Le blog planétaire - Le mur vu d'ailleurs, des murs ailleurs

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Des blogueurs des quatre coins du monde commentent en direct l'anniversaire de la chute du mur de Berlin, les 8 et 9 novembre.

L'équilibre de la terreur c'est fini. Reste la terreur de l'équilibre

par Ghania Mouffok - 10/11/2009 - 10 h GMT - d'Alger

L’Allemagne ? C’est où ? C’est à la télévision, j’ai revu la tête de Lech Walesa pendant que sur mon ordinateur, Brigitte Fontaine chante pour moi, à tue-tête, « la propriété c’est le vol », « bientôt amour et poésie seront interdits par tous ces maudits ». J’ai vu le mur tomber en théorie des dominos, symbole de quoi ? L’effet papillon, quand le mur tombe, la Yougoslavie explose dans une horrible guerre, l’URSS s’effondre et massacre en Tchétchénie, l’Afghanistan se pulvérise, l’Irak retourne au moyen-âge, les Palestiniens se font massacrer, l’Algérie est en rouge et noir et j’en oublie.

L’équilibre de la terreur, c’est fini, reste la terreur de l’équilibre. Je ne regrette ni le KGB, ni la Stasi, ni la Securitate, et j’imagine que pour les Allemands, c’est une grande émotion, un grand retour sur l’Histoire, Dorothea Hahn sur TV5 se rappelle que cette nuit là, la nuit de la chute, elle dormait, elle n’y croyait pas, elle dit « on avait appris à vivre avec » et on ne voulait pas le voir, ce mur. Nous aussi, on ne le voyait pas, parce qu’on était en plein dedans et nous n’en sommes pas sortis, on y est toujours derrière le mur.

Le mur des dictatures silencieuses puisqu’il n’y a plus de mur, le mur de la guerre froide entre l’impérialisme et le socialisme. Idéologie honnie, le communisme, l’ennemi à abattre, avec les restes de mur on s’arrangera et laissons les barbares se débrouiller avec leur hijeb, leur djihad, leurs armées de bâtons et de boucliers. Mes résistances ont perdu leur utopie mais elles demeurent dans une écrasante solitude, qui se souvient de la Démocratie, de la Liberté, de la Justice, de l’Egalité ?

En même temps que j’écris ces mots, comment ne pas me sentir ridicule ? Je suis ridicule. Nous sommes en novembre, date du déclenchement de la guerre de libération nationale, le 1er novembre 1954, et mon fils chante à longueur de journée, Kassaman, l’hymne national algérien au programme sur sa petite tête, il chante « de nos montagnes monte la voix des hommes libres » et je l’accompagne de mon mur de questions. Après Kassaman, il apprendra sa leçon à la gloire de la police, si, si c’est vrai, la leçon dit que la police a un sifflet et que de ses signes elle protège la rue pendant que les individus comme la communauté s’écrasent dans un magnifique respect.

C’est au programme de la deuxième année de l’école primaire. Les enseignants sont en grève pour de tristes histoires de salaires minables et la justice vient de déclarer à l’unanimité plus une voix que leur grève est illégale. Bientôt, la police mettra de l’ordre dans la rue et j’accompagnerai mon fils aux portes de l’école, lui dirai-je que la police n’est pas notre amie ou me contenterais-je de lui acheter des Géox, « la chaussure qui respire » désormais en vente sur le marché ? Dictature et marché, à l’image de la Chine dont nous pouvons désormais même apprendre la langue à Alger.

Aussi, ne m’en voulez pas si, au fond, pour moi, l’Allemagne c’est encore loin.

Ghania Mouffok est journaliste et écrivaine à Alger

Salade à la Macédoine

par Alexia Kefalas - 10/11/2009 - 9 h GMT - de Grèce

Plus que le 9 novembre, dont je n’ai pas de souvenir précis, c’est l’année 1989 qui aura été marquante pour moi. J’ai, en effet, ouvert les yeux sur deux notions. La division des mondes tout d’abord ; une donnée immuable pour les adultes mais assez vague pour moi. Certains voyaient l’Est comme un eldorado, d’autres comme l’enfer… chacun avait sa propre conviction politique et les repas de famille se transformaient en agora antique, il fallait avoir de la voix pour se faire entendre...

Cette même année, j’ai découvert le terme « communisme », très à la mode chez les Grecs. Et pour cause, pour la première fois en Grèce, en juin 89, la droite (qui avait remporté les législatives mais sans majorité) avait signé un accord historique avec la coalition de gauche pour pouvoir gouverner pendant trois mois. Au sein du parti communiste, les débats houleux, entre ceux qui voulaient suivre la ligne de Gorbatchev et les autres, ont mené à la division du parti, un an plus tard.

Avec du recul, j’ai pu analyser l’importance de la chute de ce mur pour la Grèce et Chypre.
Pour les Hellènes, c’était le début de la perte d’influence du pays dans la région. Tout évoluait très vite. Là ou la Grèce était le seul pays des Balkans membre de l’UE et de l’OTAN, elle est aujourd’hui, simple membre, comme ses voisins. Le démantèlement de la Yougoslavie a, par la suite, entraîné la Grèce dans les méandres de la bataille autour du nom « Macédoine » et de l’appellation de son pays voisin.

Au moment ou Berlin détruisait son mur, Nicosie s’interrogeait sur le sien. La capitale chypriote n’était pas européenne à l’époque mais bien divisée depuis 1974. Une division, non pas idéologique, comme en Allemagne, mais caractéristique de l’Histoire de la région : puissance régionale turque, problèmes d’eau (et de la désertification de l’ile), etc..

Ironie de l’Histoire, aujourd’hui le président chypriote, Dimitri Christofias, est tout comme le leader de la partie nord occupée par l’armée turque, issus de la jeunesse communiste. Les deux amis communiquent en russe pour mener à bien les négociations de paix et sont déterminés, malgré les obstacles, à détruire ce dernier mur d’Europe.

Alexia Kefalas est journaliste au quotidien grec I Kaphiremini

Promenade autour des murs de Porto Alegre

par l'équipe de Correio Internacional - 10/11/2009 - 5h00 GMT - du Brésil

Ce travail est une réflexion sur l'une des représentations que peut avoir l'anniversaire des 20 ans de la chute du Mur de Berlin dans les différents univers de l'espace urbain de la ville de Porto Alegre, au Brésil. Nous avons photographié quelques uns des Murs de Berlin trouvés dans cette ville le jour même de l'anniversaire, le 9 novembre 2009.

Vingt ans après la destruction du Mur de Berlin, la ville de Porto Alegre, comme la plupart des agglomérations brésiliennes, contient des espaces urbains marqués par la présence de murs et grilles. Mais si le fameux mur divisait le socialisme et le capitalisme, aujourd'hui ces murs anonymes séparent les pauvres des riches, les "marginaux" des citoyens, et la violence de la sécurité.

La réalité brésilienne est marquée par la séparation sociale, une séparation qui se concrétise par ces barrières. La chute du Mur de Berlin peut être vue comme l'une des plus grandes victoires en faveur de la liberté humaine. Ces murs de briques et béton qui font partie de notre quotidien menacent le rêve d'une liberté réelle et sont des icônes notables dans une société marquée par les inégalités.

La photo la plus classique de Porto Alegre est celle qui montre le centre de la ville depuis le Lac Guaiba. Pour la petite histoire, en 1941 la ville a vécu sa catastrophe la plus marquante avec une grande crue des rivières qui débouchent au delta du Guaiba. La Crue de 41 a obligé les gouverneurs postérieurs de la ville à construire un mur séparant le centre ville du Lac pour éviter les dégâts d'une nouvelle crue. Aujourd'hui Porto Alegre en souffre. La destruction du mur est un sujet polémique à une époque où se multiplient les phénomènes extrêmes. Et les photos depuis le lac sont belles, mais de l'autre côté du Mur, nous voyons souvent une autre réalité.


Cette photo montre l'Hotel de Ville au fond et la Fontaine Talavera à gauche puis, au premier plan, le grillage qui entoure cette fontaine en plein cœur de la ville.



Au fond un bâtiment appartenant au Ministère de la Justice. En troisième plan le Bidonville nommée Chocolatao en référence au bâtiment de couleur marron du Ministère des Finances, situé de l'autre côté du bidonville (en dehors de l'image). En deuxième plan le parking des fonctionnaires de l'état et en premier plan sa grille de protection.




Voici une photo de l'entrée de ce bidonville montrant le mur qui le sépare des bâtiments publics.





Voici une photo d'une maison entièrement grillagée, située dans un quartier de classe moyenne à Porto Alegre.

