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Le 11 septembre vu de Tirana

Alors qu'il avait plutôt l'habitude de parler de l'avenir de la démocratie avec ses amis, ce soir-là le 11 septembre 2011, Ilir Yzeiri, journaliste albanais et professeur à l’Université de Tirana, n'avait qu'un sujet en tête : les attaques terroristes qui venaient de frapper les Etats-Unis.

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Chez nous, en Albanie c’était presque  15 heures  et c’était juste le moment d’après le déjeuner. Moi et ma femme nous étions devant la télé avec la télécommande à la main en naviguant sur les chaines quand, soudain,  ma femme s’est écriée : «  Ilir vient ! Voila, ouah ! Qu’est que c’est  ça ? Non. Ah ! »

De leurs chambre arrivent me deux fils, Bledi et Erenik. Et le reste c’était le deuxième avion qui avait percuté la deuxième du tour jumelle.  Comme tout le monde, on a suivi en direct les attaques les plus terribles de tout les temps. On  a continué de suivre en direct l’effondrement des deux tours, puis on a vu tout. Un jour qui ne s’oubliera jamais. L’image de celui qui se jette en plein air me fait encore une impression choquante.

Je me souviens que vers 19 heures je suis sorti de chez moi et j’ai parcouru sans être conscient notre grand boulevard. J’ai rencontré mon ami Aurel le directeur de notre bibliothèque nationale et on est resté sans parler comme si la place de notre capitale était pleine de cadavres.

On a senti que quelque chose de grave s’était produit, que le destin de notre planète a changé. Mais ce jour-là on a senti la douleur pour les victimes, pour tant de victimes. On a senti une douleur profonde et  une grande douleur pour les Américains et les autres tués.

Jusqu’alors on avait l’habitude de discuter de la démocratie. Sorti d’une des dictatures le plus féroce de l’Europe, on a pris l’habitude de voir le monde divisé en deux, à savoir communiste et démocratie. Pour nous les Albanais, le débout du XXI siècle avait commencé par une autre tragédie. Les images des kosovars expulsés et chassés de leur terre par les militaires serbes de Milosevic  étaient encore dans nos yeux. En même temps que l’image du président Clinton qui a signé avec le criminel des Balkans Milosevic et puis le bombardement sur  Belgrade des forces de l’OTAN et encore la liberté du Kosovo.

Dans l’imagerie collective albanaise la figure de l’Américain, c’est celui qui porte la démocratie et qui sauvegarde la liberté. Après le bombardement de l’OTAN sur Belgrade, on a eu l’impression que les dictateurs doivent faire les contes avec la force de la démocratie. Mais bref, tout ça s’est effondré. Une autre formation est apparue devant tout le monde. On a senti de parler de terrorisme et des organisations criminels qui ont dressé les armes sur un des démocraties le plus consolidé du monde. On eu l’impression que tous les investissements faits pour protéger la liberté et la souveraineté  avaient faits en vain. Comment est-il possible d’attaquer le cœur de la puissance mondiale ? C’était un jour tragique.

La fin du siècle passé avait terminé avec la chute de la dictature des pays de l’Est. Le symbole du Mur de Berlin qui avait divisé deux mondes n’existait plus. Puis a eu lieu la tragédie des Balkans. L’image de Srebrenica et de Sarajevo, la lutte terrible en ex-Yougoslavie, les musulmans de Bosnie tués par  les militaires de Mladic devant les casques bleus. Puis la fin du conflit et Milosevic au Tribunal de  La Haye. On a eu l’impression que le monde est mis en règle, que la démocratie fonctionne, que le monde a su profiter des tragédies et  a construit des mécanismes pour que les conflits ne se répètent pas. Mais non.

Le 11 septembre a tout changé. L’équilibre politique et tous les autres équilibres se sont détruits. L’ennemi maintenant est invisible et il se trouve partout. Un nom se répète partout et toujours. C’est Ben Laden. C’est grâce à lui que tout le monde est devenu un grande Big Brother avec la télé-caméra partout, sans oublier la guerre en Afghanistan et en Irak.

Dix ans plus tard, le monde n’est plus comme il a été. Le synonyme de notre existence s’est le mot « crise ». Les frontières presque n’existent plus. Le printemps arabes et les révolutions démocratiques  ont complété  la figure tragique de notre planète. Le 11 septembre a changé la manière de penser, notre philosophie de vie. Qui croire maintenant ? Les démocraties se sentent malade.

Les pays en voie de développement avec une démocratie fragile sont envahis par des politiciens corrompus. Le jour où les dictateurs avaient peur et n’osaient pas tuer et voler leur peuple n’existe plus. Même Les Etats-Unis risquent de s’effondrer par leur dette publique. Personne n’avait imaginé que la Chine communiste deviendra un jour la puissance mondiale sans réaliser ni démocratie ni la liberté de la parole. Alors qui devrons-nous croire ? Où est notre modèle  à suivre ? C’est ça la tragédie qu’a produite le 11 septembre, on a perdu le modèle de notre existence...