-Blanche.
"Compliquées " ? Disons plutôt "douloureuses".

Le Laos est en effet le pays du monde qui a reçu le plus grand nombre de bombes par habitant, lorsque la guerre du Vietnam a débordé sur son sol de 1964 à 1973. Les Américains bombardaient l'est du territoire laotien pour détruire la piste Hô Chi Minh, principale voie de ravitaillement des communistes nord-vietnamiens.
La guerre terminée, la mort a continué son travail.
80 millions de bombes à fragmentation ont tué ou blessé plus de 20 000 personnes depuis 1973. Le président américain devrait annoncer un financement supplémentaire pour l'élimination des bombes non explosées. 

"Lors de ces événements, les dirigeants définiront des orientations de coopération et discuteront des questions d’intérêt commun" annonce un communiqué officiel.
"Lors de ces événements, les dirigeants définiront des orientations de coopération et discuteront des questions d’intérêt commun" annonce un communiqué officiel.

Ni liberté d'expression, ni liberté religieuse

Mais le Laos, l'un des cinq derniers pays communistes (avec la Chine, le  Vietnam, la Corée du Nord et Cuba), ne tolère aucune opposition. Le "pays du sourire", selon le vieux cliché qui l'accompagne souvent,  provoque surtout des grimaces chez les militants des droits de l'Homme. La libre expression reste interdite. Il y a bien 
<span>Le Laos a accepté en juin 2015  116 des 196 recommandations formulées à l'issue du deuxième Examen périodique universel (EPU) auquel il avait été soumis par l'ONU.  Le pays a indiqué qu'il était en désaccord avec les 80 autres propositions et qui concernaient la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique, ainsi que les défenseurs des droits humains.</span>
Le Laos a accepté en juin 2015  116 des 196 recommandations formulées à l'issue du deuxième Examen périodique universel (EPU) auquel il avait été soumis par l'ONU.  Le pays a indiqué qu'il était en désaccord avec les 80 autres propositions et qui concernaient la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique, ainsi que les défenseurs des droits humains.
(AP Photo / Manish Swarup).

l’article 31 de la Constitution qui stipule que "Les citoyens lao jouissent des libertés d’expression orale et écrite, de réunion, d’association et de manifestation," mais la réalité est toute autre au nom de la "sécurité nationale". Le gouvernement exerce un contrôle total sur les journalistes et les moyens d'information. Idem pour les affaires religieuses. Selon l’article 30 de la Constitution, "les citoyens lao sont libres de pratiquer une religion ou de n’en pratiquer aucune". Mais, une fois encore, dans la pratique, il en va tout autrement. C'est le ministère de l’Intérieur qui encadre et dirige les activités religieuses. Il faut passer par son bon vouloir pour obtenir son agrément et enseigner, par exemple, le christianisme. Le prosélytisme religieux, autre que bouddhique, est interdit. Les contrevenants risquent la prison.

4 ans de prison pour un post sur Facebook

Quant aux minorités ethniques, au nombre de 48 selon les données officielles, elles vivent des persécutions au quotidien et les persécuteurs, souvent des militaires, jouissent d'une impunité inoxydable. Toute publication sur Internet est également soumise à un strict contrôle. Amnesty International précise : "À la suite de l'entrée en vigueur, en 2014, du décret du Premier ministre sur la gestion de l'information circulant sur Internet, au moins deux personnes ont été arrêtées pour des informations mises en ligne.(...) Bounthanh Thammavong, ressortissant polonais d'origine laotienne, a été déclaré coupable en octobre d'avoir critiqué le parti au pouvoir sur Facebook ; il a été condamné à quatre ans et demi d'emprisonnement. Selon une source diplomatique, Bounthanh Thammavong n'a pas pu disposer des services d'un avocat lors de son procès."

Qu'est devenu Sombath Somphone ?

L'un des cas les plus emblématiques concernant ces innombrables atteintes aux droits de l'Homme est celui de Sombath Somphone. Ce fondateur d’une ONG de soutien aux paysans (le Padetc), lauréat en 2005 du prix Ramon Magsaysay, a été enlevé devant un poste de police de Vientiane en décembre 2012.
Il existe des images de cet enlèvement (vers 7'10) :

Pour le journal Libération, Ng Shui-Meng, sa femme, explique les événements : "Nous rentrions ensemble à la maison pour aller dîner, raconte-t-elle. Je roulais en voiture devant lui, Sombath me suivait en Jeep quand il s’est fait arrêter à un poste de police du district de Sisattanak (le quartier sécurisé des ambassades et des lieux de pouvoir, ndlr). Il n’est jamais revenu et nous n’avons jamais retrouvé sa voiture."
Les images, données discrètement  par un policier, corroborent la version des faits. Après avoir garé sa Jeep devant le commissariat, le directeur de l'ONG descend puis, quelques temps après, une autre personne prend sa voiture et ensuite un 4x4 blanc vient chercher trois personnes, dont Sombath Somphone.

Sombath Somphone, leader militant des droits civiques disparu en le 15 décembre 2012.
Sombath Somphone, leader militant des droits civiques disparu en le 15 décembre 2012.
(AP photo)

En décembre 2015, Amnesty International ne mâchait pas ses mots concernant cette affaire : " La disparition de Sombath Somphone est une tache sombre sur le bilan du Laos en termes de droits humains. Les autorités laotiennes affirment enquêter sur ce crime, mais c'est un mensonge : elles se contentent d’éluder les questions et s'efforcent d'étouffer les tentatives de la société civile de relancer l'affaire"  déclarait Champa Patel, directrice du Bureau régional Asie du Sud-Est et Pacifique.
Ng Shui-Meng, la femme de Sombath Somphone, espère que le président américain évoquera la disparition de son mari lors du sommet
de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Un espoir fragile. Selon l'agenda prévu, les thèmes qui seront abordés concernent le développement économique de la région et le renforcement du partenariat transpacifique.
Pas des sujets qui fâchent.