Photos de Roberto Blum et Jonas Lunardon de Correio Internacional - Porto Alegre, Brésil

Ruxandra avait tout juste 20 ans…

par Rodica Pricop - 9/11/2009 - 20 h 30 GMT - de Roumanie

Depuis novembre, ma mère, qui écoutait Radio ‘Europe Libre ‘, chantonnait des qu’elle entrait le soir à la maison : ‘C’est un vent de liberté qui souffle’, une chanson qu’elle avait appris quant elle était jeune scout. Ma mère était confiante que Ceausescu allait être renversé et depuis la Chute du Mur, elle le disait tout le temps. C’est par la radio qu’on a appris aussi la révolte ensanglantée de Timisoara, du 17 Décembre. Depuis, l’atmosphère était devenue irrespirable, Bucarest était une ville fantôme pendant ces jours de décembre. Les communistes avaient interdit les rassemblements de plus de cinq personnes…

On avait peur de parler au téléphone, mais auprès des portes de la maison… Pendant les deux heures quotidiennes de télévision, la propagande de Ceausescu nous parlait des forces externes, des ennemis qui tentaient d’attaquer la République Socialiste. Personne ne le croyait.

Le matin du 21 décembre, ma soeur a été convoquée sur son lieu de travail afin de participer au grand rassemblement de Ceausescu, devant le Comité Central du Parti, aujourd’hui la Place de la Révolution. Ce jour-là va rester toujours dans ma mémoire, car j’ai senti un mélange de sentiments contradictoires, mais tellement forts : une peur viscérale, une joie incommensurable et une tristesse qui revient chaque 21 Décembre.

Je n’ai jamais eu peur pour ma famille sauf ce jour-là ; ma soeur est rentrée tard dans l’après-midi, et mon père est allé acheter un sapin de Noël après le travail, ma mère et moi on les a attendus le cœur battant fort…

Après le fuite de Ceausescu en hélicoptère, les batailles de rue ont commencé, on a vécu en direct la révolution depuis la maison, dehors on entendait des coups de feux, des sirènes, des avions, c’était la guerre… Mon père a voulu repartir vite, rejoindre les gens qui avaient construit des barricades Place de l’Université. On lui a caché ses bottes, on ne voulait pas le laisser partir, surtout quand on voyait des gens se faire tués en direct, à la télé… Ce fut la plus longue nuit pour nous tous et la plus terrible…

Très tôt le lendemain matin après avoir appris que les Ceausescu avaient été arrêtés puis que l’armée et la Militia avaient rejoint la révolution, on s’est rendu en centre ville. Depuis la maison jusqu'à la Place de la Révolution, cela faisait moins de dix minutes à pied. Au début, on ne comprenait pas pourquoi mon père voulait faire un grand détour, pourquoi il nous empêchait de regarder à gauche ou à droite…

Avant d’arriver devant le Comité Central, j’ai compris tout d’un coup. Une des rues qui donne sur la Place de l’Université était recouverte de toiles en plastique noires. D’un bout à l’autre. Et là j’ai compris: beaucoup de ceux que j’ai vus a la télé sur les barricades pendant la nuit, étaient là, devant nous morts, sous les toiles noires...

Plus tard, on a appris qu’une des premières victimes de la Révolution à Bucarest, renversées par un des chars de l’armée, en essayant de l’empêcher d’avancer, était une amie de ma sœur, sa collègue de classe au lycée et à l’école générale. Ruxandra Mihaela Marcu avait juste 20 ans, elle était née en Novembre 1968… Dans la Loi qui confère le statut d’héroïne à Ruxandra, on peut lire qu’elle est morte en criant : "On vaincra ou on va mourir !".

Pour moi, la révolution a le visage de cette belle fille de 20 ans, au courage fou. Grâce à elle et à d’autres centaines de jeunes aux cœurs pures, nous, les Roumains avons obtenu la liberté. Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous se demandent toujours : est-ce que ce pays a été à la hauteur de leurs sacrifices, qu’est ce qu’on a fait de ces 20 ans ? La réponse est compliquée et assez triste…

Rodica Pricop est rédactrice en chef adjointe à Nine O’Clock, et journaliste à Bucarest Hebdo

J'aimerais parler un peu de l'art...

par Pavel Spiridonov - 9/11/2009 - 20 h 30 GMT - de Saint Petersbourg, (Leningrad en 1989)

Une photo de Berlin, par Vitali Smirnov
Une photo de Berlin, par Vitali Smirnov
C'est vrai que dans l'histoire nous ne connaissons pas beaucoup d'événements qui provoquent une telle explosion artistique visible encore de nos jours, 20 ans après cette fameuse chute de mur de Berlin.

Bien sûr que la ville y est pour quelque chose. Tout de suite après la réunification des deux Allemagnes, elle a revendiqué haut et fort sa place parmi les capitales mondiales de la culture.

Mais aussi ,je pense que cette histoire-là est une histoire avec une fin heureuse, qui a donné et continue à donner beaucoup d'espoir de liberté. Ce qui n'est pas rien dans ce monde parfois désespérément triste.

Mais parlons d'art, pas de Rostropovitch et de sa prestation magnifique le lendemain de chute du mur, ni du concert de U2 à Berlin il y a quelques jours, mais de l'art contemporain.

Aujourd'hui, une galerie d'art contemporain « Winzavod » à Moscou, avec la participation de SVO ART, a ouvert ses portes avec l'exposition « Mur de Berlin » qui montre au public russe les oeuvres d'artistes majeurs contemporains réalisées en 1989 sur les fragments de mur de Berlin. Une expo forte en émotions et en souvenirs, mais qui n'a pas perdu la fraicheur des premiers jours libres et ouverts à tous les vents.

En même temps à St.-Pétersbourg dans la galerie « Etazhi » (« Les étages » ), une exposition plus intimiste a attiré beaucoup de monde. Deux photographes, l'Allemand Peter Frischmuth qui présente ses photos intitulées « Berlin Kreuzberg S036 » et le Russe Vitali Smirnov avec « Berlin 2009, La cicatrice ». Deux visions sur la même ville et sur la même histoire, mais séparées par le temps et par le mur. Car le premier a pris ses photos en 1982 et 2006 depuis le quartier ouest berlinois de Kreuzberg, et l'autre n'a fait les siennes que récemment dans la capitale allemande.

Et finalement, le mur est tombé de quel côté ? Moi, je ne sais toujours pas.

Pavel Spiridonov est doctorant, avec pour sujet de thèse "L'Influence de l'Internet sur la littérature russe contemporaine"

Un mur enferme toujours des deux côtés...

Par Anwar Abu Eisheh - 9/11/2009 - 20h10 GMT - de Hebron, Territoires palestiniens occupés

Les jours passent et nous voilà en 93 au moment des accords d’Oslo. Je réalise mon « alya », je rentre chez moi, croyant que la paix est enfin arrivée ! Mais je constate très vite que le mur psychologique est encore bien présent, les colons sionistes rejettent la paix, la violence continue. Résultat : érection d’un mur en béton ! Mur de Berlin ? Certainement pas ! Ceux qui l’ont construit ont sans doute tiré toutes les leçons du mur de Berlin pour le rendre totalement infranchissable. Ici c’est un serpent qui pénètre loin.

En tout cas, tous les murs ont un point commun : ils enferment.
Et celui-ci enferme non seulement les Palestiniens qui ont encore moins de liberté de circulation qu’auparavant mais aussi les Israéliens qui désormais ne « voient » plus la Palestine ni ses habitants. Dans une certaine mesure c’est plus confortable : pour que nous vivions heureux, qu’ils vivent cachés !

Et si le mur de Berlin séparait des familles, le mur de séparation israélien permet une circulation à sens unique : il est fermé au nez des Palestiniens ; il sépare les membres d’une même famille, sépare les agriculteurs de leurs terres mais les colons israéliens peuvent continuer à s’installer dans les territoires. Sans parler de Gaza, gigantesque prison à ciel ouvert, qui parfois tombe sur la tête des Gazaouites…

Imaginez que vous, lecteurs, pouvez venir visiter le patrimoine et les lieux Saints, Gethsémani et Al Aqsa à Jérusalem, mais qu’un Palestinien des territoires ne peut le faire, sauf avec une autorisation du gouverneur militaire israélien, très rarement attribuée.

Ce mur tombera-t-il un jour ? Ne doit-il pas être jugé selon les mêmes critères que ceux avec lesquels on a jugé le Mur de Berlin ? Sans la volonté des grandes puissances de prendre les mesures nécessaires pour l’abattre, la paix dans la justice ne trouvera pas son chemin dans cette région.

Anwar Abu Eisheh est professeur de droit à l’Université Al Quds à Abu Dis

Frères, et frères-ennemis

Par Xiu Tiebing - 9/11/2009 - 20h00 GMT - de Pékin, Chine Populaire

Alexanderplatz, photo prise par Xiu Tiebing en 1989
Alexanderplatz, photo prise par Xiu Tiebing en 1989
Parce qu'ils sont de même sang, les frères sont-ils plus proches ? Leur relation est-elle plus humaine ? Pas si sûr, surtout quand on devait vivre sous le même toit, tôt ou tard engagé pour la succession du trône, et pas du tout portés par une politique moderne, mais dont la légitimité se cherche dans l'exclusion de l'autre. Combien y a-t-il de frères-ennemis dane le Monde : Allemands de l’Est et de l’Ouest, de même, Berlinois de l’Est et de l’Ouest, Chinois du Continent et de Taiwan, Coréens séparés par la 38ème parallèle, ou jadis les Yéménites ou Vietnamiens ne se réunissant que par la victoire de l’un et l’anéantissement de l’autre.

