“Le 8 mars ? Mais chez Terriennes, c'est tous les jours ! “

Isabelle Mourgère, journaliste-présentatrice de “Terriennes“ et Sylvie Braibant, fondatrice et rédactrice en chef de “Terriennes“
Isabelle Mourgère, journaliste-présentatrice de “Terriennes“ et Sylvie Braibant, fondatrice et rédactrice en chef de “Terriennes“

8 mars, Journée mondiale de la femme ! Terriennes montre les réalités des femmes sur tous les continents en privilégiant l'espace francophone. Depuis mai 2011, avec son précieux réseau de correspondants, l'équipe rédactionnelle évoque, chaque jour, la situation des femmes avec pertinence et... impertinence.
Terriennes, avec ses portraits, ses témoignages et ses dossiers est désormais un site de référence. Notoriété oblige, cet espace d'échanges, unique sur le web, connaît aujourd'hui une déclinaison à l'antenne au sein du "64', le monde en Français", le grand rendez-vous de l'information de TV5MONDE.
Rencontre avec Sylvie Braibant, fondatrice du site et rédactrice en chef.

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Qu'est-ce qui a engendré la naissance de Terriennes ?

C'est une double envie, avec Marie-Christine Saragosse, qui était à l'époque Directrice Générale de TV5Monde. Le mot "féminisme" ne nous faisait pas peur. On trouvait que la présence des femmes dans les médias était fort peu importante et qu'il fallait la valoriser. Il s'agissait de rendre plus visible les questions et les paroles de femmes. Pas seulement pour dénoncer, mais aussi pour valoriser, donner à entendre la voix des femmes. Peu de femmes étaient présentes comme expertes, mais plutôt comme témoins, en particulier dans les médias audiovisuels. Et donc nous avons décidé de créer Terriennes, qui est aussi, je le précise, un site d'information.

8 mars, Journée mondiale des femmes...

Oui, mais sur Terriennes, c'est le 8 mars tous les jours ! (rires) En fait, ce jour du 8 mars, on ne devrait pas parler des femmes puisque nous en parlons toute l'année !

Forum des femmes francophones de Kinshasa.
Forum des femmes francophones de Kinshasa.
Ce sont souvent des sujets durs, douloureux, on y parle de viols, d'excisions, de proxénétisme..

Ah non ! Je ne suis pas d'accord. Au départ, lors de la campagne qui lançait Terriennes, on inversait les slogans. Par exemple : "Il y a 90% des pays dans le monde qui sont gouvernés par des hommes". Cela donnait : "90% des pays dans le monde sont gouvernés par des femmes". On voulait s'amuser. L'arme de l'humour est très importante pour nous. Bien entendu, on continuera de dénoncer la non-parité en politique, les violences contre les femmes, etc. Mais le parti-pris, c'était aussi de promouvoir ce que faisait les femmes, leurs expériences joyeuses. On parle beaucoup de sport, d'art, de peintres, d'écrivaines, de sculptrices. Nous faisons très attention à ne pas faire quelques chose de "victimaire", comme on dit.

Qui sont les contributeurs ?

C'est un réseau dans le monde entier, un réseau d'hommes et de femmes qui nous proposent des sujets, mais ce sont aussi les journalistes de la rédaction web et antenne de TV5MONDE et les rédactions-partenaires de la chaine (RTS, RTBF, France-Télévisions, Radio-Canada). Au moment où l'on se parle, je viens de mettre en ligne un papier sur la réhabilitation d'une écrivaine brésilienne qui a été censurée du temps de la dictature parce que dérangeante, homosexuelle, qui devait écrire sous un pseudonyme masculin, eh bien cela, c'est un papier Terriennes !

avec Sémiramis Ide, journaliste de Terriennes
avec Sémiramis Ide, journaliste de Terriennes

Au delà des continents, il y a des préoccupations qui se rejoignent ?
 
Ce qui se rejoint, ce sont les violences. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a quand même érigé les violences contre les femmes en "pandémie planétaire", c'est dire... Aucun pays, malheureusement, n'échappe à ça. Les questions autour des femmes ne sont pas les mêmes dans le bassin méditerranéen que, par exemple, en Amérique du Nord. Ce qui est commun, ce sont les violences, les discriminations, et puis les moyens de s'en sortir sont différents selon les lieux et les continents.

"Terriennes" offre une photographie à peu près exacte de la condition des femmes ?

C'est plus un reflet qu'une photographie. Mais aucun pays, je pense, n'a échappé à la vigilance des équipes de Terriennes, y compris l'Australie et la Nouvelle Zélande !

Les réactions des internautes sont assez vives. Il y a une vraie sensibilité de leur part..

Parce qu'il y a une communauté sur les réseaux sociaux et que beaucoup d'hommes et de femmes se retrouvent sur ces questions-là. Ils ont envie d'en discuter. Ce qui fait le plus réagir les internautes, ce sont les questions de religion et les questions d'homosexualité.

Il y a, de par le monde, des femmes qui se battent avec courage, qui  existent, qui résistent et qui, pourtant, ne bénéficient pas de toute la lumière médiatique qu'elles mériteraient. Pourquoi ?

Il y a un exemple que je prends toujours, c'est celui de cette femme extraordinaire, mère de famille, qui a perdu son mari et qui est devenue la première femme chauffeure de taxi...  au Pakistan ! Et ce genre de personne, au sein de Terriennes, nous avons envie de leur donner une vraie visibilité parce que leur exemple peut amener d'autres femmes à se dire "ah ben tiens, on peut quand même faire des choses..." J'ajoute que le site bénéficie d'une traduction en arabe. C'est le résultat de notre partenariat avec Monte Carlo Doualiya, qui traduit certains articles sur son site.