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Tout le monde il est Bio ? Pas vraiment

(Thinkstock photo)

En France et en Belgique, le Bio fait son chemin mais il reste encore trop cher pour de très nombreux ménages. Malgré l'offensive des grandes enseignes.

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Le bio pour tous ? Un souhait, un objectif, un fantasme.  La réalité commande. La nourriture exempte de pesticide se trouve d'abord à la table des nantis.

Selon les chiffres publiés en mai par l’Agence Bio, pour l'année 2015,
64 % des cadres disent avoir acheté des produits bio au cours du mois écoulé, contre 36 % des ouvriers.
Une enquête du commissariat général au développement durable (CGDD)  sur les pratiques environnementales des Français réalisée  auprès de 4 258 ménages évoque cet écart social dans la consommation bio : 35 % des ménages gagnant plus de 3 000 euros par mois déclarent acheter fréquemment du bio, contre 24 % des ménages à moins de 1 400 euros.
 

2 kilos de pesticides chaque seconde


Parmi les produits les plus prisés par les consommateurs français , on trouve les oeufs ( 20 % de la vente) et le lait (12 %). L'année dernière, la consommation des fruits et légumes bio a bondi de 24 %.
Rendement moins élevé, coût des contrôles et de la certification, techniques des cultures différentes,  les prix des produits bio sont souvent plus élevés de 20 % à 30 % plus cher que leurs homologues non bio.
Rappelons que plus de 66.600 tonnes pesticides sont utilisées en France chaque année dans les cultures agricoles (90%) ou horticoles (10%). Cela représente plus de 2 kilos de pesticides (fongicides, herbicides et insecticides phytosanitaires) chaque seconde !
Le Bio en France :
- 1 375 328 hectares soit 5,12 % des surfaces agricoles.
- Il représente 10 % des emplois agricoles français dans 28 884 exploitations

Bruxelles, capitale bio


Même engouement pro-bio en Belgique.
Les produits alimentaires (ou non) étiquetés bio ont connu l'an dernier une hausse des ventes de  18%, pour atteindre 514 millions d'euros. Cette fois encore,  ce sont les familles aisées avec enfants et les retraités fortunés qui sont les plus gros consommateurs.
Selon un bureau d’étude GfK, on ne mange pas bio partout pareillement dans le royaume.  Bruxelles est de loin la Région dans laquelle cette augmentation est la plus notable (+47%, contre +11% en Flandre et +18% en Wallonie).
Proportionnellement à l’ensemble de leurs dépenses, les personnes isolées de plus de 40 ans sont celles qui en consacrent la plus grande part à l’achat de nourriture bio (4%), à l’inverse des familles avec enfants à faibles revenus (1%).

(capture d'écran)

Carrefour,  Leclerc et Auchan, vers le vert

Et cela fait tout de même beaucoup de monde. Et l'enseigne Carrefour, mastodonte mondial de la grande distribution,  est bien décidée à conquérir cette clientèle souvent aisée, tout en faisant table rase de la concurrence.  Ses publicités affirment ainsi que l'enseigne est le premier distributeur généraliste de produits bio en France. Elle entend multiplier ses points de vente bio, à l'image de son premier magasin parisien 100% dédié au BIO ouvert il y a peu dans le 12ème  arrondissement.
Biocoop ou Naturalia n'ont qu'a bien se tenir et les autres enseignes, comme Auchan ou Leclerc, développent à vitesse grand V  des rayons bio avec, désormais, leurs propres gammes de produits.
Bio, le mot magique ! Après les pâtes, les oeufs, le lait, la viande, le vin, un nouveau produit arrive et tente de pénétrer ce marché : le whisky ! Elaboré dans le Domaine des Hautes Glaces (Alpes françaises) l'alcool est issu d'une distillerie "qui cultive et transforme ses propres céréales" et, selon la publicité en ligne, ses productions  "sont entièrement certifiées en agriculture biologique". La distillerie se flatte même d'utiliser  comme source principale d'énergie, "des énergies renouvelables et locale".
Marché de niche, marché de riche. Boire sans culpabiliser, il fallait y penser.