Sous cet angle d’observation historico-politique, on peut à peu près conclure que, règle de légitimité oblige, le degré de conflictualité entre frères correspond à l’affinité sanguine tant qu’il n’y a pas un arrangement institutionnel accepté par tous les frères-candidats, sinon, eux, deviendront frères-ennemis.

Il est trop facile et trop gratuit aujourd'hui de condamner l’existence du Mur avec ses quelques milliers de victimes ; donc, je me contenterais d'une approche rétrospective : finalement, le Mur n’est pas si sanguinaire bien que les Médias nous le présente ainsi, les Ossies se sont perdus dans la compétition de l’attraction ou du rayonnement des valeurs.

Et voilà une leçon de fait pour les frères demeurant encore frères-ennemis dans le monde.

Xiu Tiebing est professeur et chercheur au Centre des Relations internationales à l'Université des Communications de Pékin

Il pleut sur Tirana...

par Ilir Yzeiri - 9/11/2009 - 18h30 GMT - d'Albanie

Enfin la presse albanaise a consacré opinions et souvenirs de divers analystes sur la chute du mur. Presque tous la considèrent comme une chance perdue. Les plus grandes chaines de télés privées ont annoncé des émissions spéciales. Mais à Tirana il pleut et celui qui connaît bien ce pays se souviendra des oeuvres de Kadaré dont la pluie tisse la trame de toutes ses oeuvres.

L'Albanais a été le dernier pays ex-communiste à faire echouer la dictature. La dictature albanaise a été la plus dure de l'Europe de l'Est. La chute du mur de Berlin devrait donc y être le jour de commémoration le plus important, mais à Tirana il pleut et tout comme dans les romans de Kadaré, rien ne change.

Aleksander Biberaj est un ex-deputé du Parlement albanais et ex-haut fonctionnaire du Parti Démocratique au pouvoir. Il a fini par être expulsé du Parti Démocratique par Sali Berisha. Notre Premier ministre, Sali Berisha est depuis presque 20 ans en politique et il dirige encore notre pays, et il a été pendant 20 ans membre du Parti Communiste de Hoxha. C'est exactement la même chose disent les Albanais. On a changé seulement les hommes.

Biberaj a publié un éditorial dans l'un des quotidiens albanais, "Panorama". Il affirme que nous n'avons pas su saisir la chance, et que maintenant nous l'avons perdue. La chute du mur ne nous a pas servi à nous détacher de notre passé sombre.

Mais à Tirana, il pleut et la musique de la pluie, les nuages accompagnent notre triste transition. Alexander Biberaj n'est plus membre de la délégation du Parlement albanais au Parlemnt Européen, parce que Sali Berisha l'a expulsé du parti. C'est la même chose, le même style que celui utilisé par Enver Hoxha contre ses adversaires politiques.

A la différence de Hoxha qui a tué ses adversaires, Sali Berisha, le dernier ex-communiste qui dirige un pays de l'Est, lui, il les jette à la rue. C'est pour cette raison qu'en Albanie, il est difficile de commémorer la chute du mur parce que les protagonistes de la fin de la dictature comuniste ont tous été expulsés par Sali Berisha.

Mais à Tirana il pleut et ça crée la justification douce de ne pas sortir de chez soi, de rester dedans avec la télécommande de la télévision à la main et regarder les autres pour mieux comprendre : qu'est-ce qui s'est passé le 9 novembre du 1989 ?

Ilir Yzeiri enseigne le journalisme à l'Université de Tirana

20 ans après, l'atmosphère n'est pas à la fête

par Rodica Pricop - 9/11/2009 - 17 h GMT - de Roumanie

Boulevard Unirii depuis le balcon du Palais du Parlement<br/>
Boulevard Unirii depuis le balcon du Palais du Parlement
La chute du Mur de Berlin a été pour les Roumains le signe que le mouvement de libération des peuples de l’Est de l’emprise du communisme était une certitude, après les changements commencés depuis le début de l’année 1989 en Hongrie, en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Bulgarie. Prisonniers de la dictature brutale de Nicolae Ceausescu qui s’obstinait à ignorer la marche de l’histoire, les Roumains se disaient à voix basse pour ne pas être entendu par l’omniprésente Securitate: « C’est impossible, qu’on restent le seul pays en Europe sous le communisme, ils vont nous libérer aussi.».

Mais la libération n’allais pas venir par les Américains, comme toutes les générations de roumains depuis 1945 l’espéraient, mais elle est venue par le sacrifice suprême des gens de Timisoara, Bucarest, Brasov et d’autres ville et villages de Roumanie qui n’ont plus voulu obéir à une dictature fanatique.
A l’approche de l’anniversaire de la Révolution de 1989 en Roumanie, l’atmosphère n’est pas à la fête. La liberté gagnée avec du sang, celui de jeunes pour la pluspart, n’est pas suffisante pour les Roumains de se réjouir des bienfaits du capitalisme, surtout ces jours-ci quand le pays se retrouve devant la plus grave crise économique et politique des derniers 20 années de tumultueuse et fragile démocratie.

L’enthousiasme et l’effervescence qui ont suivi à la chute du régime Ceausescu, a laissé assez vite place aux incertitudes, quant au futur démocratique du pays. Depuis 1989, la Roumanie a traversé des périodes difficiles, qui ont alterné avec des périodes de détente et de relative prospérité, voir l’entrée dans l’OTAN et dans l’Union Européenne, mais qui, malheureusement, se sont avérées de courte durée.

Entre décembre 1989 et 1991, avant la chute de l’URSS, les deuxièmes couteaux du régime Ceausescu qui ont formé le Front du Salut National (FSN) ne savaient pas quelle direction prendre et attendaient toujours un signe de Moscou. Cette période a été marquée par une instabilité politique accrue qui opposait le FSN aux partis historiques des libéraux et chrétiens démocrates, et qui a culminé avec la révolte des étudiants anti-communistes de la Place de l’Université à Bucarest. Le mouvement des étudiants qui réclamaient des élections correctes, sans la participation des anciens du régime Ceausescu, a été étouffé par l’intervention violente des mineurs. La démocratie a eu du mal à naître en Roumanie et les roumains ont aujourd’hui du mal à la protéger.

Rodica Pricop est rédactrice en chef adjointe à Nine O’Clock, et journaliste à Bucarest Hebdo


Que la fête commence !

par l'équipe de Correio Internacional - 9/11/2009 - 14h15 GMT - du Brésil

« Le Mur est tombé ça fait 20 ans. » En cette matinée du 9 novembre 2009 au Brésil, tous les médias brésiliens se préparent pour la couverture des commémorations de la chute du Mur de Berlin. La plupart des journaux y ont dédié une édition spéciale en rappelant l'histoire de sa construction, les enjeux politiques et la représentations de celui-ci pour l'histoire mondiale.

Des nombreux Brésiliens ayant vécu ses événements ont apporté leur témoignage. Airton Ortiz, journaliste et écrivain raconte comment la chute du Mur a marqué sa vie. « J'y ai vécu, j'étais étudiant à l'époque et je voyageais en Allemagne lorsqu'on a entendu des rumeurs que le gouvernement socialiste allait initier l'ouverture du pays. A ce moment-là, j'avais déjà visité l'Allemagne de l'Est et j'étais à Francfort, mais j'ai tout de suite pris un train qui m'a emmené jusqu'à Berlin pour vivre cette histoire en temps réel. Je me rappelle bien que les Allemands du côté occidental faisaient des concerts et envoyaient la musique pour ceux de l'autre côté, pour que les orientaux se mobilisent et fassent pression pour la fin du régime. Puis, tout d'un coup le monde est sorti dans les rues pour détruire le mur. C'était impressionnant, à la fin de la soirée le mur n'existait plus. »

A Porto Alegre, le journal Zero Hora rappelle que « des morceaux du mur de Berlin sont conservés sur les cinq continents. » Airton Ortiz confirme: « J'ai un morceau du mur dans ma maison, j'y tiens beaucoup. On peut même y voire un graffiti, ce qui veut dire qu'il était du côté ouest, car de l'autre côté on ne pouvait pas faire ce type de choses. »

une Brésilienne sur le mur

Correio Internacional - Porto Alegre, Brésil


Au Chili, le reste du monde n'existait pas

par Mauricio Tolosa - 9/11/2009 - 14 h GMT, du Chili

La dictature de Pinochet avait rompu les relations diplomatiques avec tous les pays de « l’Orbite Socialiste » lors du Coup d’Etat de 1973. La dictature avait construit un grand mur de censure, brulé les livres, changés les textes des livres et censuré les médias. La rupture était totale : ni Cuba, ni la RDA, ni le Mexique, ni le Vietnam, ni l’Algérie, ni la Hongrie n’existaient au Chili des militaires qui avaient «sauvé le pays du totalitarisme soviétique ».

