Le 11 septembre vu de Beyrouth

Il y a 10 ans, le 11 septembre 2001, Joumana Haddad, écrivaine libanaise, a eu besoin de quelques secondes pour comprendre ce qui se passait là-bas, à New York. Chez elle à Beyrouth, les images qui défilaient sur sa télé lui paraissaient irréelles. Elle se souvient...

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J’étais à la maison. Un ami m’a appelée et m’a dit d’ouvrir la télé. Ce que j’y ai vu était surréel. Impossible même. J’ai eu besoin de quelques secondes pour comprendre ce qui se passait. La première chose que j’ai faite fut d’appeler mon frère, qui vivait à Manhattan à cette période-là. Il était en état de choc, évidemment, mais heureusement.

Ce qui m’a le plus frappé, ce que je ne pourrai jamais oublier, c’est l’image des gens qui se jetaient des fenêtres. Devoir choisir entre deux morts, quoi de plus brutal ?

ARABE, UNE NOUVELLE ACCUSATION

Cela a beaucoup changé mon monde. Je suis devenue « l’ennemi », et plein d’étiquettes sont venues s’ajouter à mon identité, des jugements à priori : nous sommes des terroristes, intégristes, malintentionnés, criminels, tueurs d’innocents, etc. Coupables jusqu'à preuve contraire. Être arabe est devenu une accusation dont on doit se défendre.

Mon fils de 19 ans vient de rentrer d’un voyage de vacances a l’étranger, et il m’a avoué n’avoir parlé qu’en anglais ou français, et avoir caché sa vraie nationalité, par peur d’être mal reçu dans les différents endroits où il allait. Ca, c’est du terrorisme aussi. C’est du terrorisme par excellence.

Cela a-t-il modifié la physionomie ou le destin de la planète ?  Irréversiblement. Comme un séisme. Et la fissure profonde qu’il a laissée, et qui désormais divise le monde en blanc et noir, entre « bons » et « méchants », me paraît irréparable.