Le 11 septembre vu d'Athènes

Il y a 10 ans, le 11 septembre 2001, Alexia Kefalas, journaliste grecque au quotidien Kathimerini, est restée quatre heures dans un bistrot les yeux rivés sur le poste de télévision. Elle raconte. 

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Le jour où j’ai découvert la télé-réalité

Le 11 septembre 2001, un mardi, je sortais de mes derniers examens de rattrapage de droit social. Mon portable affichait pour la première fois quatorze appels en absence. En écoutant ma messagerie, je suis entrée dans un bistro de la rue Soufflot, et je n’en suis sortie que quatre heures plus tard. Tout le monde avait les yeux rivés sur un petit poste de télévision perché en face du comptoir. Les mots manquaient aux clients attablés, appelant tous leurs amis pour passer le message, aux journalistes aussi, qui en direct, peinaient à décrire la scène. Comme eux, j’étais happée par ces images qui se passaient de commentaires. Je vivais au rythme de la tragédie en tentant d’identifier chaque instant.

Le monde entier a bien évidemment changé, avant tout celui du journalisme et en particulier le rôle de la télévision. L’actualité, l’événement, la tragédie, se vivent en direct, les cris, les premières réactions, et même la peur sont devenus accessibles au grand public. Les auditeurs et téléspectateurs exigent depuis d’aller au-delà du récit, ils veulent vivre l’évènement grâce à l’image.  Les rédactions demandent plus de sujets « concertants » pour impliquer au maximum le spectateur, quitte à mettre la vie des journalistes en danger. Toujours plus loin, plus haut en oubliant parfois l’humain. 

DECLIN

Cela a modifié le destin de la planète malheureusement. Le 11 septembre 2001 a marqué le début d’une nouvelle ère, et de facto la fin d’un cycle. Pour certains, le déclin des sociétés a commencé à cette date. Pour d’autres, c’est au contraire le siècle des grandes vérités qui s’est ouvert.

Une chose est sûre, depuis cette tragédie, tout a été très vite et ça continue : les révolutions informatiques, sociales, sociétales, ou les guerres économiques, militaires ou d’intelligence. La violence des images des deux tours de l’époque se retrouve chaque jour. Il faut chercher l’ennemi partout pour se venger…Tout cela est bien triste mais bien réel.

Aujourd’hui, celui qui assassinera un chef d’Etat qui mène des mesures de rigueur dans son pays sera un héros, au même titre que celui qui exterminera ou chassera un dictateur, mais est-ce la solution aux maux de ce monde post 110901 ?