Le monde avait isolé la dictature chilienne pendant quinze ans. Pinochet n’avait même pas été reçu au Philippines par son collègue Ferdinand Marcos. Cette solitude fut toujours une des grandes frustrations du dictateur qui ne comprenait pas pourquoi le monde ne reconnaissait pas sa « lutte pour la démocratie et la liberté » et attribuait le malentendu á la propagande communiste.

Peut-être à cause de ceci, quand la dictature fut vaincue lors du plébiscite de 1988 et que commença le processus de transition, le service diplomatique de Pinochet se dépêcha de rétablir les relations avec les pays du monde avant l’arrivée du président élu démocratiquement. Une mission s’installa à Varsovie pour négocier avec les pays de l’Est.

Une délégation chilienne parcourut en voiture les 600 kms vers Berlin, se réunit avec les hauts fonctionnaires des Affaires étrangères de la RDA et avec le vice-chancelier allemand pour convenir du rétablissement des relations diplomatiques entre les deux dictatures qui s’effondraient : c’était le 9 novembre 1989.

Au même moment des milliers de citoyens allemands détruisaient et traversaient le Mur à Berlin et des milliers des citoyens chiliens inondaient les rues au Chili pour soutenir les candidats aux élections et rétablir la démocratie.

Mauricio Tolosa est journaliste à Santiago du Chili


Travail de mémoire

par Pavel Spiridonov - 9/11/2009 - 13 h GMT - de Saint Petersbourg, (Leningrad en 1989)

Qu'est-ce qui reste de ce jour du 9 novembre 1989 dans la mémoire des Russes ?

J'ai un petit faible pour la statistique et j'ai trouvé quelques informations intéressantes.

Seulement 24% des russes savent que le mur était construit par la RDA et l'URSS et quelles ont été les raisons de sa construction, 50% des gens ne connaissent pas ces raisons et 52% ne savent pas pourquoi le mur est tombé. Mais peu des répondants ont cherché par eux-même l'information sur la chute du mur et certains se sentent légèrement agacés par tout ce bruit autour du mur, car ils considèrent que c'est une affaire interne de l'Allemagne. Il y a de quoi réfléchir.

En même temps dans la presse russe l'anniversaire de la chute du mur est largement débattu. Les articles, les émissions télé et radio, même le président et le premier-ministre ont participé à cet engouement. Toutes les chaînes de télé ont diffusé les extraits de l'interview de Dimitri Medvedev au magazine allemand « Der Spiegel ».

« Ce mur, comme tout le monde le sait, a toujours été un symbole de séparation de l'Europe et sa chute a été perçue comme une suite du processus de réunification de l'Europe" a déclaré le président russe. "Il s'est passé beaucoup de temps depuis. Une partie de nos espoirs se sont réalisés, l'autre pas. Le plus important c'est que les lignes séparatrices ont été effacées et l'Europe est devenue de nouveau unie."

Et notre Premier ministre? Lui, il a participé à un film documentaire au nom très évocateur - « Le Mur », réalisé par la chaîne NTV. Le quotidien « Kommersant » a demandé au réalisateur Vladimir Kondratiev pourquoi M. Poutine, qui n'a pas joué de rôle primordial dans la chute du mur, est devenu un des personnages de son film. Vladimir Kondratiev a répondu que selon lui, Vladimir Poutine par son travail en RDA (il a travaillé depuis 1985 à Dresde dans le service de renseignements extérieurs du KGB) a beaucoup oeuvré pour que le mur tombe. Notamment, toujours selon ce réalisateur, il a réussi à calmer les manifestants de Dresde qui ont voulu s'en prendre au bâtiment où résidaient les représentants du KGB après avoir pris d'assaut le quartier de la Stasi.

Bien sûr que dans ce film nous avons pu apercevoir les principaux acteurs de la chute : Michail Gorbatchev, Richard von Weizsäcker et Egon Krentz. Mais comprendre de quoi est composée une image de cet événement dans la conscience collective des Russes est presque impossible. Les dirigeants russes évitent de parler de la responsabilité de l'Union soviétique dans la construction du mur. Du coup, nous avons l'impression que le mur a été construit tout seul et les politiciens russes ont aidé peuple allemand à se réunir à nouveau.

Pavel Spiridonov est doctorant, avec pour sujet de thèse "L'Influence de l'Internet sur la littérature russe contemporaine"

Un tournant pour l'Europe un grand pas dans ma vie

par Régis Présent-Griot - 9/11/2009 - 8h45 GMT - de Berlin

J'avais tout juste 19 ans. Jeune étudiant passionné de politique et enivré par le vent d'Est libérateur, je suivais depuis plusieurs mois avec une attention aiguë les évolutions de ce qui ne serait bientôt plus le rideau de fer. Solidarnosc, les réformateurs hongrois, les discours de Gorbatchev, les images estivales des milliers d'Allemands de l'Est fuyant par la Tchécoslovaquie: un crescendo trépidant. Mais aussi le sublime printemps de Pékin et sa répression barbare et sanglante.

Le 9 novembre ma décision était prise deux petites semaines à trépigner, histoire d'attendre les vacances universitaires et nous partions avec ma copine en stop pour Berlin. Une ville dans l'euphorie des sourires de partout.

Alors que les Ossis découvraient l'Ouest nous passions nos journées à l'Est avec des visa simplifiés. Champagne soviétique à profusion dans une fête improvisée à la porte Brandebourg le 31 décembre où la liesse populaire ont fait un moment disparaître les uniformes. Cet événement devait bien sûr changer le cours des affaires du monde, mais aussi mon destin personnel...

Quelques mois après je participais au train de la Démocratie organisé par un syndicat étudiant. Il s'agissait de réunir dans un même train affrété tout spécialement 400 étudiants venant de toute l'Europe et de partir à la découverte des capitales de l'est. Intenses émotions à Leipzig, Pragues, Budapest... arrivée nocturne dans la gare de Timissoara éclairée de pâles néons.

Rencontres, échanges, discussions à n'en plus finir. Les langues maîtrisées approximativement se mélangent. La curiosité réciproque. Enfin comprendre que l'identité européenne au delà de la séparation est une réalité. C'était un peu comme découvrir subittement un deuxième hémisphère cérébral.

En 92 je venais m'installer pour deux semestres d'études à la Freie Universität de Berlin. Quelques années plus tard ayant appris le russe je devais vivre trois ans à Moscou. Enfin il y a cinq ans je m'installais à nouveau à Berlin avec ma compagne d'alors et nos deux enfants.
Devenus de véritables Berlinois, Souleïmane et Clémence ont aujourd'hui la France et l'Allemagne et surtout l'Europe dans la tête. En juin 2006 je devais recréer La Gazette de Berlin, le journal francophone en Allemagne du nom d'un journal local du 18ème siècle.

En ce mois de novembre 2009, je viens d'apprendre il y a quelques jours que ma compagne d'aujourd'hui, Berlinoise, et moi nous allons bientôt avoir un enfant. Dans quelques mois je serai donc père d'un enfant dont l'arrière grand-mère après avoir perdu sa famille assassinée par la barbarie nazie à Auschwitz était retournée en 45 à Berlin pour fonder avec enthousiasme une Allemagne enfin socialiste avant de vivre le déchantement. Décidément de l'intime au continental il semble que cette géniale ville de Berlin ne peut échapper à son destin : être le livre ouvert de l'histoire en train de se faire, de se vivre.

Régis Présent-Griot est rédacteur en chef de la Gazette de Berlin

Le jour d'après

par Mine Kirikkanat - 9/11/2009 - 8 h 30 GMT - de Turquie

Les jours qui ont suivi la chute du mur de Berlin, même ceux qui n’ont pas tout de suite partagé l’effervescence occidentale, les femmes et les hommes qui n’y avaient pas cru, ou ne l’avaient pas prévu ont été saisis d’un espoir tout nouveau, un peu fou que c’était possible, le monde pouvait enfin changer.
Des peuples à des milliers de kilomètres de Berlin, de mœurs et de langues lointaines, comme en Turquie et en Algérie, ont cru pour la première fois qu’ils comptaient, qu’ils pouvaient prendre en main leur destin, rebrousser chemin si celui choisi par les politiques ne leur convenait pas.

Pour la première fois dans l’histoire turque, on pouvait se définir communiste sans être poursuivi (emprisonné ou anéanti) et fonder un parti communiste n’était plus interdit, puisque les adhérents ne se bousculaient pas. La guerre froide était bien finie, et en prime, l’occident n’avait peut être plus besoin d’un garde frontière, une base avancée vers l’ennemi, par exemple comme la Turquie ô combien fidèle à l’Otan…

Personnellement, je n’étais que trop consciente du danger qui guettait le monde, que le système capitaliste sans contrepoids devienne fou et fasse regretter la disparition de son adversaire, le communisme. Et dans un article, j’écrivais : « Il n’est pas impossible qu’une partie de la planète soit écrasé sous les décombres du mur de Berlin. »

Mais je ne pouvais m’empêcher de rêver, ni d’espérer que les peuples puissent prendre leur revanche sur les politiques à la solde des lobbys de l’économie de marché, plutôt sauvage que libre.

En septembre 1990, je finissais mon premier roman sur une séquence imaginaire au café Florian à Berlin, que je n’avais toujours pas visité.
Le réveil fut aussi rapide que douloureux.

Le 16 janvier 1991, les États Unis et leurs alliés attaquèrent l’Irak. Saddam Hussein était tombé dans le piège des Américains. Le capitalisme que l’on commençait à appeler communément la globalisation avait besoin de se créer des adversités, quitte à fabriquer des adversaires minables. C’est vrai qu’après l’effondrement de l’URSS, il n’était pas facile de trouver un ennemi à sa taille.

En 1992, débuta la décomposition des Balkans. Vous connaissez la suite. Après les attaques de New York et Washington, l'Afghanistan, une fois de plus l'Irak, et maintenant, l’Iran en sursis.
Curieusement, la Turquie retrouva toute son importance et son poste de garde, puisqu’elle doit surveiller maintenant non pas ses voisins russes, mais les pipe-lines et les gazoducs. Elle se trouve au carrefour de tous les passages.

Oui, la chute du mur de Berlin a changé aussi la donne de l’adversité. Avant la chute du mur, on libérait de l’énergie pour se battre, maintenant on se bat au nom de la liberté énergétique…
C’est déjà pas mal, non ?

Mine Kirikkanat est éditorialiste au Vatan (Istanbul) et écrivaine

Confucius avait préconisé : à 30 ans, on se dresse

Par Xiu Tiebing - 9/11/2009 - 8h00 GMT - de Pékin, Chine Populaire

Xiu Tibeing, devant le monument à Marx et Engels, côté Est, en 1989
Xiu Tibeing, devant le monument à Marx et Engels, côté Est, en 1989
Diverses sociétés et pouvoirs de par le Monde ont bien construit des murs, des remparts et des murailles, ayant souvent un point commun : la fonction principale de ces édifices demeure la défense contre toute intrusion ou invasion ou la ligne de démarcation pour séparation, ou encore une ligne de partage. Alors que la fonction du Mur de Berlin fut tout à fait univoque, intégralement destinée à empêcher le passage de l’Interne à l'externe, c'est à dire à la fois peuple standard et fuyard, du dedans au dehors : jumelles, haut parleur, revolver, kalachnikov ciblent et visent l’intérieur, toujours trop séduit par l’attraction de l’autre côté.


Confucius avait bien préconisé : à 30 ans, on se dresse.
Pour résumer la raison de la tombée du Mur, c'est simple: il n’a pas franchi le seuil des 30 ans, puisque ayant la fonction inversée, donc anormale, son existence fut condamnée à l’avance par la Nature. Demeure ainsi la mesure minutieuse de la durée effective.

Ajoutons enfin pour sauver un peu la dignité de la RDA, que c’est bien le successeur du constructeur qui avait décidé, il y a 20 ans, l’ouverture du Mur. C'est tout de même mieux que la fin du Mur faite ou générée uniquement par le foule de la rue.

Xiu Tiebing est professeur et chercheur au Centre des Relations internationales à l'Université des Communications de Pékin

Micro-trottoir à Porto Alegre

par l'équipe de Correio Internacional - 9/11/2009 - 7h30 GMT - du Brésil

Micro-trottoir à Porto Alegre
-J'y étais !
"J'ai grandi avec cette idée de division entre communisme et capitalisme
"
- Avec la chute du mur quelque chose de grand arrivait
"Je trouve que c'était une situation inévitable"
- Au début, les gens ont pensé que c'était une nouvelle révolution
"Après la guerre la ville avait déjà souffert d'une dévastation très grande et le Mur de Berlin a servi à exclure plus encore ces gens"
- Tout qui est une paroi divisant un pays est une absurdité, non ?
"Et cette tension de la guerre froide, en vérité, était une excuse pour commettre quelques barbaries
Les murs utopiques tombent"
- Aujourd'hui, il y a la pauvreté, l'exclusion sociale, d'autres murs en fait
"Il y a vingt ans nous avions juste le mur de Berlin, maintenant nous en avons qui séparent des pays dans le monde entier"
- Les barrières continuent, continuent avec la pauvreté, continuent avec la faim, le réchauffement climatique
"Au Brésil, ils voulaient faire un mur à Foz do Iguaçu, pour séparer le Brésil et l'Argentine, le Brésil et le Paraguay, vraiment une honte"
Correio Internacional - Porto Alegre, Brésil

Ce jour-là, les questions se bousculaient dans ma tête

Par Anwar Abu Eisheh - 9/11/2009 - 4h00 GMT - de Hebron, Territoires palestiniens occupés

Le jour de la chute du mur de Berlin j’ai pensé à tout ce monde, aux boursiers palestiniens comme au Président du Comité olympique de RDA et je m’en voulais presque de constater seulement à ce moment là que le peuple allemand était si frustré.

J’ai eu souvent l’occasion dans ma vie de me poser des questions existentielles, lors par exemple de l’occupation israélienne en 1967 (j’ai alors cessé d'être musulman pratiquant) ou pendant les 72 jours passés dans un cachot israélien ou encore lorsque j’étais obligé de me battre, les armes à la main, contre mes frères de l’armée syrienne au Liban en 1976.

Mon professeur d’économie politique à la faculté de droit à Oran m’a fait aimer le marxisme léninisme, au sein du Fatah le courant maoïste m’attirait beaucoup plus que les autres… Ce qui restait intact durant toute cette période, c’était ma satisfaction de voir que l’Union Soviétique faisait l’équilibre au niveau mondial dans notre conflit avec les israéliens, soutenus par les Etats-Unis et le capitalisme.

Ce système communiste était basé sur des principes nobles que j’admirais, c’est surtout dans ces pays du bloc de l’Est que les « pauvres » du tiers-monde pouvaient sentir une solidarité politique et matérielle. On raconte qu’Arafat se sentait bien chez Honecker qui l’aimait beaucoup. La RDA était un refuge et un lieu de convalescence. Je me suis demandé le jour de la chute du mur si Honecker allait être trainé dans la rue, au bout d’une corde… Qu’aurait on pu faire pour lui par fidélité et amitié ?

Les questions se sont bousculées dans ma tête : que vont devenir les Palestiniens de RDA ? Que va devenir Honecker, que vont devenir les mouvements de libération (l’ANC, l’OLP, le Polisario) privés de ce soutien énorme ?

Anwar Abu Eisheh est professeur de droit à l’Université Al Quds à Abu Dis

Un signe que “Le peuple gagne“

par Mauricio Tolosa - 9/11/2009 - 3 h GMT, du Chili

Gana la gente (Le peuple gagne)
Gana la gente (Le peuple gagne)
Il y a vingt ans, il ne manquait plus qu’une trentaine de jours pour les premières élections présidentielles depuis le Coup d’Etat de 1973. Un an avant, la grande coalition de la Démocratie avait gagné le droit à faire des élections libres, après avoir vaincu pacifiquement la dictature par le vote populaire au Plébiscite de 1988.

Le pays était mobilisé, dans les rue des longues caravanes humaines soutenaient les candidats de la « Concertation pour la Démocratie » dans les premières élections depuis l’arrivée de Pinochet au pouvoir. On élisait président, sénateurs et députés. Le pays était vivant, enthousiaste et mobilisé sous le slogan «Gana la gente» (Le peuple gagne).

En pleine campagne, le candidat et futur président Aylwin, annonça dans une conférence de presse la chute du mur. Ce fut un petit stop, on écouta la radio, on regarda les images à la télévision, c’était pour nous un signe de la force des citoyens, la fin d’une époque dans le monde qui coïncidait avec la fin de notre dictature. Ce fut une nouvelle confirmation de la chute des murs, des autoritarismes, des régimes militaires, nous avions la sensation de naviguer dans le bon sens de l’histoire.

Mauricio Tolosa est journaliste à Santiago du Chili

À Bucarest, à Tirana et à Pristina la place de la Révolution est... vide.

Par Ilir Yzeiri - 8/11/2009 - 19h00 GMT - d'Albanie

Je me prépare à laisser Roumanie. Dans quelques heures je prends l'avion et je retourne en Albanie. Mon hôtel, le "Capitol" se trouve à dix minutes de la place de la Révolution ou pour mieux dire pas loin du palais du Comité Central du Parti Comuniste de la Roumanie. Je suis juste au face de cet grand immeuble. Devant mois deux jeunes étudiants regardent avec moi le petit monument qui est fait pour commémorer les quatre premier roumains qui ont été tués pendant la Revolution.

Je me souviens que chez nous en Albanie les images de la Révolution roumaine a suscité une émotion tres forte. Mais la place de la Révolution est vide et moi je demande les deux etudiants roumains ce qu'ils savent sur la chute de mur et sur la democratie. Ils me disent que la democratie au debut a été dure, difficile, maintenat ça vaut la peine.

Je me tourne dans un café internet et je commence à voir la presse de mon pays, les journaux de l'Albanie. A la une c'est toujours le conflit entre media et la politique, la dernière histoire avec un homme d'affaires, le president d'une compagnie de pétrole qui a empoigné avec ses deux bodygards un journaliste d'investigation, le plus connu en Albanie.

Un des quotidiens le "Shqip" a publié hier les mémoires d' Angela Mekel sur la chute de mur de Berlin. Puis rien, rien d'autre. Il me semble que vingt ans après la chute du mur, les Balkans ont produit tant d'histoires quelquefois négatives, ont produit une transition longue, trop longue.

Les gens sont un peu fatigués. Un des notre mal historique a été le sens de l'oubli. C'est pour ça que à Bucarest, à Tirana et à Pristina la place de la Révolution ou de la Commémoration est... vide.

Ilir Yzeiri enseigne le journalisme à Tirana

Au Brésil, les résidences, le commerce et les véhicules se transforment en forteresses

par Roberto Blum - 8/11/2009 - 18 h GMT - du Brésil

Ce mur, postérieurement surnommée Mur de La Honte, a été un modèle pour des nombreuses séparations apparues dans le monde actuel. En 2002, l'État Juif a entamé la construction d'une mur séparant Israël de La Cisjordanie dont seulement 20% correspondent à la limite définie par les Nations Unies à la fin de la Guerre des Six Jours en 1967. Le restant de la construction se situe illégalement sur le territoire palestinien.

Cette même année de 2002, l'administration Bush ordonne la construction d'un mur en plusieurs sections séparant la frontière américano-mexicaine afin d'empêcher les flux illégaux d'immigration. En 2006, la Chine construit une barrière de séparation de la Corée du Nord avec le même objectif. Les exemples sont nombreux : Espagne-Maroc, Italie, Inde-Cachemire, Arabie Saoudite-Yémen, etc.

Au Brésil cette réalité peut paraître distante, mais ce n'est qu'une illusion. Le géant des inégalités vit depuis plusieurs décennies une importante croissance de la violence urbaine. Les résidences, le commerce et les véhicules se transforment en des forteresses. Partout on voit des grillages et murs, et la peur est omniprésente. Une vraie industrie de la sécurité privée s'est développée.

Depuis quelques années, se multiplient les quartiers privés, sorte de paradis de la sécurité accessibles au toit de l'échelle sociale. Ces quartiers comprennent des écoles, supermarchés, activités sportives, culturelles et toute sorte de services, limitant à un minimum l'interaction de résidents avec le monde extérieur. En 2008, l'État de Rio de Janeiro, en partenariat avec le gouvernement national, commence à clôturer plusieurs favelas dans la ville de Rio de Janeiro. L'excuse était d'éviter la dégradation de l'environnement car l'expansion des favelas se fait en dépit des forêts se trouvant sur les collines de la ville. L'action est du moins polémique.

Presque un demi siècle après, ce n'est plus le monde soviétique qui cherche à s'enfermer. Nous avons d'un côté la faim, de l'autre les aliments. D'un côté la majorité de la population, de l'autre côté les ressources. Entre les deux les gazoducs, les oléoducs, les flux commerciaux et financiers. C'est la liberté moderne. Une sorte étrange de liberté. Ainsi, le photographe et réalisateur Yann Arthus-Bertrand invite les citoyens du monde à frapper à chacune de ses barrières. Et au monde de fêter la chute du du Mur de Berlin !

Correio Internacional - Porto Alegre, Brésil

Cette incertitude qui régnait dans la société

par Pavel Spiridonov - 8/11/2009 - 17 h GMT - de Saint Petersbourg, (Leningrad en 1989)

Photo de Djamel Dine Zitout
Photo de Djamel Dine Zitout
J’essaye de retrouver mes souvenirs de l’année 1989. J’ai eu treize ans.

Bien sûr qu’à cet âge nous sommes plus intéressés par ce qui se passe à l’école que par le monde extérieur, mais à cette période dans l’histoire de mon pays et du monde il était impossible de passer à côté des événements qui ont marqué nos vies.

Le mot « Perestroïka » est déjà bien entré dans le vocabulaire de mes compatriotes, le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan en février, les difficultés dans la vie quotidienne, premières élections libres en URSS, dispersion sanglante par l'armée d'une manifestation à Tbilissi, les pogromes meskhètes dans la vallée de Ferghana à l'Ouzbékistan, puis le mur de Berlin tombe en novembre.

C'était une époque idéaliste faite de nouveaux espoirs et une certaine peur du futur. Je me souviens asses bien de cette incertitude qui régnait dans la société, mais aussi l'apparition des nouvelles possibilités pour réussir sa vie. La vie déjà toute prévue par l'État et bien tracée, il y a seulement quelques années et qui devient plus ouverte et moins protégée.

Mes sentiments ont été, et ils sont encore, très bizarres, mélange d'une certaine euphorie liée à tous ces nouveaux horizons qui s'ouvrent à moi et presque une sensation de perte d'une partie de ma propre existence, car durant toute mon enfance j'ai été élevé avec une idée que l'Union Soviétique est stable et éternelle et que rien ne peut changer radicalement la structure politique du monde.

Mais en même temps j'ai eu un pressentiment que ce n'est pas seulement un événement qui annonce la fin d’une ère, mais surtout le début de la nouvelle époque qui sera très difficile, malheureusement souvent sanglante, mais très intéressante à vivre.

Pavel Spiridonov est doctorant, avec pour sujet de thèse "L'Influence de l'Internet sur la littérature russe contemporaine"

La chute du mur de Berlin, balayé par mon octobre 88, date de la chute de nos murs.

par Ghania Mouffok - 8/11/2009 - 16 h 45 GMT - d'Alger

1)Trouble-fête.

Je ne me souviens pas de la chute du mur de Berlin, j’ai beau chercher un souvenir, une histoire, une image, rien, il faut dire qu’à l’époque les paraboles n’existaient pas, elles balbutiaient sur les terrasses de nos villes et elles allaient accompagner nos accoutrements de sang, comme si elles étaient là pour qu’enfin on se voie. Algérie, guerre civile, massacre, assassinats, tortures.

Je ne me souviens pas de la chute du mur de Berlin, balayé par mon octobre 88, date de la chute de nos murs. Murs de sang, des jeunes à mains nues affrontent l’armée, des centaines de morts, l’armée de libération nationale a tiré sur le peuple. La révolution par le peuple et pour le peuple, c’est fini avec la guerre froide. Pour nous, c’est la guerre. 1989, en février, avant que le mur ne tombe, une nouvelle Constitution débarque le FLN, de parti unique, il devient le premier parti du pays aux côtés des autres qui naissent comme des enfants du vent, on ne parle pas encore de multipartisme mais on autorise « les associations à caractère politique ».

Les médias, tous les médias sont aux mains du gouvernement : Solidarnosc, n’existe pas, la guerre en Afghanistan connait pas, Ceausescu, le dictateur roumain, est l’ami de l’Algérie et il pose dans les colonnes de Révolution Africaine, le journal du parti unique, qui, fait exceptionnel, a dépêché un journaliste sur place, interview surréaliste. Silence : le monde bouge et nous sommes avec l’URSS … qui tombe et nous voilà tous seuls.

Pas pour longtemps, nous voilà accompagnés par le FMI et la Banque Mondiale sur la voie du marché. La liberté ? Ce sera pour plus tard. Nos murs de fumée se dissipent et nous découvrons les algériens : ils se sentent plus proches des afghans que des allemands, avec ou sans mur. Peshawar est plus célèbre que Berlin dans Alger qui n’est pas loin de la Havane sans Moscou. Zut, nous avons perdu nos pays amis et frères d’Europe, et il ne nous reste plus que l’espace Schengen. C’est où Schengen ? Entre le Luxembourg et l’Allemagne toute entière, et c’est maintenant notre rideau de mer. Désormais, il faut savoir nager pour aller en Allemagne.

2) Je me souviens de mes années socialistes.
Je me souviens qu’en Algérie c’était un peu comme en Allemagne de l’Est, hormis les femmes conduisant des bus. Je me souviens de la médecine gratuite, je rentre à l’hôpital, un chirurgien soviétique m’arrache les amygdales, j’ai douze ans et c’est gratuit. Je me souviens de mon professeur de gymnastique roumaine qui voulait faire de moi une championne. Je me souviens des fêtes chiliennes avec les réfugiés politiques du MIR. Je me souviens des coopérants techniques français qui achetaient leurs livres à Alger parce que subventionnés.

Je me souviens des 45 tomes de Lénine pour trois dinars, six sous, à la Librairie du Parti. Je me souviens de la revue « socialisme et barbarie », rouge et noire, avec Castoriadis. Je me souviens de Rosa Luxembourg. Du Capital, de Karl Marx et d’Engels. Je me souviens des pénuries. Je me souviens que nous faisions la chaîne, pour avoir des œufs. Je me souviens du dessin de Slim, « un algérien heureux », avec sa plaquette d’œufs. Je me souviens de mes pieds souffrants dans mes chaussures en carton SONIPEC, 100% production nationale. Je me souviens de la Foire Internationale d’Alger où, endimanchés, nous allions en famille admirer les moissonneuses batteuses allemandes. Je me souviens de la révolution industrielle.

Je me souviens des « autorisations de sortie » pour voyager à l’étranger. Je me souviens que je n’ai jamais pensé à en demander une. Je me souviens des Lada soviétiques, des Dacia roumaines, des Zastava yougoslaves et des Fiat polski. Je me souviens des communistes algériens, dans la clandestinité mais en « soutien critique » au parti unique qui les pourchassait. Je me souviens qu’en Irak, le parti communiste était le premier parti d’opposition. Je me souviens que je n’ai plus vingt ans.

Ghania Mouffok est journaliste et écrivaine à Alger

La nuit tombe toujours plus tôt à l’Est

par Mine Kirikkanat - 8/11/2009 - 16 h 30 GMT - de Turquie

Assise entre deux pôles horizontaux, toujours indécise sur son appartenance, Istanbul s’etait pliée au fuseau horaire national, il était plus de 2h du matin quand les bruits des marteaux et les chants des Berlinois retentirent sur les ondes turques.

J’étais assise dans un salon qui n’était pas le mien, mon fils dormait dans un lit qui n’etait pas le sien, ma sœur nous hébergeait depuis que nous ayons fui l’Espagne, ou plutôt, quelqu’un en Espagne. J’avais appuyé sur le bouton « pause » de ma vie, mais n’arrivais pas à prendre encore une décision radicale et passais des nuits blanches… devant la télé.

Cette nuit là, toutes les chaines ont coupé leurs programmes à quelques minutes d’intervalle pour passer les images incroyables qui tombaient de Berlin. Tous les correspondants de la presse turque, très presente, puisque éditée en Allemagne, étaient au pied du mur, transmettaient en direct sur les chaines turques, la liesse générale qui accompagnait la destruction du mur.

Les scènes ressemblaient à une dilapidation inversée, à un pillage sans victime ni dégât, puisque chaque morceau de pierre arraché au mur n’était pas destiné à être jeté, mais à garder précieusement, comme trophée de victoire sur une histoire ennemie.

Je tremblais, mais n’éprouvais ni joie, ni peine. Trop consciente d’un futur incertain, je savais que le monde ne serait plus jamais le même et si une page était tournée à jamais, celle qui s’ouvrait, la nouvelle, l’immaculée, ne resterait peut être pas si longtemps blanche…

Le téléphone sonna. A mon oreille droite, il y avait une voix d’homme qui me demandait de rentrer à la maison. J’avais le bruit des marteaux et les cris de joie qui les accompagnent, à mon oreille gauche.
Le signal que j’attendais était arrivé d’un pays et d’une ville que je n’avais alors jamais vus. Puisqu’il fallait tourner la page…
« C’est fini, » dis-je au téléphone.

Mine Kirikkanat est éditorialiste au Vatan (Istanbul) et écrivaine

Lula et la chute du Mur, 20 ans après

par Carlos Gorito - 8/11/2009 - 14 h GMT - du Brésil

Lula, à gauche, et Collor, à droite, après un débat en 1989. (Source : tipos.com.br)
Lula, à gauche, et Collor, à droite, après un débat en 1989. (Source : tipos.com.br)
Six jours avant les premières élections directes pour la présidence depuis 29 ans – la dernière élection remontait à 1960, suivie de 21 ans sous la dictature militaire après 1964 - tombe le Mur de Berlin. Au milieu d’un suffrage qui comptait 22 candidatures enregistrées, et du retour, finalement, à la démocratie directe, les événements du 9 novembre 1989 n’on fait que confondre encore plus les électeurs brésiliens.

Le 15 novembre il y aurait lieu le premier tour des élections, et deux candidats recevront la préférence de l’électorat : Fernando Collor de Mello, pour la droite, et à gauche, Luiz Inácio Lula da Silva. Le premier, méconnu avant le début de la campagne, avait pris la première place grâce à son discours de « chasseur de marajás », surnom pour les fonctionnaires qui recevaient des privilèges pendant le régime antérieur. Lula, candidat du le Partido dos Trabalhadores (PT), originaire des mouvements syndicaux de la région de São Paulo, disputait sa première élection présidentielle – il le ferait encore 3 fois, jusqu’à sa victoire en 2002 - et avait un discours socialiste, pour une participation majeure de l’État dans l’économie comme solution à la crise de hyperinflation au Brésil.

Après la chute du Mur le scénario tournait en faveur de Collor – en associant Lula aux politiques du passé soviétique, les électeurs brésiliens avaient cru trouver une option qui offrait une voie « moderne » vers la croissance et la modernisation économique du pays. Le 15 décembre 1989, après une campagne dure et incertaine, Collor était élu président avec 49% des votes.

Il ne resterait qu’un peu plus de 2 ans au pouvoir, renonçant à la présidence après un procès d’impeachment.
Vingt ans après ce mémorable mois de Novembre, ce qu’on voit c’est exactement le Brésil prenant sa place dans le concert international des grandes puissances sous la présidence de Lula. L’ancien syndicaliste a appris les leçons de la chute du mur, même si ses électeurs plus fiers n’ont pas accepté facilement sa réorientation au centre.

Dans le monde de « l’après-mur », le contexte ne favorisait pas l’adoption d’une position isolée à gauche, et le Parti des Travailleurs a su profiter de ce contexte. L’extension des programmes sociaux comme le « Bolsa Família » a eu un tel succès que 70% des brésiliens approuvent encore Lula. Si en 1989 la chute du Mur avait rendu les choses plus compliquées pour Lula, depuis, il a appris ses leçons.

Carlos Gorito, Correio Internacional - Porto Alegre, Brésil

Un moment assez embarrassant pour l'enfant de 7 ans que j'étais

Par Lior Papirblat - 8/11/2009 - 12h15 GMT - d'Israël

La chute du mur de Berlin a été pour la plupart un moment de joie intense, un moment d'espoir d'un monde meilleur. Pour les autres, pour ceux étaient attachés au monde soviétique qui s'effritait, cela a été un jour noir. Pour moi, j'avais 7 ans, cela a été un moment assez embarrassant.

Il y avait en Israel des années 80, une seule chaîne de télévision, un seul JT le soir que les Israéliens regardaient tous les soirs. La radio a commencé à diffuser pendant la journée des nouvelles de Berlin et mon père qui était alors rédacteur au desk de Yedioth Ahronoth, m'a expliqué l'importance de cet événement pour le monde entier et pour nous aussi.

On avait l'habitude d'aller de temps en temps regarder la télévision chez mon grand-père et la on voulait vraiment voir le journal avec lui, et ce soir là, j'étais assez confus.

Comment mon grand-père, survivant de la Shoah, un des rares qui ont réussi à vivre plus de 2 ans dans l'enfer d'Auschwitz, devait se sentir face à un tel événement ? Je me suis dit : si c'est bien pour les Allemands, c'est très mauvais pour mon grand-père et malgré tout je voyais que les adultes autour de moi étaient contents. Rien n'était clair, je ne savais pas quoi penser.

On regardait la télé et les images se sont succédées à l'ecran : il y avait des gens qui cognaient avec un marteau sur le mur en béton, et qui tout d'un coup m'a paru beaucoup plus petit que ce que je croyais. Mes parents échangeaient leurs impressions et je regardais de temps en temps mon grand-père, il fallait que je sache exactement ce qu'il pensait à ce moment là.

Il s'est mis à sourire et taper, tout content, dans le dos de mon père. Je me suis approché de lui et lui ai glissé a l'oreille : Sabba, on dit que l'Allemagne sera maintenant un État plus grand et plus fort... Il m'a regardé et m'a dit: l'Allemagne sera plus plus puissante, mais d'une autre façon : ce sera au travers de la jeune génération, celle qui n'oublira pas ce qui s'est passé.

Lior Papirblat, 27 ans, est le chef d'édition du site internet d'informations ynet

1989 - La chute du mur de l’apartheid

Par Liesl Louw-Vaudran - 8/11/2009 - 10h15 GMT - d'Afrique du Sud

La chute du mur de Berlin a eu un effet non négligeable sur la situation en Afrique du Sud.
La fin de la guerre froide a signifié également la fin de l’apartheid.

Ainsi le démantèlement des lois les plus dures de l’apartheid a commencé juste après la chute du mur en 1989, jusqu’à la libération de Mandela et la levée de l’interdiction de l’ANC en février 1990. Etait-ce le résultat d’un vrai changement de conviction ou une simple Realpolitik ?

En 1997, l’ancien président sud-africain FW de Klerk s’exprimait sur cette période dans une interview au Cap - cette magnifique ville au bord de l’océan, siège du parlement sud-africain.
De Klerk, cigarette à la main comme on l’a connu, n’exprime aucun regret, aucun mea culpa pour son rôle personnel dans les années les plus répressives et les plus violentes du milieu des années quatre-vingt.

Pour De Klerk toute était lié a la guerre froide, la guerre contre le communisme, les « marxistes de l’ANC ». A la fin, selon De Klerk, quand la menace du communisme est tombée avec le mur, on pouvait enfin abandonner cette lutte pour « l’Occident », pour « le Christianisme ». On pouvait enfin libérer Mandela, sans craindre « la fin d’une civilisation ».
Pour ce geste De Klerk a reçu le prix Nobel de la paix en 1993, qu’il a partagé avec son ancien rival Mandela.

Certainement, en Afrique du Sud l’ancien président n’a pas l’image d’un défenseur des droits de l’homme, d’un libérateur de Mandela qui a eu un changement de conviction. Il était plutôt l’homme providentiel. Il était président au moment où tout un système s’écroulait et où son idéologie était emportée avec l’Histoire du monde. (Est-ce qu’il l’a reçu ce prix parce que il ressemblait un peu a Gorbatchev, diraient les mauvaises langues ?).

Certes, De Klerk et le gouvernement de l’époque sentaient le vent tourner depuis quelques années déjà. Sans le soutien de personnalités importantes tel que celui de l’ancien premier ministre britannique Margaret Thatcher, le régime d’apartheid se serait trouver le dos au mur bien avant 1990. La chute du communisme, signalait enfin la fin d’un système qui a duré plus de quarante ans – avec d’innombrables victimes et des séquelles encore très profondes aujourd’hui.

Une jeunesse à Pretoria, capitale du pays et siège du pouvoir Afrikaners, était vécue en pleine idéologie “anti-communiste”, celle du Parti National de De Klerk. C’était un monde d’une stricte hiérarchie : l’école, le gouvernement, l’église. Interdiction de toute mise en cause du système, surtout du gouvernement : d’abord PW Botha et ensuite De Klerk.
“Le communisme,” on l’apprenait sur les bancs de l’école, "est l’ennemi des Afrikaners".
“Die rooi gevaar”, disait-on. "Le danger rouge".
Sans ce spectre du communisme, on n’avait plus d’alibi pour justifier l’apartheid et ses crimes. Tant mieux.

Liesl Louw est rédactrice en chef adjointe à l'institut des études de sécurité à Johannesbourg


Les murs sont toujours dans nos têtes

Par Ilir Yzeiri - 8/11/2009 - 10h00 GMT - d'Albanie

Cela fait 20 ans, mais je ne me souviens bien où j'étais le jour de la chute du mur de Berlin. J'étais à Elbasan un cité de 50 kms loin de notre capitale Tirana. A l'epoque j'etais professeur à l'universite de cette ville d'Elbasan. Notre situation economique était alors grave. A la fin du mois de novembre, on avait signalé que qu'en plein centre de notre capitale, à Tirana, une foule de gens s'étaient amassés sur la place Skanderbeg et ils ont fait une promenade silencieuse.

Tout le monde a alors compris que c'était une sorte de demonstration antigouvernementale. La police a surveillé les gens puis a accompagne plusieurs de ces manifestants silencieux au poste. Quelques uns d'entre eux, une fois sortis des postes des polices se sont rendus à la maison de notre grand écrivain Kadare pour lui raconter ce que la police leur avait fait.

Ensuite, à la télé les images de la chute du mur de Berlin nous a donné l'espoir que maintenant le monde va changer.

Apres 20 ans de cet événement, je me trouve en Roumanie. J'écris ce texte du Bucarest. Ici je suis invité par l'université Spiru Haret pour un Colloque International avec pour theme: "Les ecrivains du sud-ouest européen en quete d'identité. Les professeurs de tous les pays des Balkans et du sud-ouest de l'Europe, mais aussi du monde entier, 45 personnalités se sont réunies pour discuter de l'identite des ecrivains europeens du sud ouest de l'Europe.

Je n'aurais pas imaginer, le jour de la chute de mur de Berlin, que vingt ans plus tard, je me trouverais a Bucarest à discuter de notre identité ou sur notre miroir identitaire qui est un peut brisé. Pour moi, ce Colloque est un signe de ce que la chute du mur de Berlin symbolise.

Mais en même temps, ce Colloque montre que vingt ans après cet immense événement, il y a toujours beaucoup de murs entre nous et dans notre consciense aussi qui doivent être abattu.

Ilir Yzeiri enseigne le journalisme à Tirana



On s'enthousiasmait, mais pas très fort

Par Xiu Tiebing - 8/11/2009 - 9h00 GMT - de Pékin, Chine Populaire

Xiu Tibeing, devant le mur à la Porte de Brandebourg, côté Est, en 1989
Xiu Tibeing, devant le mur à la Porte de Brandebourg, côté Est, en 1989
À l'époque, on était en Suisse, à quelques centaines km de l’Allemagne que je venait de visiter. Tout nous laissai une image normale, ou plutôt de normalité comme auparavant, de temps en temps, quelques nouvelles de fuyards de l’Est, réussis ou échoués.

Ce fut au moment ou des milliers des Allemands de L’Est qui, équipés de voitures, ont traversé la Hongrie, se massant devant l’ambassade de l’Allemagne de l’Ouest à Vienne (aussi à Budapest) pour demander l’autorisation de passer le camp, qu'on a réalisé ce qui se passait. On commençait à se sentir l’imminence événementtielle et son ampleur sans trop être sûr de ce qui allait se produire. Seulement une certitude à peu près: la bâtiment si solide de la DDR s’expose à de graves fissures, qui pourraient affecter la configuration éuropéenne…. La tombée du Mur, non, encore inimaginable.

Et après jour après jour, l’Allemagne de l'Est cède petit à petit devant la pression inmaîtrisable de la rue, en une attitude de laisser faire, sauf pour la défense de la dignité formelle du Pouvoir. L’inimaginable devenait le concevable, ainsi quand la nouvelle nous arrivait (ouverture de passage libre entre Est et Ouest de Berlin sans limitation), on s’enthousiasmait bien sûr, mais pas très fort en pensant que cela s’inscrivait dans la logique de la loi de l’Histoire, l'arrivée au point d'irréversabilité.

Xiu Tiebing est professeur et chercheur au Centre des Relations internationales à l'Université des Communications de Pékin

La RDA soutenait les Palestiniens

Par Anwar Abu Eisheh - 8/11/2009 - 8h50 GMT - de Hebron, Territoires palestiniens occupés

J’étais avec le président olympique palestinien au milieu des années 80 lorsque nous sommes passés en transit à Berlin-Est pour se rendre à la réunion des ministres de la jeunesse et des sports des pays non-alignés à Pyong-Yang.
Notre ambassadeur en RDA nous a bien entendu organisé un rendez vous avec le Pt du comité olympique de la RDA, un homme d’allure sportive, habillé en militaire, qui nous a fait l’honneur de nous recevoir dans son bureau. Lorsque nous sommes sortis de son bureau, il a scellé la porte avec de la cire rouge ! Cela m’a tellement interpellé et j’étais sidéré de ce climat de méfiance : comment pouvait on vivre là bas !

J’ai été déjà à Berlin Ouest pour voir la communauté palestinienne notamment le club sportif Al Karameh parce que j’étais représentant du conseil supérieur de la jeunesse et des sports en Europe. Je crois que je n’ai pas entendu parler du mur pendant ma première visite ; peut être parce que nous étions très occupés à organiser des échanges avec des sportifs français de la FSGT. Pendant mon passage suivant à Berlin Ouest après la visite à Berlin est c’est moi qui leur ai demandé de me montrer le mur. C’était quelque chose ! Beaucoup d’histoires m’ont été racontées et j’ai constaté que le mur était omniprésent, dans les discussions et le quotidien. Je pensais alors à mon premier voyage à l’Est.

Honnêtement, comme je me considérais « de gauche » (et me considère encore) je n’étais pas vraiment critique et de toute façon rien ne laissait penser quand j’étais à Berlin Est que le peuple était frustré ! C’était en tout cas un passage court et nous n’étions qu’avec des officiels… De plus la RDA était un grand soutien à l’OLP, par exemple les boursiers palestiniens se disputaient les bourses de ce pays, considérées comme meilleures que les bourses en URSS. Le mur tombe, rideau sur tout çà !

Anwar Abu Eisheh est professeur de droit à l’Université Al Quds à Abu Dis

Le mur de Berlin raconté par les correspondants de la presse internationale à Paris